Vera Jourova – „L’Union Européenne doit s’élargir”

Vera Jourova

La vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, a évoqué, lors d’une conférence, sa vision de l’Europe. Elle a notamment appelé à un élargissement vers l’est et le sud.

Vera Jourava veut „faire avancer l’Europe”

.Celle qui a été commissaire européenne à „la Justice, aux Consommateurs et à l’Égalité des genres” et qui, à ce titre, a mené une charge idéologique et politique contre le gouvernement conservateur polonais durant des années au nom de l’”Etat de droit”, a participé à une conférence sur l’Union européenne au Palais Liechtenstein de Prague.

„Les prochaines dirigeants de l’UE devront s’occuper de la sécurité et de la défense, de la compétitivité de l’Union européenne, de son élargissement et de l’avenir de la démocratie et de l’État de droit” a déclaré Mme Jourova, qui ne briguera pas de poste à la Commission après les prochaines élections européennes.

La vice-présidente de la Commission incite à poursuivre l’intégration de nouveaux Etats à l’Union : „L’élargissement de l’UE est d’un grand intérêt pour les pays d’Europe centrale et orientale”. „Ce n’est pas un processus sans risque. Il est évident qu’en proposant d’admettre l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, nous entrons dans une zone que le président russe Vladimir Poutine appelle sa zone d’influence. C’est quelque chose qui ne doit pas nous arrêter, car ces trois pays montrent un haut niveau d’intérêt pour l’adhésion à l’Union. Ces trois pays et les États des Balkans occidentaux méritent que l’UE prenne leurs efforts au sérieux. Mais dans le même temps, ces pays doivent prendre au sérieux les principes de l’Union, à savoir la démocratie et l’État de droit”, a-t-elle développé.

Economie, recherche et défense

.Interrogée sur les défis que ferait peser l’entrée de ces pays dans l’Union européenne, elle a abordé la question de la „fluidification de la prise de décision” : „Nous devons aussi parler du système de gouvernance. Le maintien du droit de veto au Conseil est une garantie importante, en particulier pour les pays de taille moyenne et petite, mais devrait être clairement justifié par un intérêt national clair. Le veto ne doit pas devenir un outil de chantage pour le reste de l’Europe”.

Vera Jourova recommande de miser sur l’innovation et la recherche : „l’Europe a besoin de plus d’innovation et de moins de réglementation. Le défi principal consiste à réduire notre dépendance vis-à-vis des sources d’énergie en provenance de Russie, mais aussi d’autres partenaires peu fiables”. „l’UE doit fondamentalement rationaliser son soutien à la recherche appliquée et technologique”, a-t-elle ajouté.

Elle a appelé à poursuivre le soutien militaire, financier et humanitaire à l’Ukraine, dans une guerre qui risque encore de durer longtemps. Selon elle, „la Russie tente de diviser l’Europe” et en conséquence il faut impérativement „maintenir une coopération étroite avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord”.

„Gardons-nous d’empiéter sur des questions où l’intérêt national reste divisé”

.Mateusz Morawiecki, Premier ministre de la Pologne de 2017 à 2023 et qui a dû batailler contre la commissaire Vera Jourova pour le maintien de la souveraineté de son pays, a exposé sa vision de l’avenir de l’Europe dans un discours prononcé à l’Université de Heidelberg :

„J’entends souvent dire que l’UE a besoin de réformes si elle veut s’élargir. Il s’agit très souvent d’une proposition camouflée de fédéralisation, de facto – une proposition de centralisation. C’est parce que le mot d’ordre de « fédéralisation » est une concentration imposée du haut vers le bas de la prise de décision”.

„Selon les auteurs de cette centralisation dite « fédéralisation », le processus décisionnel doit être modifié, en passant de l’unanimité au vote à la majorité qualifiée dans un certain nombre de nouveaux domaines. L’argument en faveur de cette solution est qu’il sera difficile d’obtenir l’unanimité parmi plus de 30 pays. Il est vrai qu’il est plus difficile d’obtenir une opinion unifiée au sein d’un plus grand groupe d’États. Pourtant, la question est de savoir si cela doit nous amener à penser que les décisions doivent être poussées par la majorité, contre les intérêts de la minorité dans d’autres domaines ? „

„J’ai une autre proposition : gardons-nous d’empiéter sur des questions où l’intérêt national reste divisé. Faisons un pas en arrière pour faire deux pas en avant. Concentrons-nous sur les domaines où le traité de Rome a donné des compétences à l’Union et laissons-nous guider pour le reste par le principe de subsidiarité”.

„Nous observons depuis plusieurs décennies le processus de « débordement » des compétences de l’UE dans de nouveaux domaines. Il fait l’objet d’une évaluation critique dans de nombreux États membres. Néanmoins, il s’est récemment accéléré”.

„La question de savoir dans quelle mesure les États restent « les maîtres du traité », comme l’appelait autrefois la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, est encore plus pertinente aujourd’hui”.

„Ainsi, si l’UE veut apporter des modifications à son processus décisionnel qui soient démocratiquement légitimes et permettent une confiance mutuelle, les États membres doivent retrouver la pleine autorité sur les traités”.

Nathaniel Garstecka

Materiał chroniony prawem autorskim. Dalsze rozpowszechnianie wyłącznie za zgodą wydawcy. 10 kwietnia 2024