fr Language FlagPremier anniversaire de la présidence de Karol Nawrocki

Karol Nawrocki

Début aout 2025, un nouveau joueur de poids faisait son apparition sur la scène politique polonaise: Karol Nawrocki, historien de formation et ancien directeur de l’Institut de la Mémoire Nationale. Deux mois plus tôt il avait remporté, sur le fil, l’élection présidentielle polonaise. Le premier anniversaire de sa prise de fonction est l’occasion de faire le bilan de son début de mandat.

.La Pologne entière, et même une partie de l’Europe, a retenu son souffle durant la soirée du 1er juin 2025. Le second tour de l’élection présidentielle polonaise semblait longtemps indécis. Le candidat centriste Rafal Trzaskowski avait fait la course en tête dans les sondages durant toute la durée de la campagne, au point que les milieux progressistes et pro-bruxellois pensaient que rien ni personne ne serait en mesure d’empêcher la victoire du maire de Varsovie.

Pourtant, le résultat du premier tour aurait dû les inquiéter : 31,5% pour Rafal Trzaskowski, 29,5% pour Karol Nawrocki, 14,8% pour la droite nationale-libertarienne. Il n’en fut pourtant rien. Rafal Trzaskowski devait gagner, car tel était le sens de l’histoire, l’horizon indépassable du progressisme postnational. C’était mal connaître le peuple polonais. Alors que le déroulé de la soirée électorale semblait petit à petit, à partir de 23h, indiquer que la droite conservatrice conserverait finalement le Palais présidentiel, de plus en plus de cadres centristes se mettaient à sombrer dans la panique. Comment le représentant des élites urbaines éclairées, éduquées et mondialisées pourrait perdre contre un obscur historien «nationaliste» au passé «controversé»?

La victoire de Karol Nawrocki a été celle du peuple enraciné et méprisé contre les élites déracinées et méprisantes. Une victoire d’une courte tête: 51% contre 49%, 400 000 voix d’écart à peine sur 21 millions de votants. Coup de génie de Jaroslaw Kaczynski, le patron de la droite polonaise, cruelle déception pour Donald Tusk. Ce dernier, premier ministre d’un gouvernement de coalition allant des postcommunistes aux agrariens, comptait bien s’emparer de la présidence, dernière pièce manquante afin de verrouiller la mainmise centriste sur l’intégralité du système institutionnel polonais: gouvernement, grandes villes, majorité de régions, médias publics, justice… il ne manquait plus que le Palais de la rue Krakowskie Przedmiescie.

.Raté, donc, pour Donald Tusk. Karol Nawrocki, en amateur de boxe qu’il est, s’est lancé dans la bataille en enchaînant les coups visant à déstabiliser ses adversaires. Le premier ministre centriste avait préparé une batterie de lois à faire signer par Rafal Trzaskowski, une fois celui-ci disposant de la signature présidentielle: Karol Nawrocki usa de son droit constitutionnel pour mettre son véto à celles allant à l’encontre, à ses yeux, des intérêts des Polonais. La quantité phénoménale de vétos (35 en un an, plus que certains présidents en 10 ans) témoigne avant tout de la quantité de lois destinées à être aveuglément signées par un président progressiste.

Cela témoigne aussi d’un nouveau rapport de force sur la scène politique polonaise: Karol Nawrocki n’est pas un politicien professionnel. Il a des convictions qu’il compte bien défendre, et c’est aussi pour cela qu’il a été élu. Que ce soit lors de la première Fête de l’Armée qu’il a présidée, lors de la Fête de l’Indépendance ou celle de la Constitution, le président a placé l’histoire et l’identité polonaise au premier plan. Qui ne respecte pas l’histoire du pays et de son peuple ne peut prétendre à exercer la fonction suprême.

C’est d’autant plus notable que Karol Nawrocki est imprégné de l’histoire de la Pologne. Il a dirigé l’Institut de la Mémoire Nationale, chargé d’étudier les crimes commis par les deux grands totalitarismes du XXIème siècle en Pologne. Il sait à quel point l’indépendance, la souveraineté et l’identité nationale sont des éléments déterminants pour une société. Ses articles sur l’histoire de la Pologne ont été publiés dans des journaux français. Il sait aussi quelles sont les menaces qui pèsent sur notre civilisation: menace militaire orientale, avec la Russie; menace démographique et culturelle, avec l’immigration massive arabo-musulmane et africaine; menace institutionnelle, enfin, avec les velléités centralisatrices et liberticides d’élites bruxelloises voulant abattre définitivement les Etats-nations.

Karol Nawrocki est donc entré de plein pied dans la confrontation avec le gouvernement centriste de Donald Tusk. L’impossibilité pour le camp progressiste de faire passer ses réformes sociétales, notamment le PACS, crée une situation de blocage politique qui doit permettre à la droite de préparer un éventuel retour au affaires aux élections législatives d’octobre 2027. Karol Nawrocki va même plus loin: il a soumis l’idée d’une réforme constitutionnelle visant à mettre au point un nouveau modèle de pouvoir afin de sortir du blocage politique, en ayant en tête entre autres le système de la Vème République française qui accorde un rôle plus important au président. Ainsi, le refus d’une telle réforme par le gouvernement centriste fera peser sur ce dernier la responsabilité de l’échec d’une possible sortie de crise.

.La méthode de Karol Nawrocki est peu conventionnelle. Il fait sortir la fonction présidentielle de son rôle purement formel et lui donne une visibilité politique de premier plan. C’est manifeste particulièrement dans le cadre international: le Palais présidentiel est en charge des relations avec Washington et l’administration Trump, avec laquelle il entretient des relations plus que correctes; tandis que le gouvernement soigne les liens de la Pologne avec Bruxelles, Berlin et Paris.

C’est aussi la gestion de la crise mémorielle avec l’Ukraine: en réaction à l’hommage rendu par Volodymyr Zelensky à l’organisation nationaliste ukrainienne UPA, responsable de nettoyages ethniques visant les populations civiles polonaises en 1943, Karol Nawrocki a déchu le président ukrainien de l’Ordre de l’Aigle Blanc, plus haute distinction nationale polonaise qui lui avait été accordée par Andrzej Duda, le précédent président polonais. Malgré la vivace et regrettable polémique politique, diplomatique et mémorielle qui s’est étalée jusque dans les médias du monde entier, le président a tenu sa position et justifié sa décision par la nécessité de respecter les victimes des crimes commis en 1943, tout en rappelant son plein soutien à l’Ukraine dans sa lutte contre l’invasion russe.

Les Polonais, quant à eux, semblent apprécier la façon dont fonctionne Karol Nawrocki. Sa côte de popularité se situe entre 51% et 55%, soit davantage que le score sur lequel il a été élu et ce malgré la polarisation politique qu’il impose dans le débat public, et malgré la crise interne que traverse le PiS, le grand parti conservateur polonais qui l’a soutenu à l’élection présidentielle. En outre, il se trouve au sommet des classements des personnalités politiques préférées des Polonais. C’est la preuve qu’il y a une véritable demande pour un homme d’Etat fort en Pologne et que les Polonais ne regrettent pas d’avoir confié ce rôle à Karol Nawrocki.

.A l’occasion du premier anniversaire de sa prise de fonction, il faut noter l’absence de fautes graves dans sa pratique de la présidence. C’est effectivement à relever, tant la gauchet le centre guettent le moindre dérapage venant du Palais présidentiel. Certaines critiques sur son rapport aux différents cultes historiques présents en Pologne peuvent être justifiées, contrairement à l’acharnement maladif des milieux progressistes à contester la légitimité de son élection ou à se focaliser sur des ragots concernant certains épisodes de sa jeunesse.

Karol Nawrocki ne veut pas être un simple «stylo» qui se contenterait de signer en bloc tout ce que Donald Tusk lui déposerait sur son bureau. Il veut être un président actif et engagé, un acteur de la vie politique polonaise et non un observateur passif. Il en a la légitimité démocratique mais veille à rester dans le cadre institutionnel que lui confère la Constitution. Enfin, son succès contribue à faire de lui l’un des recours majeurs pour l’avenir de la droite polonaise, mais aussi pour celui de la droite européenne.

Nathaniel Garstecka-Billotte

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