fr Language FlagJan Rokita et „La trahison de Macron"

Jan Rokita

Le philosophe et l’ancien dirigeant de la Plateforme Civique et éditorialiste pour «Wszystko co Najwazniejsze», Jan Rokita, analyse l’attitude controversée d’Emmanuel Macron vis-à-vis de la guerre menée contre le régime islamiste de Téhéran et accuse le président française de mettre en péril la sécurité européenne.

.Le 28 février 2026, les Etats-Unis et Israël ont déclenché une campagne de bombardements contre les infrastructures du pouvoir iranien. Parmi les objectifs de cette attaque on peut citer l’affaiblissement des capacités militaires iraniennes, la destruction du programme nucléaire du régime islamiste et éventuellement la chute des mollahs. Le régime a riposté en ciblant les installations pétrolières et gazières des monarchies du Golfe et en paralysant le détroit d’Ormuz, provoquant ainsi une crise énergétique dans le monde.

Face à cette nouvelle guerre au Proche-Orient qu’ils n’avaient pas souhaité, les grands pays d’Europe de l’Ouest se sont retrouvée confrontés à un choix: soutenir les Alliés occidentaux dans leur combat contre les islamistes ou bien poursuivre leur opposition de façade contre Donald Trump et Benjamin Netanyahou. C’est la seconde option qui a été choisie. Les médias et les dirigeants européens ont déployé tout leur habituel argumentaire «anti-trumpiste»: le président américain «déstabilise» le monde, ses agissements sont «contraires au droit international», les Etats Unis et Israël sont «embourbés» (alors que pas un seul soldat occidental n’a foulé le sol iranien). Les réseaux de propagande extrémistes ont, eux, été activés afin de véhiculer l’image d’un Israël «christianophobe», «criminel» et «génocidaire».

Donald Trump s’est à plusieurs fois agacé de l’immobilisme des Européens, les accusant de ne pas avoir la volonté de débloquer le détroit d’Ormuz. Ce à quoi les concernés ont répondu: «ce n’est pas notre guerre». La tension entre Américains et Européens n’a donc fait que s’accentuer, au point que le président américain a fini par lancer l’une de ses habituelles provocations au sujet de l’OTAN, tandis que la France s’est opposée au Conseil de Sécurité de l’ONU, avec la Chine et la Russie, à une résolution déposée par les pays arabes demandant l’usage de la force pour débloquer le détroit d’Ormuz.

Le philosophe polonais Jan Rokita a noté, dans sa chronique hebdomadaire pour «Wszystko co Najwazniejsze», que le sénateur américain Lindsey Graham, pourtant fervent soutien des régimes démocratiques dans le monde, s’était offusqué du refus d’Emmanuel Macron de laisser survoler la France par les avions ravitailleurs américains, les forçant à d’importants détours. «Macron savait qu’en obligeant les pilotes américains à effectuer de longs détours en pleine guerre, il mettait en danger des vies américaines et limitait l’efficacité de leurs missions de combat. Mais, dans son fanatisme anti-américain dément, c’était probablement l’effet recherché», écrit Jan Rokita.

.Le philosophe et l’ancien politicien de centre-droit va encore plus loin, en évoquant la trahison du président français: «Paris, à l’instar de Madrid avant elle, est entrée dans ce conflit en véritable alliée de l’Iran et des ayatollahs. Macron trahit non seulement les intérêts de l’Occident démocratique, mais expose également – ​​peut-être par manque de discernement politique – toute l’Europe à la perte des garanties de sécurité américaines». Tout cela à un moment critique de l’histoire européenne: la multiplication des menaces extérieures (Chine, Russie) et intérieures (immigration massive, insécurité) met en péril l’avenir de notre continent et de notre civilisation.

Jan Rokita poursuit, très critique envers la position française: «Je rappelle ces faits pour une seule raison. Je tiens à souligner que si les alliés des États-Unis, comme la Pologne, se demandent constamment si, dans une véritable épreuve, l’Amérique se mobilisera de toutes ses forces pour les défendre, c’est qu’il y a des hommes politiques à Washington pour entretenir l’espoir. Et c’est précisément pour cette raison que les propos tenus publiquement par le sénateur Graham, au sujet du comportement de l’Europe durant cette guerre en Iran, m’ont profondément marqué». Lindsey Graham, qui fait partie des principaux soutiens politiques de Kiev par exemple. Si l’obsession antiaméricaine française mène à la perte de personnalités comme le sénateur de Caroline du Sud, cela se fera au détriment de l’Ukraine notamment. Donc au détriment de notre sécurité collective.

«Alors, qui peut s’étonner aujourd’hui que l’Amérique perde sa volonté de défendre Paris, puisque Macron s’est de facto engagé dans la guerre, mais du côté iranien? Les dirigeants polonais devraient avoir, quant à eux, conscience que ​​le sort de la Pologne pourrait bien dépendre des décisions d’Emmanuel Macron. Car si, à cause du président français, quelqu’un comme le sénateur Graham en est venu à la conclusion qu’être Européen aujourd’hui signifie être un ennemi de l’Amérique, alors des millions d’Américains arrivent assurément à la même conclusion», écrit le philosophe polonais.

.La France, dans sa volonté affichée de «rester dans les clous du droit international», de «faire confiance à la diplomatie plutôt qu’à la guerre» et de «monter une autonomie stratégique» visant à se couper des Etats-Unis, donne l’impression de vouloir sortir de l’histoire. Dénier aux Américains et aux Israéliens la légitimité de frapper les menaces islamistes peut sans doute être justifié par la nécessité de ménager les minorités musulmanes de plus en plus influentes en Europe de l’Ouest, mais cela témoigne surtout de la situation intérieure catastrophique dans ces pays.

Nous sommes tenus, que nous le voulions ou pas, par une forme de solidarité occidentale qui nous commande de conserver de bonnes relations avec les Etats-Unis si nous souhaitons préserver notre modèle de démocratie libérale. Sommes-nous prêts à assurer pleinement notre sécurité sans le parapluie américain? Emmanuel Macron refuse de répondre à cette question, ce qui est en soi une réponse. Jan Rokita a pleinement raison de nous mettre en face de nos contradictions. Quelle que soit la «méthode Trump» (on peut légitimement critiquer le style du président américain), les Etats-Unis restent notre principal allié et notre principale garantie de sécurité. Demain, si la Russie lance une opération pour saisir le Corridor de Suwałki, qui l’en empêchera? Qui appellera-t-on à l’aide? Si l’Iran «n’est pas notre guerre», pourquoi la Lituanie et la Pologne seraient celle de Washington?

Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 04/04/2026