
Comment le Wrocław médiéval survécut au plus puissant tremblement de terre de son histoire
Au début du mois de juin 1443, les habitants de Wrocław furent confrontés à un événement que ni les chroniqueurs ni les savants de l’époque ne furent capables d’expliquer. Bien que cette région ait connu à plusieurs reprises, par la suite, des mouvements tectoniques, le tremblement de terre du 5 juin 1443 continue aujourd’hui encore d’inspirer historiens et chercheurs.
«Le jour de saint Boniface, qui tombait un mercredi, à la treizième heure, un important tremblement de terre se produisit à Wrocław ainsi que dans de nombreuses autres régions et villes» écrivait le chroniqueur de Wrocław Sigismond Rosicz dans son Gesta diversa facta in Silesia. Il comptait parmi les plus remarquables historiographes médiévaux de Silésie. La description la plus célèbre fut cependant laissée par le chroniqueur polonais et précepteur de rois Jan Długosz qui, dans le livre XII des Annales ou Chroniques du célèbre Royaume de Pologne, relatait ainsi ces événements :
« (…) Il y eut un tremblement de terre général, particulièrement dans les royaumes de Pologne, de Hongrie et de Bohême ainsi que dans les terres voisines, et il fut si puissant que des tours et des constructions en maçonnerie s’effondrèrent. Les maisons, aussi solides et fortifiées fussent-elles, vacillaient fortement. On voyait les lits des rivières vides, car les eaux s’étaient répandues de part et d’autre. Tout ce qui était liquide jaillissait. Les hommes, saisis d’une peur soudaine, perdaient la raison. »
Le Calendrier de Cracovie comme les notes de Jan Długosz décrivaient principalement les destructions survenues à Cracovie.
« En l’an du Seigneur 1443, pendant la tenue du concile de Bâle, le 5 juin à la treizième heure, survint un grand tremblement de terre accompagné de terribles grondements, si bien que tous les murs de la ville de Cracovie semblaient devoir s’écrouler sous les secousses et produisaient un fracas effrayant. En de nombreux endroits apparurent sur les murs et les voûtes de larges fissures et crevasses ; des briques et des pierres tombaient. (…) C’est alors que s’effondra la voûte de l’église Sainte-Catherine » peut-on lire dans le Calendrier de Cracovie.
Jan Długosz évoque lui aussi les dégâts subis par les principales églises de la ville :
« Le toit du monastère des Augustins Ermites de Sainte-Catherine, à Kazimierz, s’abattit durant la nuit sous l’effet de ce tremblement de terre, et de nombreux autres lieux furent ruinés (…). Toutefois, cette secousse fut encore plus forte en Hongrie, où plusieurs châteaux s’effondrèrent. »
Les destructions à Wrocław furent mentionnées dans le Catalogue des tremblements de terre en Pologne entre les années 1000 et 1970 de Janusz Pagaczewski, qui écrivait :
« 1443, 5 juin, entre 15 et 16 heures. Tremblement de terre en Silésie. La zone macrosismique couvrit l’Europe centrale. À Wrocław et dans ses environs, les bâtiments subirent des dommages particulièrement importants. À Brzeg, une partie de la voûte de l’église paroissiale s’effondra, tandis qu’à Cracovie s’écroula la voûte de l’église Sainte-Catherine. Dans d’autres localités polonaises, les dégâts aux bâtiments furent légers. Le phénomène fut fortement ressenti en Bohême, à Hradec Králové et en Moravie (…). Il est possible que l’épicentre se soit situé dans les contreforts des Sudètes (…). »
Il convient de rappeler qu’à cette époque, la connaissance du monde reposait sur des fondements très différents de ceux d’aujourd’hui. La frontière entre le naturel et le surnaturel n’était pas clairement définie. Les comètes, les éclipses, les inondations ou les phénomènes atmosphériques extraordinaires étaient interprétés non seulement comme des événements naturels, mais également comme les manifestations d’un ordre plus vaste.
Le tremblement de terre figurait parmi les signes les plus inquiétants, car il ébranlait le fondement même du monde. L’homme pouvait se protéger de la pluie, fuir un incendie ou fermer les portes de la ville face à l’ennemi. Mais il n’avait nulle part où fuir lorsque la terre elle-même se mettait en mouvement. C’est peut-être pour cette raison que l’événement de juin 1443 demeura si longtemps dans les mémoires : non parce qu’il constitua la plus grande catastrophe de l’histoire de la Silésie médiévale ou qu’il provoqua un nombre considérable de victimes, mais parce qu’il remit en cause le sentiment d’ordre qui prévalait alors et s’inscrivit pour des siècles dans la mémoire collective de la région.
La Silésie ne connut à nouveau des secousses tectoniques jugées suffisamment importantes pour être décrites dans les chroniques qu’au XVIIIe siècle. On y mentionna notamment un tremblement de terre dans la région de Racibórz en 1774 ainsi qu’une série de secousses plus fortes dans les Beskides et sur la frontière entre la Silésie et la Petite-Pologne dans les années 1785–1786.
Une place particulière revient au tremblement de terre du 11 juin 1895, dont les effets furent observés dans des centaines de localités de Basse-Silésie. Les murs des bâtiments se fissuraient, des tuiles et des morceaux d’enduit tombaient, tandis que les habitants se précipitaient dans les rues, convaincus d’assister à une catastrophe. Wrocław ressentit également ces secousses, bien que leur épicentre se trouvât plus au sud, dans la région des contreforts des Sudètes. Il s’agit de l’un des tremblements de terre les mieux documentés de l’histoire de la Silésie, car dès le lendemain, un recueil systématique des témoignages fut entrepris.
Aux XXe et XXIe siècles, les habitants de la Basse-Silésie ressentirent à de nombreuses reprises de nouvelles secousses, notamment dans le bassin cuprifère autour de Lubin, Polkowice et Głogów, où une partie de ces phénomènes était déjà davantage liée à l’activité minière qu’au soulèvement des montagnes.
Fait remarquable, l’histoire du tremblement de terre de juin 1443 n’est toujours pas close. Géologues et sismologues y reviennent encore aujourd’hui, tentant de reconstituer, à partir des chroniques médiévales, le déroulement d’événements survenus il y a près de six siècles.
Les chercheurs contemporains estiment que, parmi les quelque cent quarante tremblements de terre recensés au cours du dernier millénaire sur le territoire de l’actuelle Pologne, celui qui toucha Wrocław fut l’un des plus puissants. Sa magnitude est aujourd’hui évaluée à un niveau d’environ 6 sur l’échelle de Richter.





