Daniej OBAJTEK: Le champion polonais des hydrocarbures montre la voie à suivre à l’Europe centrale Daniej OBAJTEK: Le champion polonais des hydrocarbures montre la voie à suivre à l’Europe centrale

Le champion polonais des hydrocarbures montre la voie à suivre à l’Europe centrale

Daniel OBAJTEK

President du groupe pétrolier polonais PKN Orlen.

Ryc.Fabien Clairefond

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La réussite de la transition énergétique reposera majoritairement sur des technologies et des modèles de business qui n’existent pas encore donc qu’il faudra inventer, produire et mettre en œuvre.

La pandémie a forcé les gouvernements, les entreprises et les citoyens à repenser le modèle de la croissance économique en vigueur, celui aussi de la consommation et de l’exploitation de certains types de biens. En effet, il devient clair pour beaucoup que le retour à ce qui était notre réalité avant sera difficile. L’année qui vient de s’achever a été le temps d’une crise à caractère globale, la plus significative depuis la Grande Dépression. Elle a été pour notre entreprise aussi le temps d’une redéfinition des moyens avec lesquels nous voulons réaliser nos objectifs stratégiques. Notre ambition d’atteindre la neutralité climatique avant 2050 n’est pas qu’une déclaration car nous voulons devenir le leader de la transition énergétique. Nous la concevons comme un changement inévitable auquel il faut se préparer et qu’il faut pouvoir exploiter. Pour une entreprise pétrolière, la passivité entraînerait une baisse progressive de compétitivité, synonyme, à long terme, de mort économique.

Cependant, la logique de la transition dépasse le cadre du seul secteur de la production d’énergies. Il ne s’agit pas d’un simple changement des proportions du mix énergétique, c’est la relation de l’homme avec l’environnement qui doit être repensée. L’étape de l’histoire que nous sommes en train de traverser ne nous permet pas d’exploiter les ressources naturelles de la même manière et à la même vitesse. Avant l’avènement de l’ère des ressources fossiles et la révolution industrielle, l’homme et la nature coexistait en harmonie, mais la planète comptait presque cinq fois moins d’habitants qu’aujourd’hui. Avec la croissance de la population mondiale, l’industrialisation et l’urbanisation, la domination de l’homme sur la nature n’arrêtait pas de progresser.

Ce constat surprend par son actualité aujourd’hui. Nous fonctionnons dans un modèle économique programmé pour une population de deux milliards de gens. Mais nous sommes d’ores et déjà 7,5 milliards et dans 30 ans nous serions même 10 milliards. Les effets de cette dramatique contradiction sont perçus par chacun et chacune d’entre nous : difficultés grandissantes de s’approvisionner en ressources naturelles, leur partage de plus en plus inéquitable, problèmes d’accès à l’eau potable et à l’air de bonne qualité… Dans un proche avenir, la transition énergétique, grâce notamment au passage à des technologies à émissions faibles ou nulles et au recours aux énergies de la nature tels que le soleil et le vent, permettra de changer durablement la face de notre planète. En renonçant à l’exploitation sans merci des ressources naturelles, nous obtiendrons une synergie entre la nature et l’homme.

Pour cela, il nous faut changer nos habitudes et nos préférences. Je ferai noter qu’aussi bien le document, somme toute très technocrate, de la Commission européenne (« Le pacte vert »), que les dernières encycliques du pape François Laudato si’ et Fratelli tutti convergent sur beaucoup de points, en appelant à la nécessité de changer la logique de la relation homme–nature. La Commission dit clairement que la transition doit être juste et inclusive pour tous et le pape, qu’une politique économique active est nécessaire dans ce domaine sans oublier les personnes les plus touchées par les changements environnementaux et climatiques.

La transition énergétique doit être conçue plus globalement, comme un changement économique et social de fond qui amènera l’évolution du modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources vers un modèle équitable, adapté à la coexistence de 10 milliards de gens.

En réexaminant dans cette perspective la déclaration stratégique du Groupe ORLEN sur la neutralité climatique à échéance 2050, nous avons dû répondre nous-mêmes à la question de savoir comment un producteur de carburants pouvait atteindre la neutralité carbone. Et la réponse est venue toute seule : ORLEN veut être le leader de la transition. Nous avons donc adopté une nouvelle stratégie à l’horizon 2030 qui est l’émanation de notre profonde conviction que le leader, s’il ne veut pas devenir un simple suiveur, ne peut pas attendre l’arrivée de solutions technologiques et de modèles de business nécessaires. C’est à lui d’en créer et de les mettre ensuite en œuvre, autrement dit, d’inciter les clients à s’en servir.

Le leader doit être conscient de ses avantages et ses dangers du moment pour pouvoir réagir adéquatement. Telle est notre stratégie. Nous devons continuer à faire fonctionner nos actifs à forte intensité capitalistique dans le domaine de la pétrochimie et du raffinage du pétrole (car ils sont toujours nécessaires), en développant en parallèle des capacités de financer la transition. C’est pourquoi, à l’horizon 2030, nous planifions d’investir jusqu’à 140 milliards de zlotys (31 milliards d’euros environ) aussi bien dans les modèles de business existants que dans de nouveaux modèles, selon une stratégie reposant sur trois piliers :

Nous devons faire des bénéfices avec ce que nous possédons maintenant, en réalisant les objectifs déclarés de réduction de nos émissions. Nous investirons dans l’amélioration de nos efficience, logistique, numérisation ou perfection opérationnelle, dans le but de maximiser les résultats du secteur d’extraction, des raffineries, des ventes de carburants au détail et de la distribution d’énergie et de gaz. Tant que ces actifs généreront de la valeur, il faudra les exploiter.

Dans la décennie qui vient de s’ouvrir nos investissements seront à la hauteur de nos ambitions. Nous voulons nous développer donc faire des bénéfices avec des produits et des services disponibles sur le marché, mais jusque-là absents de notre portefeuille. Nous développerons ces actifs au cours de cette décennie dans l’idée d’en tirer profit aussi dans les décennies à venir. Nous serons présents dans les secteurs de la petrochimie, des sources d’énergies renouvelables, des énergies de gaz et du détail hors carburants.

Le troisième pilier de notre stratégie seront les innovations. Nous sommes conscients que la réussite de la transition énergétique reposera majoritairement sur des technologies et des modèles de business qui n’existent pas encore sur le marché donc qu’il faudra inventer, produire et mettre en œuvre. Ils concerneront des domaines tels que le stockage efficient de l’énergie à grande échelle, la nouvelle mobilité ou les technologies de l’hydrogène. Il sera également essentiel de répondre aux besoins d’une population toujours grandissante par le recours à des matériaux et des ressources diversifiés, via notamment les technologies et les modèles de business liés au recyclage et à l’économie en circuit fermé.

PKN ORLEN comprend parfaitement les défis qu’une entreprise pétrolière doit relever pour réussir sa transition énergétique. Notre stratégie énumère les changements indispensables que nous voulons mettre en place, ainsi que leur direction et leur vitesse. L’avenir, nous voulons le créer. Avec responsabilité.

Daniel Obajtek

Texte publié dans le mensuel Wszystko Co Najważniejsze (Pologne) dans le cadre d’un projet réalisé avec la Bourse de Varsovie (GPW).

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