fr Language FlagICE. Bavures d’un régime fasciste ou prélude à la guerre civile? [Nathaniel GARSTECKA]

ICE – bavures d’un régime fasciste ou prélude à la guerre civile?

Le débat qui entoure les actions de la police américaine de l’immigration illustre toutes les tensions ethnoculturelles, sociales et politiques auxquelles nous sommes confrontées, et qui pourraient tout aussi bien exploser en Europe. Il est aussi révélateur du changement de paradigme civilisationnel qui s’opère actuellement dans les pays occidentaux.

.Les images de la mort de ces deux militants, Renée Good et Alex Pretti, sont choquantes. Nous vivons dans une société où ce genre de scène ne devrait pas avoir lieu. C’est notre civilisation occidentale, bâtie sur l’Etat de droit, où la vie individuelle est sacrée, pour le meilleur comme pour le pire. Nous sommes aussi censés vivre dans une société où les forces de l’ordre sont formées à faire face aux situations critiques. On a clairement vu que ce n’était pas le cas lors des deux tragédies qui font la une des médias: des agents maladroits, nerveux, visiblement dépassés par les évènements et qui ont du mal à maîtriser des militants politiques décidés à entraver leur travail. Une leçon que nous devons tirer, car nous pourrions très bien être confrontés aux mêmes violences chez nous en Europe.

Je suis incapable d’applaudir la bavure des troupes de l’ICE et en même temps incapable de hurler avec la meute de ceux qui en profitent pour régler leurs comptes politiques avec Donald Trump. Car en filigrane il faut bien comprendre que c’est une véritable lutte politique et idéologique à laquelle on assiste. Le centre, la gauche et même une partie du centre-droit de salon méprisent Donald Trump au point qu’ils sont prêts à le critiquer à outrance quelle que soient ses décisions. Que ce soit sur le Vénézuéla, l’Iran, Gaza, l’Ukraine ou la gestion de l’immigration illégale, tout est bon pour afficher notre complexe de supériorité typiquement anti-américain.

Dans l’esprit des bonnes âmes policées des médias européens et surtout français, les Etats-Unis sont ce petit frère turbulent, mal-élevé, grossier, agressif, violent, ingrat même. C’est l’idiot du village de la civilisation occidentale, que l’on aime bien sermonner du haut de nos postures morales immaculées, pourtant bien à l’abri sous le parapluie militaire de Washington. Les Français ne pardonnent sans doute pas aux Américains d’avoir pris le leadership du monde libre, et ils déversent de cette manière leur frustration de ne plus avoir les moyens de s’imposer dans le monde ou même en Europe.

Au fond d’eux, les Français sont restés traumatisés par la perte de leur statut de puissance dominante sur le Vieux continent. Leurs trois dernières confrontations face aux Allemands ont été des échecs totaux (1870 et 1940) ou relatifs (la France seule ne faisait clairement pas le poids en 1914-1918). A deux reprises les Américains ont débarqué en France pour nous aider à repousser les envahisseurs germaniques. Bien évidemment, nous rappellerons que la France a grandement contribué à l’indépendance des Etats-Unis, puis que nous nous sommes battus à leur côté en Afghanistan (contrairement à ce qu’a affirmé Donald Trump), mais cela n’efface pas le choc d’avoir été supplantés comme force d’équilibre principale par ce «cousin attardé» d’outre-Atlantique.

Cela est d’autant plus visible quand ce sont les Républicains qui sont au pouvoir. Ceux-là incarnent tout ce que nous prétendons haïr chez les Américains: leur manque de bon goût, l’irrespect pour les convenances diplomatiques, la mise en scène de l’emploi de la force (et l’emploi de la force lui-même!), le mélange de la quête ouverte des intérêts économiques et d’une forme de messianisme millénariste. La politique étrangère de Barack Obama a été une catastrophe pour la sécurité mondiale, il a procédé à des expulsions massive d’immigrés clandestins et son image «jeune, sportive et branchée» contrastait aussi avec nos normes intellectuelles, mais c’était un Démocrate progressiste qui donnait l’impression d’être en phase avec les codes culturels des élites bobos des salles de rédaction parisiennes. Donc ça passait.

Nous avons trop longtemps pensé, et au fond de nous-mêmes espéré, être enfin sortis de l’Histoire. La chute de l’URSS devait marquer le triomphe ultime de la démocratie libérale: le monde serait gouverné par l’esprit gagnant-gagnant du libre-échange, encadré par une Organisation des Nations Unies que tout le monde respecterait. Les derniers petits dictateurs locaux se rendraient rapidement à l’évidence et céderaient le pouvoir via des transitions démocratiques et pacifiques. Le vivre-ensemble multiculturel serait généralisé dans une sorte de communion fraternelle universelle autour des Droits de l’homme. Telle était l’idéologie dominante dans les années 1990. Ceux qui tiraient la sonnette d’alarme sur les dangers qui nous guettaient déjà étaient traités comme des fous ou comme les fantômes d’un passé que nous voulions croire révolu.

Le retour de l’impérialisme russe, la survie du parti communiste chinois, les attentats islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis puis un peu partout dans le monde, les émeutes dans les banlieues françaises, le refus des peuples européens d’abandonner toute leur souveraineté à Bruxelles, certains échecs de la mondialisation économique à outrance, la radicalisation du progressisme, la poursuite de l’immigration massive… Les années 2000 auraient du marquer l’éclatement de la bulle idéologique dans laquelle nous nous trouvions. Au lieu de ça, une véritable incompréhension entre les peuples et leurs élites s’est installée, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Une incompréhension qui s’est transformée en défiance, tant les gouvernements et les intellectuels refusaient d’entendre les cris de détresse venant du bas. C’est ainsi que le populisme a commencé à monter. Donald Trump n’en est que l’une des facettes, une réaction à la coupure idéologique entre les dirigeants et les peuples.

Nous sommes pourtant bien conscients des maux qui nous rongent. Socialisme économique, insécurité grandissante, islamisation, trafics de drogue, délitement du tissu social, puissances agressives et revanchardes qui nous menacent… Les ministres reçoivent quotidiennement des notes sur la réalité du terrain, tout le monde sait ce qui se passe. «Encore une minute, monsieur le bourreau», pensent-ils à voix haute, préférant alimenter l’opinion publique de vaines incantations sur les «valeurs de la République». Comme avec une maladie grave, plus on attend et plus difficile il sera de la vaincre, voire impossible. Mais pour espère guérir, il faut de la force et du courage.

Ainsi, pour pouvoir fonctionner correctement, le droit a besoin d’être assisté par la force. Sans cela, il ne peut pas s’imposer. Le fameux droit international derrière lequel nous tentons de nous abriter, pensant qu’il nous protégera de l’appétit des prédateurs, est un droit qui a été institué par la force des canons américains après la Seconde Guerre mondiale. Un ordre établi par les vainqueurs de la guerre et qui devait servir à faire triompher leur propre conception du monde. Cependant, dès qu’il s’est avéré que nous étions réticents à employer la force de la civilisation occidentale pour faire respecter ce droit international sur la planète, tout ce beau projet a été vidé de son sens. Pas par Donald Trump, qui tente d’imposer à nouveau la domination américaine sur le globe, mais par tous ceux qui, au cours des dernières décennies, ont refusé de soutenir le monde libre autrement que par des communiqués de presse. Il n’y a qu’à voir les réactions dans la foulée de la capture de Nicolas Maduro: les Etats-Unis ont été accusés de violer le droit international, alors qu’ils n’ont fait qu’en respecter l’esprit.

Venons-en désormais à l’ICE, cet Immigration and Customs Enforcement qui fait tant polémique. Donald Trump l’a lancé dans la bataille car il s’est donné l’objectif de réduire drastiquement le nombre d’immigrés illégaux aux Etats-Unis, en mettant visiblement l’accent sur le Minnesota du gouverneur Tim Walz. En un peu moins d’un an, l’administration américaine a procédé à plus de 350 000 arrestations, 320 000 expulsions d’immigrés clandestins et a suscité près de deux millions de départs volontaires. Cette politique ambitieuse a mobilisé contre elle les milieux d’extrême-gauche, qui se sont engagés dans des manifestations violentes pour la défense des immigrés illégaux. Comme en France, la gauche américaine compte sur l’apport de l’immigration pour faire basculer le rapport de force électoral en sa faveur, d’où l’agressivité des manifestants, ce à quoi les agents de l’ICE ont effectivement du mal à répondre.

Cependant, il s’agit ici aussi de l’une des conséquences de notre propre faiblesse idéologique. Il y a en France, selon des sources officielles, entre 600 000 et 900 000 immigrés illégaux. Pour le moment nous essayons de gérer cela avec les moyens du bord, largement insuffisants: soit en régularisant, soit en négociant au cas par cas les expulsions vers les pays d’origine. Nous essayons ainsi de vider un océan avec une cuillère. Cela ne peut clairement pas durer indéfiniment. Les Français sont de plus en plus opposés à la poursuite de l’immigration massive, tant légale qu’illégale. Les points de tensions ethnoculturels se multiplient sur le territoire, occasionnant des violences ainsi que le repli progressif de l’Etat.

Il arrivera nécessairement un moment où il faudra prendre une décision radicale si nous voulons rétablir l’ordre. Arno Klarsfeld, pourtant peu suspect de xénophobie, a été cloué au pilori pour avoir prononcé le mot interdit de «rafle» en évoquant les clandestins. Pierre Brochand, ancien directeur général de la DGSE, nous prévient, dans un entretien au «Figaro» paru en octobre 2025: «Les réponses existent et sont devenues banales. Mais, elles sont aussi inévitablement féroces, à proportion du temps et du terrain perdus. S’il reste une petite chance d’éteindre la mèche, il n’est d’autre voie que celle d’un radicalisme sans remords». A ce moment, les forces de police seront soumises à des réactions agressives de la part des militants d’extrême-gauche, voire de la part des milieux islamistes. Des affrontements éclateront sur tout le territoire, et nous assisteront sans aucun doute à des scènes comme celles de Minneapolis.

Dans un contexte de lutte pour la survie de notre société, certains aspects de la légalité passeront nécessairement au second plan. On peut, et on doit, le déplorer et faire en sorte que cela n’arrive pas, mais il faut aussi avoir conscience que cela peut arriver, et s’y préparer mentalement. Si le principe de légitime défense existe pour les individus, il doit pouvoir exister pour les peuples et les nations, et force est de constater que son seuil de déclenchement concernant les peuples occidentaux a depuis longtemps été atteint. L’opinion publique y est-elle prête? Visiblement non, étant donné les réactions outragées aux deux bavures de l’ICE à Minneapolis. Confrontés à des menaces existentielles, les peuples peuvent avoir recours à des remèdes peu conventionnels et sortant du cadre proprement légal dans lequel nous évoluons «en temps de paix». Car oui, notre droit n’a pas été pensé pour faire face à notre situation actuelle et encore moins pour faire face à celle qui sera la notre demain si nous ne réagissons pas. Il est devenu obsolète dans un contexte de climat grandissant de guerre civile.

Cette situation semble paradoxale pour ceux qui sont attachés au modèle libéral de notre société. L’Etat devrait idéalement s’abstenir de toute ingérence infondée dans la vie de ses administrés, du fait des expériences totalitaires passées. La multiplication des moyens de surveillance et de contrôle, les lois liberticides, la volonté à peine masquée de vouloir produire de bons citoyens disciplinés et dévoués à l’idéologie dominante… tout ceci est malheureusement la direction prise par nos gouvernements «démocratiques et républicains». Quand il s’agit de traquer les automobilistes ou les «incitations à la haine», l’Etat est capable d’être intraitable. Sans doute pour masquer sa faiblesse dans d’autres domaines, par exemple celui de la survie de notre civilisation. Si nos gouvernements réorientaient leurs efforts du contrôle de la population vers le rétablissement de l’ordre occidental, cela serait parfaitement légitime. Sans ordre et sans sécurité il n’y a pas de liberté, pourrait-on dire en paraphrasant la célèbre phrase de John Locke. Or, l’ordre et la sécurité ont été profondément mis en péril par des décennies de laxisme et de soumission à une conception pervertie de l’idéologie des droits de l’homme.

.En tout état de cause, des entorses au droit actuel seront sans doute, et malheureusement, nécessaires à l’avenir afin de restaurer une société capable d’exister dans le cadre de ce même droit. C’est sans doute la principale leçon que nous devons tirer des évènements de Minneapolis.

Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 27/01/2026