Présidentielle 2027. Un début de campagne brutal

Procès de Marine Le Pen, « révélations » sur Jordan Bardella, échanges musclés entre candidats de gauche… le tout sur fond de crise économique et d’émeutes « lycéennes ». Ce début de campagne brutal ne fait pas beaucoup de place aux débats de fond, et rien n’indique une éventuelle amélioration de la situation dans les semaines à venir.
.L’automne précédant l’élection présidentielle est en général la période où les candidatures se cristallisent et les primaires ont lieu. C’est ce que nous observons par exemple au Parti Socialiste, qui a demandé aux militants « socio-démocrates » de choisir celui qui les représentera à la présidentielle d’avril et mai 2027.
Si Raphaël Glucksmann semble toujours favori pour obtenir l’investiture, ce sont les « politesses » échangées avec Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon qui occupent les médias. L’eurodéputé Place Publique et l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007 se sont violemment attaqués sur leurs expériences politiques respectives, ce qui a contribué à tendre l’atmosphère au sein de la famille socialiste. De plus, Raphaël Glucksmann a renvoyé dos à dos Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen de manière fort peu courtoise, dans des propos privés tenus devant un parterre de militants. Fait cocasse, le candidat de La France Insoumise a même dénoncé la « brutalisation du débat ».
Ça a tangué aussi du côté des favoris du scrutin. Marine Le Pen est toujours en attente du verdict de la Cour de cassation au sujet du port du bracelet électronique durant la campagne présidentielle, mais c’est Jordan Bardella qui, cette fois-ci, a subi des attaques visant à le déstabiliser. Le média d’investigation de gauche Mediapart a affirmé avoir mis la main sur des extraits de conversations privées du président du RN tenus entre 2013 et 2015, à une époque où leur auteur présumé accédait à peine à la majorité.
Jordan Bardella semble, dans ces messages, véhiculer des idées tirées de théories complotistes en vogue dans les milieux radicaux (de gauche comme de droite) à cette époque. L’accusé nie en bloc, tandis que Mediapart indique avoir « authentifié » l’auteur des messages. Une fois de plus, la gauche joue la carte de la diabolisation à outrance à l’endroit du Rassemblement National, avec cependant de moins en moins d’effet: les sondages donnent toujours la droite largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle et même gagnante au second tour dans toutes les configurations.
Ces polémiques ont lieu au moment où les lycées français brûlent et que le taux des obligations françaises à 10 ans a frôlé les 5 %, un niveau inédit depuis 2002 qui indique une perte de confiance des marchés. Les craintes portent désormais sur une conjonction des crises: jusqu’à présent, la France et ses institutions étaient capables de faire face à un type de tension à la fois. Cette fois-ci, nous sommes confrontés à des crises simultanées : mouvements sociaux, affrontements culturels, crise budgétaire et financière, baisse du pouvoir d’achat, perte de confiance massive des Français envers leur personnel politique, impopularité record du président et du premier ministre…
.L’accélération de l’actualité empêche la tenue de débats de fond « à tête reposée », avec un État qui est dans la réaction perpétuelle : les réunions interministérielles s’enchaînent et on a l’impression d’être gouvernés par une constante cellule de crise. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Les organisations syndicales appellent à de nouvelles journées de grèves et de blocages, alors que d’autres professions (agriculteurs, pompiers…) menacent à leur tour de rejoindre le mouvement.
Les circonstances nous ont déjà privées de véritables discussions politiques lors des deux dernières campagnes présidentielles. En 2017, les débats avaient été dominés par l’affaire Fillon, tandis qu’en 2022, c’est l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui avait confisqué l’élection. Pourtant, c’est la présidentielle qui est le scrutin le plus important dans la vie politique française. C’est ici que doivent se tenir les débats sur les grands enjeux, sur les défis qui nous attendent au XXIe siècle. Or, nous en sommes à commenter les joutes verbales entre Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal, le bracelet électronique de Marine Le Pen, les messages privés de Jordan Bardella en 2014 et le bilan des dégâts causés par les explosions de violence dans les grandes villes et leurs banlieues.
On ne voit pas comment, dans ces conditions, pourrait se tenir un débat sérieux sur la politique migratoire de la France, sur la culture et l’intégration, sur le besoin de libéraliser l’économie, sur les retraites, la santé et l’éducation, ou encore sur la place de la France dans le monde. Pourtant, ce sont ces sujets qui devraient être au cœur des échanges, afin de redonner sa portée à l’élection présidentielle. Quand, si ce n’est maintenant, évoquer tout cela ? Après la présidentielle, il sera trop tard, et si la droite gagne nous ferons face à d’importants troubles publics provoqués par la gauche radicale.
Si la politique, au sens noble du terme, ne s’impose pas à nouveau, nous nous retrouverons pour la première fois avec un choix par défaut entre LFI et le RN au second tour, un choix motivé uniquement par la contestation et la diabolisation. La peur du « fascisme » contre la peur d’une nouvelle révolution rouge, avec un taux de participation très bas, donc une légitimité affaiblie pour le vainqueur.
.Les responsables de cette situation ne sont pas Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Éric Zemmour. Ce sont ceux, des socialistes aux Républicains en passant par le bloc central, qui ont gouverné la France ces cinquante dernières années et qui ont laissé se développer les crises qui nous touchent aujourd’hui et qui alimentent les votes « antisystème ».
Si toute la campagne doit ressembler à ce que nous avons vécu en septembre 2026, ça sera un terrible aveu d’échec pour Emmanuel Macron et son équipe et un terrible coup porté à la crédibilité de la France.
Nathaniel Garstecka-Billotte



