Allen PAUL: Les Polonais ont vécu l’enfer

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Les Polonais ont vécu l’enfer

Allen PAUL

Auteur du livre Katyń : Stalin's massacre and the triumph of truth.

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Le massacre des officiers polonais à Katyń, perpétré par les Russes, ainsi que la destruction conjointe russo-germanique de l’intelligentsia polonaise, projette sa longue ombre sur l’histoire de la Pologne – écrit Allen PAUL

La Seconde Guerre mondiale n’aurait pas éclaté si le 23 août 1939 l’Allemagne et l’Union soviétique n’avaient pas signé de pacte comportant en plus un protocole secret prévoyant le partage des territoires d’autres pays. Cet acte a ouvert aux deux contractants la voie à l’agression de la Pologne le 1er et le 17 septembre 1939. Parallèlement au pacte Ribbentrop-Molotov, Berlin et Moscou ont signé un accord commercial donnant à l’Allemagne accès aux ressources naturelles et aux produits agricoles russes. Dans le contexte de l’éclatement de la guerre, le pacte de 1939 était sans aucun doute plus important que les accords de Munich du 30 septembre 1938 – surtout parce qu’il ouvrait aux Russes et aux Allemands la voie à l’annexion de la Pologne.

Avant sa signature, l’URSS et l’Allemagne s’étaient servi d’une violente rhétorique, en s’accusant réciproquement de tous les maux. Leurs divergences sur le plan idéologique rendaient leur coopération presque impossible. Mais quand il s’est avéré que leur objectif était commun – le partage de la Pologne – elles ont changé d’attitude presque du jour au lendemain. Puisque l’existence d’une Pologne libre était considérée par les deux pays comme un danger, ils ont vite trouvé une langue commune pour l’effacer de la carte de l’Europe.

L’invasion soviétique du 17 septembre 1939 s’est faite sur un prétexte fallacieux : celui de l’incapacité de la Pologne à défendre ses propres citoyens. Le général Semion Timochenko qui commandait ce jour-là les troupes de l’Armée rouge traversant la frontière orientale polonaise a dit que ses soldats le faisaient pour « libérer » la population polonaise. Mais c’était tout faux : il n’y a eu aucune libération de la part des Russes. L’armée polonaise perdait, certes, sa bataille contre le IIIe Reich au terme de trois semaines de combats, mais elle n’était pas pulvérisée.

Staline croyait fort en ce pacte. À tel point qu’il n’envisageait même pas une éventuelle agression allemande. Quand donc le IIIe Reich a attaqué l’URSS le 22 juin 1941, il a réussi à surprendre complètement son allié. Dans la logique de Staline, la coopération avec l’Allemagne était bénéfique aux deux pays et l’État nazi était trop dépendant des ressources naturelles russes pour tenter le coup. Il a pu se rendre compte en 1941 combien il se trompait !

La Russie répète aujourd’hui les arguments mensongers des temps staliniens. Celui par exemple que le pacte Ribbentrop-Molotov était une forme de défense devant une possible agression de la part de la Pologne, la France et la Grande-Bretagne. Un vieil argument sorti des livres d’histoire écrits encore aux temps du KGB et du NKVD que nous connaissons déjà par coeur. C’est en effet une tradition russe très ancienne que de faire tomber la responsabilité sur les victimes, en les traitant par exemple d’ « ennemis du peuple ». L’ont très bien connu les officiers polonais arrêtés durant la guerre de 1939 et puis massacrés en 1940 à Katyń.

Le massacre des officiers polonais à Katyń a été une conséquence directe du pacte. Un élément de plus de la stratégie de Staline qui voulait à tout prix assujettir la Pologne. Katyń est devenu la plus dramatique illustration de la logique de Staline.

Mais tuer les officiers polonais d’une balle dans la nuque n’a été qu’un élément de sa stratégie. Elle comprenait aussi des déportations de masse au fin fond de l’Union soviétique de citoyens polonais habitant les territoires conquis par les Russes. Elles ont commencé en 1940 pour durer jusqu’au jour de l’attaque allemande en 1941. Quatre opérations d’envergure qui ont touché entre 700 000 et un million de personnes (les données exactes manquent). Direction Sibérie ou Kazakhstan ou encore cercle polaire dans la partie européenne de l’URSS… Une autre conséquence, peu connue, mais des plus dramatiques pour la Pologne, de l’accord que l’Allemagne et l’URSS ont passé le 23 août 1939.

Allen Paul

Texte publié dans le mensuel Wszystko Co Najważniejsze (Pologne), numéro 19 [LIEN] et, simultanément, dans Washington Post (USA) et Taggespiel (Allemagne), dans le cadre d’un projet d’éducation historique de l’Institut des Nouveaux Médias (INM, Pologne) et de la Fondation nationale polonaise (PFN).

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