Prof. Zdzisław KRASNODĘBSKI: Ces valeurs si inestimables pour les Polonais

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Ces valeurs si inestimables pour les Polonais

Prof. Zdzisław KRASNODĘBSKI

Vice président du Parlament Européen, sociologue, philosophe social, professeur à l’Université de Brême et l’Académie Ignatianum de Cracovie. Auteur entre autres de Upadek idei postępu (Le déclin de l’idée de progrès), Demokracja peryferii (La démocratie de la périphérie) et Już nie przeszkadza (Il ne dérange plus). Depuis 2010, président de la Chancellerie du Prix Lech Kaczyński, attribué chaque année lors du Congrès Pologne Grand Projet.

Ryc.Fabien Clairefond

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J’entends souvent : « La Pologne n’avait aucune chance, placée entre Hitler et Staline. Mais vous avez au moins sauvé l’honneur. » – écrit prof. Zdzisław KRASNODĘBSKI

.Rappelons l’essentiel des faits. La Pologne a rejeté la requête d’Hitler formulée dès l’automne 1938 et le 1er septembre 1939 elle a été attaquée. C’était le début de la Seconde Guerre mondiale. La Pologne a résisté, mais elle a vite été vaincue. À première vue, une vraie Blitzkrieg, mais les combats se sont poursuivis jusqu’en début d’octobre. Quand, le 17 septembre, sans déclaration de guerre, l’armée soviétique a attaqué la Pologne, le gouvernement a quitté le territoire pour fonctionner en exil jusqu’à la fin de la guerre. Pendant un mois, les importantes forces allemandes sont restées bloquées dans les combats, et les pertes de la Wehrmacht se sont élevées à 60 000 soldats. 

À titre de comparaison, quand l’armée allemande a commencé son offensive à l’Ouest le 10 mai 1940, les Pays-Bas se sont défendus 5 jours, la Belgique – 18 jours, le Danemark – un jour, le Luxembourg – même pas un jour. Bruxelles a été prise en sept jours, sans qu’il y ait eu de combats. À Paris, déclaré ville ouverte, les unités allemandes sont entrées le 14 juin. La France, disposant de la troisième armée terrestre au monde possédant plus de chars que l’Allemagne, a capitulé le 22 juin.

Les Polonais ont poursuivi les combats. Narvik, Tobrouk, la bataille aérienne d’Angleterre, le mont Cassin, le front de l’Est. C’était en Pologne qu’a eu lieu la plus grande bataille de la résistance en Europe – l’Insurrection de Varsovie en 1944 qui a duré 63 jours. Pourtant, pour être à nouveau souveraine, avec d’autres moyens et dans d’autres circonstances – la Pologne a dû attendre jusqu’en 1989.

Y avait-il une autre solution pour la Pologne en septembre 1939 ? Évidemment, il y avait celle pour laquelle ont opté de nombreux états avec leurs dirigeants, à savoir la collaboration avec les Allemands. Il y a aujourd’hui un petit groupe d’éditorialistes et d’historiens qui soutiennent qu’il aurait fallu dire oui aux conditions d’Hitler – lui laisser Gdańsk, accepter la construction d’une autoroute extraterritoriale etc. Et voire plus : la Pologne aurait dû s’allier, du moins provisoirement – à l’Allemagne pour combattre ensemble la Russie soviétique car le danger émanant de Moscou était plus important que celui émanant de Berlin. La Pologne aurait pu se comporter comme la Tchécoslovaquie qui a accepté de rendre sans combat les Sudètes et puis de se laisser incorporer au Reich en tant que protectorat, ou comme la Roumanie et la Hongrie qui ont choisi l’alliance avec l’Allemagne.

Ce petit groupe invoque en faveur de sa thèse l’argument des terribles conséquences de la Seconde Guerre mondiale pour la Pologne. La perte de près de 6 millions de citoyens, la Shoah et l’extermination de l’intelligentsia polonaise. La ville de Varsovie presque entièrement anéantie. Le massacre du quartier Wola dans les premiers jours de l’Insurrection en août 1944 – le plus grand massacre de population civile lors de la guerre après celui de Nankin. Et du côté russe, les déportations en Sibérie et le massacre des officiers polonais perpétré à Katyń et dans tant d’autres endroits. Mais surtout, la perte de la souveraineté de la Pologne, le fait de s’être retrouvés dans la zone d’influences soviétique, la terreur et les répressions. Et ce sentiment amer d’avoir été déçus par nos alliés, car notre résistance en septembre 1939 s’est faite dans l’attente de leur offensive promise à l’Ouest. Il en a été différemment, malgré les avantages en hommes et en chars. Et puis, les accords de Téhéran et de Yalta qui restent pour les Polonais encore aujourd’hui synonymes de trahison. 

Dans la lumière de tous ces faits, la phrase du ministre des affaires étrangères Józef Beck, prononcée le 5 mai 1939 : « Nous, les Polonais, nous ne connaissons pas la notion de paix à tout prix. Il n’y a qu’une chose dans la vie des hommes et des nations qui soit hors de prix : c’est l’honneur » sonne comme une fanfaronade typiquement polonaise. Mais à y regarder de plus près, la Realpolitik qu’on nous propose a posteriori s’avère beaucoup moins réaliste que la politique qui en appelait à l’honneur ou – comme on dirait aujourd’hui, en rejetant ce terme plus très « à la mode » – à la dignité. Lors de mon séjour, il y a quelques années, dans l’une des universités élitistes américaines, j’ai participé à une discussion autour de ce sujet. J’ai entendu alors : « Vous n’auriez rien pu faire d’autre. La Pologne n’avait aucune chance, placée entre Hitler et Staline. Vous avez au moins sauvé l’honneur. »

.La Pologne a survécu – grâce aussi à sa fidélité aux valeurs qui lui ont permis de tenir tête à la soviétisation du pays. Ce sentiment de nous être comportés comme il fallait, était à la source de notre force – cette force qui a fini par faire tomber le Mur de Berlin. Aujourd’hui, pas à pas, la Pologne retrouve sa position en Europe. Elle appartient au club des pays les plus dynamiques sur le continent. Les Polonais apprécient l’ordre politique actuel et dans leur grande majorité se prononcent en faveur de l’Union européenne. Pourtant, nous sommes conscients des dangers. La Russie a été repoussée presque derrière les frontières de la Ie République de Pologne, celles d’avant les partages. Mais le destin de l’Europe dépend toujours de sa capacité à renoncer à ses prétentions néoimpérialistes – à l’instar de l’Allemagne qui est aujourd’hui un pays appréciant la paix et le bon voisinage, tout comme la Pologne. En nous prononçant en faveur de la coopération européenne, nous restons toujours très sensibles aux valeurs d’honneur et de dignité – c’est pourquoi nous attendons de nos partenaires le respect de nos choix, de notre droit de décider par nous-mêmes et de notre réputation. Nous sommes convaincus que sans le respect réciproque, sans ces valeurs que j’ai mentionnées et qui peuvent paraître anachroniques, cet ordre européen que nous apprécions tous sera plus vacillant et moins juste que nous le souhaiterions.

prof. Zdzisław Krasnodębski

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