Jan OŁDAKOWSKI: Il ne devait y rester rien qui soit polonais

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Il ne devait y rester rien qui soit polonais

Jan OŁDAKOWSKI

Directeur du musée de l’Insurrection de Varsovie de 1944.

Ryc.: Fabien Clairefond

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Si seulement l’Armée rouge avait voulu, elle aurait facilement abattu les bombardiers allemands détruisant Varsovie. Mais un tel ordre n’a jamais été donné.

À Varsovie, la guerre a commencé comme dans de très nombreuses villes polonaises – par des bombardements. Les Varsoviens ont donc pu très vite tester sur leur peau le mode opératoire criminel des Allemands : l’agresseur ne détruisait pas que les infrastructures stratégiques militaires, il s’attaquait aussi aux habitations. L’objectif de la terreur envers les civils était de maintenir l’ordre dans les territoires conquis. Dans la capitale polonaise, les rafles et les exécutions aléatoires dans les rues, pour ne citer que ces deux-là, ont fait plusieurs dizaines de milliers de victimes.

De nombreux survivants racontaient après la guerre que les gens avaient la coutume de se faire des adieux solennels chaque fois que quelqu’un s’apprêtait à sortir de la maison. L’imminence de la mort – le pain quotidien des Polonais  – était un sentiment inconnu ailleurs en Europe car nous étions, selon l’idéologie allemande, une nation à éliminer, juste après les Juifs. Les Allemands projetaient de n’épargner qu’une infime partie de la population en tant que main-d’oeuvre gratuite au profit du IIIe Reich. L’élimination des non-Allemands de la vie publique passait par des ordonnances prévoyant par exemple, une première en Europe, la distinction raciale quant à l’accès aux infrastructures publiques comme les tramways ou les parcs. 

Lorsque, au bout de cinq années de terreur totale, les Varsoviens se sont insurgés contre l’occupant, Hitler, dans un accès de furie, a donné l’ordre d’anéantir la ville, femmes, enfants et vieillards y compris. Les Allemands ont fait venir à la hâte du Reich des groupes entiers de policiers à la retraite. Ces vieux monsieurs, bons citoyens allemands, ont commencé à mettre l’ordre d’Hitler à exécution. Chaque jour, ils assassinaient 10 000 civils. Le massacre du quartier de Wola a fait, à lui seul, entre 30 et 60 000 morts. Et comme Hitler a donné aussi l’ordre de ne laisser aucune trace de ces crimes, les victimes, avant d’être assassinées, devaient tenir une planche ou un bâton en bois pour que leurs corps, empilés, puissent brûler plus rapidement…

Les Russes avaient leur part de responsabilité dans les destructions car ils n’ont rien fait pour sauver la ville. Leur armée s’était arrêtée aux portes de Varsovie, sur l’autre rive de la Vistule. Pendant ce temps, les bombardiers allemands, en faisant jusqu’à 132 raids par jour, démollissaient la capitale polonaise, quartier par quartier. Si seulement l’Armée rouge avait voulu, elle aurait facilement abattu ces avions : ils n’étaient que six ! Or, l’armée du récent allié d’Hitler préférait regarder mourir la ville. Nous savons aujourd’hui que Staline réalisait à l’époque ses propres intérêts dont celui de s’assujettir la Pologne. 

Les insurgés ont toujours souligné que l’insurrection n’aurait jamais été possible ou n’aurait jamais duré aussi longtemps sans l’aide de la population civile. Les Varsoviens se souviennent que l’éclatement de l’insurrection était un moment de joie collective : on était enfin libres, les drapeaux blanc et rouge pouvaient de nouveau flotter dans les rues. Après toutes ces années de terreur quotidienne et d’asservissement, éprouver le sentiment d’avoir recouvré l’indépendance était une expérience inestimable.

   Après la chute de l’insurrection, les Allemands, ayant chassé tous les civils encore en vie, se sont mis à piller la ville et la détruire, immeuble par immeuble. Le palais de Saxe, l’un des fleurons du patrimoine polonais, a été dynamité le 28 décembre 1944, trois mois après la fin des combats ! Le même sort a été reservé au palais de Brühl et à tant d’autres bâtiments. Dans les réserves de la Bibliothèque Nationale, où les conservateurs avaient entassé autant de collections de livres et de manuscrits qu’ils pouvaient pour les sauver, les Allemands ont dû creuser des tunnels afin de pouvoir y mettre le feu. Un « travail » harassant… Mais les ordres étaient clairs : raser la ville de la surface de la terre. Il ne devait y rester rien qui ait un lien à la culture polonaise. 

Jan Ołdakowski

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