Prof. Zdzisław KRASNODĘBSKI: La Pologne – une histoire avec un happy-end

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La Pologne – une histoire avec un happy-end

Prof. Zdzisław KRASNODĘBSKI

Vice président du Parlament Européen, sociologue, philosophe social, professeur à l’Université de Brême et l’Académie Ignatianum de Cracovie. Auteur entre autres de Upadek idei postępu (Le déclin de l’idée de progrès), Demokracja peryferii (La démocratie de la périphérie) et Już nie przeszkadza (Il ne dérange plus). Depuis 2010, président de la Chancellerie du Prix Lech Kaczyński, attribué chaque année lors du Congrès Pologne Grand Projet.

Ryc.Fabien Clairefond

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Nous avons toutes les raisons de voir l’histoire de la Pologne comme une success story. Après 30 ans de démocratie et 15 ans passés dans l’Union, la Pologne n’est ni « une jeune démocratie » ni « un nouveau membre » de l’UE. Notre liberté et notre démocratie n’ont pas été importées de « l’Occident » – écrit Professeur Zdzisław KRASNODĘBSKI

Début mai, comme tous les ans, nous allons célébrer l’anniversaire de la proclamation de la constitution du 3 mai. En plus, le 1er mai de cette année, nous allons fêter le 15e anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Le temps est donc favorable à un bilan et à une réflexion dont le sens profond ne pourra être compris sans faire référence à nos expériences historiques.

Le but de la constitution du 3 mai, proclamée, soit dit en passant, pas tout à fait dans les règles en vigueur à l’époque, était de renforcer les structures de l’État face à un grave danger pour la pérennité de son indépendance. Les Polonais se trouvaient devant un dilemme : comment conserver la liberté intérieure, citoyenne et, en même temps préserver la liberté nationale et sauver l’État ? Pour le résoudre, on a fait appel à des expertises auprès des stars intellectuelles de l’époque : les philosophes français Gabriel Bonnot de Mably et Jean-Jacques Rousseau. Ainsi sont nés les textes « Du gouvernement et des lois de la Pologne » et « Considération sur le gouvernement de Pologne ».

L’intervention de l’armée russe, à la demande des partisans de la confédération de Targowica érigés en défenseurs des valeurs prétendument perdues, a mis fin à la réforme de l’État. Résultat : en 1795, les puissances voisines ont dépecé pour de bon les restes de la République.

Le traumatisme des partages a façonné la mentalité des Polonais. Chaque nouvelle tentative de retrouver l’indépendance se soldait par une défaite aggravant le pessimisme ambiant. Stanisław Koźmian, l’un des historiens conservateurs de Cracovie, écrivait : « La nation qui avait créé l’État polonais manquait de conscience politique, à savoir la capacité collective à développer, renforcer et préserver la forme étatique ; ou bien, si elle en avait autrefois suffisamment pour créer un État, et même pour l’élargir considérablement, elle n’en a avait pas autant qu’il fallait pour le renforcer et le préserver ; ou bien, la conscience politique de cette nation s’était émoussée. »

Ce jugement sous-estime les aptitudes des Polonais à créer leur propre État car la Pologne nobiliaire était un empire fonctionnant plusieurs siècles – et en plus, un empire républicain doté d’un système de gouvernance à caractère libertaire. Au 17e siècle, cet empire était le principal adversaire et ennemi de la Russie. Cette rivalité a été perdue par les Polonais au 18e siècle – mais nous n’avons pas été dominés par un adversaire faible, ce dont ont pu se rendre compte aussi les Français en 1812 et les Allemands entre 1941 et 1989. Encore vers la fin du 17e siècle, l’armée polonaise était capable de remporter des victoires spectaculaires sur l’armée russe.

Selon les historiens contemporains, ce qui a contribué à la chute de l’Empire russe en 1917, c’était justement cette résistance polonaise. Résistance qui, dans une large mesure, a contribué à la chute de la énième version de l’Empire russe – l’Union soviétique. L’empire des Habsbourg – un autre occupant de la Pologne – s’est décomposé en 1918. Le troisième actionnaire de cette entreprise d’occupation – la Prusse – n’est que de l’histoire ancienne. Pendant ce temps, la Pologne redevient un leader de l’Europe centrale et orientale et chaque décennie de paix et de coopération en Europe signifie pour nous une montée en importance au sein des nations européennes.

Il faut rappeler, et les Polonais l’oublient facilement, que d’autres nations – et parmi les plus importantes en Europe – ont vécu des moments difficiles. La capitale française a été conquise en 1870 et en 1940, et en 1914 l’armée allemande s’est rapproché de ses faubourgs. Il n’y avait pas que le dernier roi polonais qui devait abdiquer pour vivre ses derniers instants à Pétersbourg : c’était aussi le sort du dernier empereur français. À Versailles a eu lieu la proclamation du IIe Reich. Mais les Allemands aussi, par deux fois au 20e siècle, ont subi des défaites cuisantes – en 1918 et en 1945.

Aujourd’hui, malgré la IIe guerre mondiale et la domination soviétique qui s’en est suivie, nous avons toutes les raisons de voir l’histoire de la Pologne comme une success story, une histoire avec un happy-end. Après 30 ans de démocratie et 15 ans passés dans l’Union, la Pologne n’est ni « une jeune démocratie » ni « un nouveau membre » de l’UE. Les traditions du parlementarisme polonais remontent au 15e siècle. Notre liberté et notre démocratie n’ont pas été importées de « l’Occident ».

En appréciant sa liberté à sa juste valeur, la Pologne s’est toujours sentie appartenir à un tout civilisationnel plus important – bien que, tout comme la France, nous n’ayons jamais fait ni voulu faire partie du Saint-Empire romain germanique. Après la chute du communisme, il était clair – et cela ne venait pas que de calculs économiques ou politiques – que nous devrions intégrer l’UE et l’OTAN.

Mais l’Union d’aujourd’hui est confrontée au problème du déséquilibre sur le continent, tant économique que politique, qui n’arrête pas de se creuser et qui est une source de frustrations et de tensions. Malheureusement, la France semble fidèle à la formule qui devient de plus en plus anachronique : celle selon laquelle la politique européenne ne peut être façonnée qu’en partageant le leadership principalement pour ne pas dire exclusivement avec l’Allemagne. La réconciliation franco-allemande a, certes, été et est toujours le fondement de l’intégration européenne. Mais aujourd’hui elle n’est pas un fondement suffisant pour toute l’Union.

La Pologne a accueilli avec satisfaction le changement de position de la France qui a permis de revoir la directive sur la gaz et d’étendre les régulations européennes sur le projet russo-allemand NordStream2 dont la portée géopolitique est très négative. Nous partageons la conviction de la France que nous avons besoin d’une politique européenne plus sociale. Elle doit néanmoins être réaliste – le nivellement en matière de sécurité sociale ne se fera pas rapidement dans toute l’Europe. Nous sommes également pour un renforcement des frontières extérieures de l’Union. La Pologne remplit entièrement ses obligations liées à la protection de la frontière orientale. Nous voulons augmenter les capacités de défense de l’Union, mais en complémentarité avec l’OTAN. Il faut que les entreprises et les instituts de recherche polonais puissent coopérer avec leurs homologues français dans les projets financés par le futur Fonds européen de la défense.

.Nous sommes d’ailleurs convaincus que la France pourrait jouait un rôle clé dans le rétablissement de l’équilibre et de la cohésion politique en Europe. Pour ce faire, nous avons besoin d’une meilleure coopération polono-française et d’un engagement plus grand et plus empathique de la France dans l’Europe centrale et orientale.

Zdzisław Krasnodębski

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