Mateusz MORAWIECKI: Une longue année polonaise 1939

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Une longue année polonaise 1939

Mateusz MORAWIECKI

Premier ministre. Diplômé en Histoire à l'Université de Wrocław et en Administration des Affaires à l'Université de Technologie de Wrocław et à l'Université Centrale du Connecticut. Il a été membre de l'équipe chargée de négocier les conditions d'adhésion de la Pologne à l'Union européenne. De 2007 à 2015, il a tenu le poste de PDG de Bank Zachodni WBK.

Ryc.Fabien Clairefond

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L’agression de l’Allemagne nazie contre la Pologne le 1er septembre et celle de l’URSS le 17 septembre signifiaient pour la Pologne « une deuxième apocalypse ». Esseulée, la Pologne ne pouvait pas vaincre les deux armées les plus puissantes du monde – écrit Premier ministre de la Pologne, Mateusz MORAWIECKI

.La Seconde Guerre mondiale se serait sans doute terminée en quelques mois par une défaite d’Hitler si seulement la France et l’Angleterre avaient ouvert le front de l’Ouest en septembre 1939. En termes de divisions, la suprématie de l’Occident était écrasante, ce que les généraux d’Hitler ont confirmé eux-mêmes à Nuremberg. Un laisser-fairisme avec, à la clé, la chute de la France en 1940, Vichy, la bataille d’Angleterre… 

Les soldats polonais ont combattu non seulement en septembre 1939 mais l’armée polonaise s’est reconstruite à l’Ouest, puis à l’Est (le 2e Corps du général Anders, libéré avec ses soldats de captivité soviétique). Narwik, Tobrouk, le mont Cassin, Arnhem, Falaise ne sont que quelques exemples de l’héroïsme polonais. L’État clandestin polonais était un phénomène à l’échelle mondiale. 

Le rôle qu’a joué le renseignement polonais dans la défaite du IIIe Reich est considérable. Réputé pour ses compétences exceptionnelles, il a délivré aux Britanniques environ 44% de toutes les informations provenant du continent européen. Des officiers polonais ont joué le rôle clé dans la préparation des débarquements des alliés en Afrique en 1943 et en Normandie en 1944. C’était le renseignement polonais qui essayait de réveiller la conscience du monde face aux crimes abjects de la Shoah.

L’expérience polonaise de la guerre diffère de celle en Occident. L’occupation de la France et de la Pologne sont incomparables. Le génocide perpétré par les nazis sur le territoire de la IIe République de Pologne ne ressemblait en rien à la vie des habitants de Paris ou de Bordeaux. Le bilan de la guerre est sans appel : 6 millions de Polonais tués, dont trois millions de citoyens d’origine juive, et le déplacement des frontières marquant la fin d’un État multiculturel et multiethnique de plus de 600 ans. Les occupants se sont attaqués plus particulièrement aux élites : l’Intelligenzaktion ou l’action AB des Allemands, le massacre de Katyń des Soviétiques.

Yalta n’a pas non plus été une nécessité historique mais une décision politique des Grands Trois. Roosevelt a capitulé devant Staline. La Pologne a payé un terrible prix pour avoir défendu le monde occidental en 1939 alors. Pourtant, les variantes ne manquaient pas pour faire éviter à la Pologne son tragique sort après la guerre. Il aurait suffi d’écouter Churchill et envahir les Balkans pour devancer l’arrivée des chars soviétiques. 

La société polonaise a non seulement entrepris l’effort de reconstruire son État démoli par la guerre, mais elle a dû faire face à un nouveau totalitarisme dont le but était de détruire le monde d’avant-guerre. La culture matérielle polonaise a souffert de manière inimaginable. La Pologne n’a jamais reçu de réparations des crimes commis par le Reich. Après des pillages d’œuvres d’art ou leur destruction par les nazis allemands, une réforme agraire communiste a entraîné la chute de manoirs, palais et châteaux polonais. 

Tout comme après la Première Guerre mondiale, la Pologne faisait partie des pays les plus dévastés d’Europe. 1945 n’était pas l’année de la libération mais l’année d’une nouvelle soumission. L’enfer des répressions staliniennes n’a pas été épargné aux soldats de la résistance clandestine. Il n’y a rien de plus symbolique que l’existence dans les ruines de Varsovie, la ville des deux soulèvements, celui du ghetto en 1943, puis celui de la ville tout entière en 1944, de cellules de torture réservées aux héros de la liberté polonaise et européenne.

L’année 1939 a arrêté la Pologne dans son élan modernisateur.  Bientôt après la renaissance polonaise en 1918, un large dispositif légal en matière de droits électoraux et sociaux ainsi qu’un vaste programme d’industrialisation ont été mis en place. Après les 123 années de soumission, la Pologne entrait sur le chemin de la convergence économique avec l’Occident.

Les déséquilibres économiques entre l’Est et l’Ouest dans l’Europe d’aujourd’hui sont la conséquence directe de la longue année 1939. La Pologne aurait été un État plus fort non seulement économiquement, mais aussi démographiquement, et notre rôle dans l’Europe aurait été plus important.   

Le projet européen a toujours été incomplet sans l’Europe centrale et orientale, sans surtout la Pologne. Cet autre poumon de l’Europe, fortement ancré dans la tradition du réalisme thomiste, est la condition sine qua non d’une politique rationnelle de l’UE vis-à-vis des migrations ou de l’impérialisme russe, comme le prouvent les événements de ces dernières années.

Pour la Pologne, la longue année 1939 s’est terminée non pas le 8 mai 1945 mais seulement en 1989, avec l’effondrement du système communiste. C’était lui qui a conduit la pays à la profonde crise économique des années 1980 agrandissant au maximum le gouffre entre la Pologne et le monde occidental.

La société polonaise, grâce au soutien spirituel sans mesure de Jean-Paul II, a créé dans les années 1980 le plus important mouvement syndical indépendant dans le bloc de l’Est – « Solidarité » – étant en fait un mouvement de résistance pacifique et démocratique contre le communisme. 

Nous savons aujourd’hui que les démocraties qui fonctionnent bien, qui offrent la prospérité à tous leurs citoyens sont la meilleure garantie de paix dans le monde et de la pérennité de l’ordre démocratique. Il n’y aurait jamais eu d’Adolf Hitler sans le chancelier Brüning qui avait précipité l’Allemagne de Weimar, jusque-là placée sous le régime de l’étalon-or, dans la déflation entraînant un effondrement total de l’économie et la victoire du NSDAP. Le dogmatisme économique peut être mortel pour la démocratie. 

Aujourd’hui, la Pologne est un leader global de la croissance économique et l’une des meilleures preuves du succès de l’élargissement de l’Otan et de l’UE. Elle montre que le solidarisme social, fondé sur un système d’impôts moderne et adapté aux défis du XXIe siècle, est compatible avec la construction d’une économie concurrentielle et innovante.

.L’histoire polonaise du XXe siècle est l’histoire du triomphe de l’amour polonais de la liberté et de la démocratie sur les empires oppresseurs et sur les deux totalitarismes criminels. La Pologne restera pour toujours gardienne de la mémoire du XXe siècle. La mémoire qui est aussi une obligation.

Mateusz Morawiecki

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