Pierre LÉVY: La France et la Pologne au centenaire du renouveau de leur relation diplomatique

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La France et la Pologne au centenaire du renouveau de leur relation diplomatique

Pierre LÉVY

L'Ambassadeur de France en Pologne.

Ryc.Fabien Clairefond

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Dans cette nouvelle séquence, après les élections européennes, Paris et Varsovie seront très vite confrontés à leurs responsabilités européennes – écrit Pierre LÉVY

Nous commémorons le centenaire du renouveau des relations diplomatiques entre la France et la Pologne. Le 4 avril 1919,  Eugène Pralon remettait ses lettres de créance à Jozef Pilsudski. Cette date mémorable s’est inscrite dans une séquence diplomatique et militaire intense qui a vu la France s’engager pour la renaissance de la Pologne : création en juin 1917 de l’armée « bleue » de Haller ; volonté de Clemenceau d’affirmer la place du nouvel Etat polonais dans les traités de paix ; mission militaire française en Pologne en 1919 jouant un rôle de conseil dans la guerre polono-bolchevique, avec un jeune capitaine prometteur, Charles de Gaulle. Le siècle s’est ensuite déroulé avec ses espoirs et ses tourments. Tous les combats pour la liberté des Polonais restent dans la mémoire des Français, et le 4 juin 1989, jour des premières élections libres, est une grande date européenne.

Quel chemin extraordinaire parcouru depuis 1919 ! L’Europe de 2019 est, heureusement, différente de celle de 1919. Elle est réconciliée et prospère.

La Pologne y connait ses meilleures années depuis très longtemps. L’Union européenne est parvenue à donner corps aux idéaux des faiseurs de paix de 1919, après les échecs de l’entre-deux guerres. La Pologne est une formidable réussite européenne.

Une des conséquences majeures est l’essor de la relation bilatérale. Dans le domaine économique, nos échanges commerciaux ont battu un record en 2018 à 20,63 Md € (+ 7,2%) avec un excédent d’1 MD € en faveur de la Pologne. Le commerce bilatéral représente en 2018 le double de 2009. Plus de 1300 entreprises françaises y sont implantées, représentant un stock d’investissement d’environ 18 Md €, faisant de la France le second investisseur étranger en Pologne.

Je souhaite, au passage, répondre à ceux qui accusent la France de protectionnisme. La forte croissance des exportations polonaises vers la France (+ 6,1% à 10,74 Md € en 2018) et l’excédent commercial prouvent le contraire. Quant à la révision de la directive sur le travail détaché, le compromis final a rassemblé la plupart des Etats membres. La France n’est pas hostile au travail détaché, ses entreprises y ont recours. Il s’agissait simplement que les règles européennes ne soient pas dévoyées au profit d’une concurrence déloyale, souvent au détriment des droits des travailleurs.

C’est la construction européenne qui a permis à notre relation bilatérale de s’épanouir ainsi. C’est sa poursuite qui sera déterminante pour notre avenir. Les élections européennes ont connu le taux de participation le plus élevé depuis 20 ans. C’est un bon signe pour nos démocraties. Les Européens se rendent compte de l’intérêt de l’appartenance à l’Union, à la lumière de l’expérience laborieuse du Brexit, et même les partis eurosceptiques se proclament aujourd’hui européens.

Dans cette nouvelle séquence, Paris et Varsovie seront très vite confrontés à leurs responsabilités européennes.  Deux enjeux seront, selon moi, déterminants.

Il s’agit d’abord de la sécurité. L’ordre international fondé après 1945 est contesté ; le multilatéralisme semble s’effacer devant les politiques de puissance et la loi du plus fort. Les Européens ne peuvent se contenter d’être des spectateurs désengagés de la confrontation des grandes puissances.

La France est préoccupée par ces évolutions, à la mesure de sa vision d’une Europe qui protège. Première puissance militaire dans l’UE avec un modèle d’armée complet, forte de sa crédibilité opérationnelle, disposant d’une dissuasion nucléaire indépendante qui contribue à la sécurité de l’espace euro-atlantique, elle est engagée pour la sécurité des Européens à l’Est, avec une politique claire et ferme vis-à-vis de la Russie, comme au Sud.

Les Européens doivent d’abord faire les efforts nécessaires. Mon pays s’est fixé l’objectif de porter ses ressources à 2 % du PIB en 2025. Parallèlement, il importe de développer la capacité des Européens à déployer des opérations et des synergies dans le domaine des équipements, quel que soit le cadre (Union européenne, OTAN, ad hoc). Il nous faudra avancer pour faire un bon usage de la Coopération Structurée Permanente que la Pologne a rejoint,  et du Fonds Européen de Défense. Ces propositions vont dans le sens d’un plus grand investissement des Européens pour leur défense, tel que souhaité par les Etats-Unis, et d’un rôle plus efficace des Européens au sein de l’OTAN qui demeure le fondement de la défense collective en Europe.

La poursuite de la convergence est l’autre grande priorité européenne. Le parcours de la Pologne est impressionnant (2004 40 % revenu moyen UE, 2018 70 %). Y répondre suppose d’avoir les bons instruments dans le cadre du prochain budget européen, pas uniquement pour la Cohésion, mais aussi pour le soutien à l’innovation. Les Etats de la région doivent aussi ajuster leur modèle économique, fondé sur une main-d’œuvre nombreuse, très qualifiée, et moins chère qu’en Europe de l’Ouest. Avec les tendances démographiques actuelles et la baisse du chômage, ce modèle commence à s’essouffler. Les salaires augmentent rapidement, ce qui est bon pour la population mais affecte aussi leur attractivité pour les investisseurs étrangers.

Poursuivre la trajectoire de convergence nécessite de s’engager dans une remontée sur la chaîne de valeur. La Pologne, comme ses voisins, n’a d’autre choix que de développer l’innovation et la recherche et développement. Les entreprises françaises y contribueront. C’est l’ambition du projet de champion européen du secteur des batteries. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, en  a parlé lors de sa visite à  Varsovie en février dernier. C’est un grand projet franco-allemand, auquel nous souhaitons associer la Pologne dans le cadre d’une politique industrielle européenne.

.J’aime l’histoire. J’aime encore plus l’histoire utile, celle qui nous donne de l’énergie pour être dignes de notre passé et construire ensemble l’Europe de demain.

Pierre Lévy

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