Prof. Piotr GLIŃSKI: Combattre la culture polonaise

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Combattre la culture polonaise

Prof. Piotr GLIŃSKI

Vice-premier ministre, ministre de la culture et du patrimoine national.

Ryc.Fabien Clairefond

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Le dossier des pillages d’œuvres d’art durant la guerre est loin d’être refermé – écrit prof. Piotr GLIŃSKI

.Durant la guerre 1939-45, des centaines de milliers d’œuvres d’art et de pièces d’archives polonaises ont été pillées ou irréversiblement détruites. De nombreux conservateurs et personnalités de la culture, mais aussi simples employés des musées ont payé de leur vie pour avoir tenté de préserver ce patrimoine. 

L’action des Allemands et puis celle des Russes ont dès le départ visé l’élimination des élites polonaises ainsi que de toute trace des acquis culturels locaux. Des milliers de créateurs, artistes, architectes, journalistes, écrivains, poètes, musiciens, compositeurs, activistes sociaux et politiques, professeurs d’université et étudiants polonais ont été empriosonnés au camp de Mauthausen. Environ 30 000 d’entre eux y ont été assassinés.

Le but des Allemands et des Soviétiques était de supprimer l’intelligentsia, la culture, l’identité, la souveraineté polonaises, en un mot, la Polonité. En novembre 1939, des groupements SS ont mené une opération dite Sonderaktion Krakau. Par ruse, les Allemands ont convoqué les professeurs cracoviens dans les locaux de l’Université Jagellonne pour les arrêter et envoyer dans des camps de concentration. De même, parmi les victimes du massacre de la forêt de Palmiry – une série d’exécutions entre décembre 1939 et juillet 1941 – se trouvaient principalement des représentants des élites politiques, intellectuelles et culturelles du pays. C’est aussi sans oublier le massacre des professeurs de Lviv, en juillet 1941 et le sacrifice de nombreux créateurs de la culture, tués alors qu’ils combattaient dans les rangs de l’Armée de l’intérieur (AK). On estime qu’un citoyen polonais sur trois, des 6 millions de victimes de la guerre, dont 3 millions de Juifs, était issu de l’intelligentsia. 

Dès 1939, les autorités allemandes d’occupation ont méthodiquement inventorié, réquisitionné et transféré au Reich des collections muséales entières. Le phénomène de la parfaite organisation de la machine nazie de confiscation du patrimoine polonais reposait sur une reconnaissance menée par des historiens d’art allemands avant l’éclatement de la guerre.

L’autre chapitre de ce pillage organisé a été écrit par les Russes qui ont mis sur pied des unités spécialisées dans la confiscation d’œuvres d’art et dans leur transfert en URSS, action poursuivie aussi après la guerre. Rien d’étonnant donc que les musées russes regorgent d’objets volés en Pologne. 

Les premières estimations dès la fin de la guerre parlaient de plus de 516 000 objets classés monuments pillés ou détruits, d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars de l’époque. Plus de la moitié de nos collections ! L’icône de cette dépossession est incontestablement « Le Portrait de jeune homme » de Raphaël, la fierté de la collection Czartoryski de Cracovie. Réquisitionné par les autorités allemandes, le tableau a quitté le territoire de la Pologne en 1944. On pourrait citer une autre œuvre de la Renaissance italienne : le tondo de Lorenzo di Credi « L’Adoration de l’Enfant ». En 1943, cette magnifique œuvre d’art faisant partie des collections du musée de Poznań a été volée et transférée au fin fond de l’Allemagne, pour se retrouver après la guerre dans la zone russe. À la différence du « Portrait de jeune homme » de Raphaël, nous savons très bien où la trouver : elle est exposée au musée des beaux-arts de Moscou. La Pologne n’arrête pas d’exiger sa restitution. Parmi les magnifiques objets d’art pillés pendant la guerre en Pologne se trouvent aussi des œuvres d’avant-garde du XXe s., comme un collage « Guitare » de Picasso provenant du Musée de l’histoire de l’art de Łódź.

.80 ans plus tard, les musées polonais restent toujours très marqués par ces pertes. La Pologne ne ménage pas ses efforts pour retrouver et se faire restituer ne serait-ce qu’une partie des biens volés. Nous avons enregistré de nombreux succès mais le dossier des pillages organisés durant la guerre est loin d’être refermé.

Prof. Piotr Gliński

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