Prof. Stanisław ŻERKO: Une guerre des Allemands, une guerre d’Hitler

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Une guerre des Allemands, une guerre d’Hitler

Prof. Stanisław ŻERKO

Historien (Instytut Zachodni de Poznań), conférencier à l’Académie de la Marine nationale de Gdynia, auteur de monographies sur la genèse de la Seconde Guerre mondiale. A publié entre autres 4 tomes de documents diplomatiques polonais des années 1930.

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Alors que nous venons de célébrer le 100e anniversaire de la signature du traité de Versailles scellant la débâcle de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, il vient le temps de commémorer le 80e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre par cette même Allemagne. Non pas de l’« éclatement » comme on se plaît à répéter mais justement du « déclenchement ». Et si des doutes persistent quant à la genèse de la guerre 14-18 (à lire Les Somnambules de Christopher Clark, une interprétation de l’histoire à ne pas manquer), la responsabilité pour le cataclysme 39-45 incombe sans conteste à l’Allemagne d’Hitler.

Pour George F. Kennan, célèbre diplomate américain et historien de renom, la Grande Guerre était « une catastrophe qui a entraîné les autres catastrophes ». Rappelons aussi le commentaire attribué au maréchal Foch sur les conditions dictées aux Allemands dans le traité de Versailles : « Ce n’est pas la paix, c’est un armistice de 20 ans ». En effet, presque 20 ans après, les Allemands ont d’abord provoqué une grave crise pour ensuite déclencher une guerre mondiale dont le premier acte a été une agression contre la Pologne.

Ainsi, Hitler se débarrassait de la dernière contrainte imposée à Versailles. La question de Gdańsk et du « corridor de Poméranie » est devenue le principal motif de la guerre pour l’opinion publique. À vrai dire, la perspective d’un nouveau conflit armé que le Reich pourrait déclencher au nom d’une révision du traité de Versailles pesait sur les relations internationales pratiquement tout l’entre-deux-guerres.

Foch avait donc eu raison. À cette différence près, que la Seconde Guerre mondiale n’était pas une continuation de la Première. Gdańsk et le corridor n’étaient pas le principal objectif d’Hitler. Sa vision allait au-delà.

Les nationalistes allemands de « vieille date » rêvaient d’une revanche, d’une révision, pacifique ou armée, des conditions imposées à Versailles. Certains voulaient même faire du Reich la plus grande des puissances européennes. Ainsi, l’agression contre la Pologne était perçue comme foncièrement juste. Ce que les Allemands redoutaient le plus, c’était une guerre sur deux fronts, ingagnable selon eux. C’est pourquoi le premier jour de septembre 1939 – à la différence de 1914 – n’a pas suscité d’enthousiasme en Allemagne.

La guerre de 1939 était avant tout une guerre d’Hitler. Il ne s’agissait pas pour lui de réviser le traité de Versailles. Dans son livre Mein Kampf il précisait déjà que le « postulat de refaire les frontières de 1914 est une absurdité politique, avec des conséquences tellement grandes qu’elle ne pourrait être perçue que comme un crime ». Aux yeux d’Hitler, ce postulat était trop modeste pour mériter le sacrifice du sang allemand. Ce qui l’intéressait, c’était l’hégémonie allemande en Europe qui devait d’abord passer par la construction d’un énorme empire englobant les territoires repris à l’URSS. 

La Seconde Guerre mondiale a donc été un conflit planifié et déclenché par l’Allemagne. Les erreurs des dirigeants occidentaux commises sous le signe de l’apaisement ou même le pacte Hitler-Staline, dont le rôle me paraît surestimé, servent à déresponsabiliser Hitler. Il était d’ailleurs prêt à déclencher un conflit mondial déjà un an auparavant, lors de l’apogée de la crise tchécoslovaque.

Dans l’agenda d’Hitler, la Pologne occupait le rôle-clé, ne serait-ce que pour des raisons de géographie ou de son potentiel militaire non négligeable. Jamais avant ni après, l’histoire de la Pologne n’a été si étroitement liée à celle du monde. Jamais les décisions prises à Varsovie en 1938 et en 1939 n’ont eu un tel impact. « Résoudre » le problème polonais était essentiel pour envisager une agression contre l’URSS. La Pologne devait donc être vassalisée, le mieux en tant qu’allié. La décision des dirigeants polonais de rejeter la « généreuse offre du Führer» et de refuser de laisser dégrader la Pologne au rang d’état satellite, a poussé Berlin à détruire son voisin.

Le titre « Faut-il mourir pour Dantzig » du fameux article paru dans «L’Œuvre» le 4 mai 1939 n’était pas que l’expression du défaitisme français. Il prouvait à quel point l’Occident s’était fait piéger par Hitler. 

Prof. Stanisław Żerko 

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