Les migrants.
L’Union européenne est aujourd’hui complice des trafiquants d’êtres humains

Jarosław OBREMSKI

Sénateur polonais, ancien maire adjoint de Wrocław.

Ryc.: Fabien Clairefond

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Essayons de regarder la question des réfugiés-migrants non pas de la perspective polonaise et à court terme, mais en tant que citoyens de l’Europe prenant la responsabilité de la forme que revêtira notre maison européenne, d’ici 20 ans – propose Jarosław OBREMSKI

Les prévisions économiques et démographiques pour l’Afrique noire et certains pays plus pauvres de l’islam asiatique (Pakistan, Bangladesh, Yémen) laissent supposer que, dans quelques années ou plus, une vague allant jusqu‘à des dizaines de millions de gens déferlera sur l’Europe. Il s’agira d’un tsunami culturel et économique. Dans nos débats sur les migrants, y compris sur les migrants musulmans (malheureusement, dans les discussions sur ce qu’on doit faire, se posera toujours la question de savoir si telle ou telle solution fera ses preuves envers les disciples d’Allah), en 2017, il faut prendre en compte les résultats qui en découleront dans l’avenir. Malheureusement, ce que propose l’Union européenne n’est qu’une démarche à court terme qui consiste à repousser le problème vers le futur.

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.Qu’en est-il aujourd’hui ? Début mai, je suis allé voir, avec les chefs des commissions parlementaires des affaires européennes de tous les pays du continent, le hotspot pour les migrants en Sicile. Après la fermeture de la route des Balkans, suite à la promesse faite à la Turquie de lui verser 6 milliards d’euros, c’est là que passe maintenant la plus importante route de contrebande d’êtres humains vers l’UE .  En l’espace de quatre mois depuis le début de l’année, 20 ooo migrants y ont débarqué. Parmi eux, 70% sont des hommes âgés entre 20 et 30 ans, 20% sont des mineurs, ou du moins se déclarant tels, et 10% sont des femmes. La majorité, car presque 30% d’entre eux, sont originaires du Bangladesh, ensuite viennent le Nigeria, l’Égypte, la Gambie et la Guinée. La Syrie représente moins de 1% et l’Érythrée encore la moitié de ce chiffre.

90% de nouveaux arrivants font une demande d’asile politique, très peu d’entre eux ayant des raisons de le faire. L’aveu d’un citoyen togolais a été symptomatique :  sa maison avait brûlé donc il voulait gagner un peu d’argent et, vu qu’il maîtrisait le français, il projetait de fuir vers la France pour y faire évidemment une demande d’asile politique. Il sait déjà que désormais il peut nous dire toute la vérité, car le tribunal, de toute manière, fera son jugement en se basant sur le dossier officiel. Toute la procédure judiciaire, y compris l’éventuel futur appel, pourraient prendre jusqu’à 18 mois. Pendant ce temps, ceux parmi les migrants qui sont plus « sages » travailleront au noir dans les environs du hotspot, d’autres se disperseront à travers l’Union européenne, mais quand ils se feront arrêter, c’est grâce aux empreintes digitales qu’on saura par où ils sont entrés en Europe. Ne pas obtenir l’asile et être renvoyé au Bangladesh devient en fin de compte rentable, si on avait la possibilité de travailler pendant 18 mois.

Aussitôt repêchés et conduits vers le centre d’enregistrement, les réfugiés-migrants reçoivent un téléphone. Ils appellent leurs parents pour les assurer que tout s’est bien passé, sans oublier de glisser des informations sur la fluidité de la route et la fiabilité des passeurs. Cet appel est l’un de ce qu’on appelle « pull factors », c’est-à-dire des facteurs d’attraction dont le rôle est d’inciter la demande de ces « expéditions en direction de l’UE ». La direction du centre d’enregistrement constatait avec amertume que les migrants, une fois arrivés en Sicile, ne parvenaient pas, le plus souvent, à couper le contact avec les passeurs, et qu’en plus, ces mêmes criminels donnaient du travail pour bon nombre d’entre eux que ce soit dans la drogue ou dans la prostitution. Ces migrants donc fuient le centre, leurrés avec la perspective de plus gros gains et d’un « séjour » plus long, parfois prolongé d’un passage par la case prison.

Des interprètes de langues africaines et des spécialistes des dialectes de la langue arabe sont là pour éviter les usurpations de nationalité chez les demandeurs d’asile.  Les méthodes de fraude les plus efficaces consistent, pour les musulmans venant d’Égypte, à se faire passer pour des Coptes, et, pour les Éthiopiens originaires des territoires à la frontière avec l’’Érythrée, à se faire passer pour des citoyens de cet autre pays.

C’était naïf de traiter un pays déchu, la Libye en l’occurrence, comme un pays normal et de croire que l’équipement de sa garde côtière en bateaux de patrouille puisse mettre fin au trafic de migrants. Au contraire, le nombre de personnes et d’administrations qui exigeaient des rançons pour fermer les yeux sur ces pratiques n’a cessé de croître. Et, pour compléter le tableau, il y a des organisations non gouvernementales qui se focalisent sur la prévention des noyades de migrants et qui vont jusqu’à récupérer des gens directement sur les plages libyennes. Si je comprends bien, avec l’approbation des trafiquants.

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.Mes conclusions. Si nous croyons en la bonne volonté des gens qui prennent soin de tous ceux qui, fuyant la misère, empruntent cette route dangereuse, nous devons nous dire que les bonnes intentions, c’est l’enfer qui en est pavé. Pour de nombreux nouveaux arrivants l’Union européenne devient un enfer, et non pas un paradis. Sauver de pauvres gens de la noyade est, certes, conforme aux valeurs européennes. Mais il faut réduire sensiblement tous les éléments qui favorisent les pull factors. Et nous agissons à l’inverse.  Les photos des corps de migrants échoués sur la côte ne nous laissent pas indifférents, mais notre sensibilité devrait s’étendre également sur ceux qui laissent leur vie durant une marche de 4 000 kilomètres de long dans leur fuite du Bangladesh, ou ceux qui périssent dans les sables du Sahara. Sauver des vies, c’est restreindre la fluidité de la route, et non pas agir à court terme.

Deuxièmement, arrêter ces vagues de migrants vers l’Europe est relativement facile à obtenir. Il suffit juste, d’un côté, de changer la loi pour rendre possible le renvoi des embarcations vers la Libye (ce qu’a fait l’Espagne vers la fin des années 90., en Îles Canaries, avec les migrants gambiens) et, de l’autre, de créer des mécanismes qui feront que seule la voie légale d’immigration vers l’UE sera vraiment plus efficace que la contrebande. Aujourd’hui, l’Europe est complice des trafiquants d’êtres humains.

Et, troisièmement, il faut déplacer les hotspots, où les gens attendent qu’on détermine les raisons politiques ou humanitaires leur permettant d’entrer dans l’UE, vers des pays tiers – la Libye, le Mali, le Tchad… Les hotspots doivent exister car nous devons laisser ouverts nos frontières et nos cœurs à tous ceux à qui notre aide est indispensable, et pour qui fuir est le seul moyen d’échapper à la mort ou à la prison. Tous les pays de l’UE doivent, solidairement, participer financièrement au fonctionnement de ces centres.

C’est pour aujourd’hui, afin de stopper les massacres de gens. Je répète : non seulement en Méditerranée, mais tout au long de la route. Celui qui a vu de quoi a l’air l’esclavage moderne aux Émirats arabes unis imposé aux migrants venus de la péninsule indienne, peut facilement s’imaginer le sort qui est réservé aux jeunes Bangladeshis. C’est agir à court terme, mais ces actions porteront ses fruits dès qu’une nouvelle vague se mettra en route. Et c’est justement pour la limiter, civiliser et retarder qu’il faut:

1) N’autoriser qu’une immigration légale et limiter les abus concernant la voie de l’asile politique. On ne peut pas donner le signal que les infractions à la loi et les tentatives de tromperie envers les agents de l’UE sont efficaces. L’Europe est un continent où les lois sont respectées, et ceci engage tant les citoyens des pays membres de la communauté que ceux qui frappent à sa porte. Cela signifie donner raison, non seulement du point de vue juridique, à Orban dans son différend avec Merkel de l’automne 2015.

2) Faire disparaître ces territoires où les différents pays de l’UE ne fonctionnent qu’en théorie, ce qu’on appelle des zones « no-go ». Il faut que la loi soit rigoureusement appliquée dans les quartiers non assimilés et que les fonctionnaires et policiers aient la garantie de pouvoir y accéder sans entrave. Si ce travail n’est pas fait et qu’une grande vague de migrants arrive dans ces quartiers, ils deviendront des pépinières d’anarchie, et signeront le début de perte de contrôle sur l’État. La France du futur ne peut pas rappeler, par l’efficacité de son impact, le Yémen d’aujourd’hui. Cela signifie s’engager dès à présent dans un conflit avec certains mosquées et imams sur le territoire de l’UE, des émeutes aussi peut-être, mais l’alternative, ce sera d’accepter l’extraterritorialité.

3) Ne pas mettre toutes les religions dans le même sac, et même plus encore, ne pas rejeter l’héritage chrétien ou judéo-chrétien, fondement de notre continent. C’est ce mélange de la démocratie athénienne, du droit romain et de la conception chrétienne de la dignité de l’homme qui constitue notre civilisation. J’ai du respect pour un athéisme affirmé, mais lui aussi n’est possible qu’à travers la conception de la dignité et de la liberté, donc pas dans chaque civilisation. J’ai bien peur que, malheureusement, la non-religiosité ou une religiosité plus faible, dans la plupart des cas, ne provoque la gnose (des superstitions sans fondement philosophique, c’est-à-dire des idées peu profondes, faciles à changer) ou ne puisse impliquer une certaine soumission à la violence réelle ou symbolique, comme l’a décrit par exemple M. Houellebecq dans son roman « Soumission ».

L’enrichissement culturel dans un clash avec ce qui est différent n’est effectif que quand je suis moi-même conscient de mon héritage culturel, mon identité et mon système de valeurs. Sans cela, nous serons balayés du point de vue culturel. Vu les récents propos, en mai dernier, d’Angela Merkel : « Il vaut mieux que les Églises se mêlent des affaires publiques plutôt que d’y renoncer (…). Celui qui tente d’être conscient de ses propres valeurs et racines regarde le monde avec audace et se met à l’action avec une bonne dose de confiance en Dieu », il semblerait que le problème soit finalement identifié.

4) Abandonner la conception du multiculturalisme. Le point numéro trois a été très religieux, celui-ci sera plus social et culturel. Je vais citer l’analyse de T. Otłowski de la fondation « Amicus Europea » d’A. Kwaśniewski : « La politique européenne du multiculturalisme a subi un échec cuisant, indépendamment du modèle appliqué – qu’il soit scandinave, allemand ou britannique. On sait, désormais, que les communautés musulmanes ne veulent ni s’intégrer ni s’assimiler selon les conditions imposées par les gouvernements laïques et libéraux des démocraties occidentales ».

Nous devons nous interroger pourquoi les enfants et les petits-enfants d’immigrés deviennent des terroristes. Si nous n’y trouvons pas de réponse, dans 20 ans nous aurons peur de sortir de chez nous. Nous devons faire preuve d’empathie non seulement envers ceux qui viennent chez nous de loin et ont des problèmes de déracinement, mais également envers les « autochtones » dont le cadre de vie, leur rue et leur quartier, change de visage, devenant étranger et à réapprivoiser. Et T.Otłowski de continuer : « La vague de plus d’un million de „réfugiés” qu’à son tour, pendant les deux années qui viennent de s’écouler, a connu l’Allemagne, a sérieusement déstabilisé le tissu social dans de nombreuses villes, surtout petites, et a engendré de sérieuses tensions sociales, pourtant soigneusement  „mises sous le boisseau” de l’omnipuissant politiquement correct et de la doctrine du multiculturalisme ». En assurant la liberté de discussion et en restreignant le politiquement correct, nous nous donnerons les moyens non seulement de trouver les réponses, mais aussi d’arrêter la montée en puissance de ces mouvements que je nommerai , pour simplifier, nationalistes et populistes. Leurs victoires électorales pourront signifier la fin de l’UE et des choses bien pires encore.

5) Accroître sensiblement l’aide pour les centres de réfugiés en Jordanie et au Liban. Là-bas, il y a des gens qui sont vraiment dans le besoin. À travers des allocations leur permettant de devenir indépendants, on les aidera à s’assimiler et à fonctionnent dans leur sphère culturelle sans pour autant leur barrer le chemin du retour vers la patrie, une fois la paix revenue. C’est là-bas aussi qu’on peut recruter des migrants à destination de l’Europe de façon à ce que ces camps provisoires ne deviennent pas permanents – comme avaient fait, pour des raisons politiques, les pays arabes avec les camps de réfugiés palestiniens. Dans les autres pays à forte pression migratoire, mais ne connaissant pas le malheur de la guerre, il faudra trouver une sorte d’échappatoire pour faciliter l’immigration vers l’UE, par exemple à travers des loteries de visas

6) Prendre en compte le contexte culturel et linguistique dans les politiques de l’immigration. Je ne crois pas aux expériences qui consistent à attendre l’assimilation de quelqu’un qui veut par exemple aller en France, étant originaire du Sénégal, et qui est pourtant envoyé en Finlande… C’est la recette de l’échec et d’une frustration supplémentaire garantie. Les anciens pays colonisateurs, compte tenu de leur rayonnement culturel de longue durée, continueront d’attirer les descendants de ceux qu’ils avaient exploités. L’incommodité de ce fardeau en France ou en Angleterre est, certes, adoucie par le fait que la richesse de leurs architecture, infrastructures et collections des musées est, elle-aussi, le résultat de la colonisation. Nous n’avons rien de tout cela. La Pologne, du point de vue de la culture et de la langue, sera plus proche pour les Ukrainiens. Ah oui, j’avais oublié, les Ukrainiens ne sont pas des réfugiés. Pourquoi ? Parce qu’on a défini ce mot différemment.

À mon sens, c’est de la violence sémantique, qui sert les intérêts des plus forts au sein de l’UE. Les Syriens, oui, les Ukrainiens, non. Les victimes de la guerre ici et là-bas sont différentes ? Bon nombre de migrants originaires d’Ukraine ne viennent ni du Donbass ni de Crimée. Certes. Mais, parmi les réfugiés syriens, beaucoup ont fui des territoires de la Syrie où il n’y avait pas la guerre. Ils ne viennent pas tous d’Alep. Pour les Syriens, on crée un fonds spécial, pour les Ukrainiens, que nenni. À nouveau d’accord, mais la seule conclusion en est qu’il faudrait peut-être se partager les coûts et non pas les gens qui ne veulent pas d’ailleurs venir en Pologne (si je comprends bien, l’UE, pour le moment, considère qu’un nouvel arrivant du Sud c’est plus que 300 Ukrainiens). Ne serait-il pas donc question peut-être de se partager le risque d’apparition de nouveaux terroristes-agents ? Mais cet argument-là aussi est démontable, car il est difficile de s’imaginer que la Russie ne profite pas de la présence de deux millions de nos voisins ukrainiens en Pologne pour s’en servir dans la réalisation de ses propres objectifs.

Pour la Pologne, en effet, la Russie constitue un risque plus important que le terrorisme islamiste. Je pense que cela vaut la peine, en attandant la grosse vague, de renforcer le potentiel démographique de ceux qui présentent des chances d’assimilation dans la communauté donnée. Pour un Sénégalais, la vie en Pologne sera plus difficile qu’à Paris. Par ailleurs, l’idée qu’en Pologne l’assimilation des gens du Sud dans 10-20 ans soit plus efficace qu’en Belgique ou en France, et qu’il n’y ait pas de militaires armés de fusils automatiques à chaque carrefour, comme c’est le cas là-bas, c’est pour moi du nationalisme, de gauche cette fois-ci.

7) Partager nos richesses, mettre en place un système de transferts vers les pays plus pauvres pour réduire la pression migratoire. Peut-être faudra-t-il instaurer un impôt, pas si bas que cela, en faveur du Tiers Monde, par exemple sur les transactions bancaires. Peut-être devrons-nous, sur un plus long terme, supprimer la politique agricole commune pour créer des marchés de débouché pour l’agriculture africaine. Ou encore, repenser ce qu’on appelle la politique d’aide qui, le plus souvent, nous permet de nous débarrasser de nos remords au lieu d’apporter une aide réelle.

* * *

.La politique polonaise est-elle juste ? Sur le fond et à long terme, nous avons raison, mais notre voix ne passe pas, nous avons perdu notre langue ou plutôt nous n’avions jamais eu de langue que la vieille UE voudrait écouter. La solidarité est depuis longtemps absente de la politique communautaire. Chacun tire de son côté, se prévalant de servir le bien commun de l’Union. Notre résistance à accueillir 6 000 réfugiés, dont nous ne voulons pas chez nous, ne fait que renforcer la conviction en Europe que nous sommes ingrats et égoïstes et que nous avons manqué une occasion de nous taire. De l’autre côté, tous savent en Europe qu’il ne s’agit pas de ces 6 000, mais de ce qui arrivera ensuite et immanquablement. Un algorithme testé une fois avec succès fonctionnera, dans l’avenir, comme un rouleau compresseur. Toutes les personnalités politiques européennes haut placées savent que l’UE, au niveau des réels décideurs, ne soigne que les symptômes, qu’elle a commis des erreurs stratégiques et, qu’en plus, elle tente de les mutualiser ou même de les rejeter sur le dos des plus faibles. En ont fait l’expérience les Estoniens chez qui les Italiens ont essayé d’envoyer leurs réfugiés-migrants les plus récalcitrants, qui leur posaient le plus problème.

La plus grande erreur du gouvernement polonais n’est pourtant pas de mal vendre à l’extérieur les raisons de notre résistance. Nous avons tous en Europe une conviction de plus en plus grande que nous aidons mal les réfugiés. Personne ne donnera raison ni à nous ni à Orban, mais petit à petit tous se mettent à reprendre le discours d’Orban, telle A. Merkel.

En premier lieu, déclarer que l’absence d’attentats est simple fonction de l’absence de migrants sera valable jusqu’à une première fois, la situation actuelle dépendant plutôt du fait que d’éventuels attentats en Pologne ne seraient pas aussi spectaculaires qu’à Paris ou à Londres. Parallèlement, cela vaut toujours le coup de rappeler, et le gouvernement le fait, tout comme Obama l’a rappelé  à Merkel, que le devoir essentiel est d’assurer la sécurité des citoyens polonais. Les enseignements que l’on peut tirer de ce qui se passe dans les plus grandes capitales européennes sont en fait peu crédibles.

Ensuite, on ne peut pas faire peur aux gens avec l’islam. On ne peut pas ne pas voir en eux des gens qu’il faut aider, car ils sont démunis, ils ont tout perdu, ils recherchent désespérement un espoir et un avenir pour leurs enfants. La sécurité n’est pas une excuse suffisante pour notre « ne rien faire » citoyen. Si nous ne sommes pas d’accord avec les solutions prises au niveau européen, nous devons mieux argumenter pourquoi, mais nous devons aussi faire montre de plus de générosité pour pouvoir être fiers de notre hospitalité envers les Ukrainiens et de notre empathie envers les Syriens. Tout comme nous sommes fiers de chaque Juste parmi les Nations. Il y a peut-être de l’égoïsme dans tout cela. Soit. Mais si nous ne transmettons pas aux enfants l’empathie et la disponibilité à aider les étrangers, même très différents de nous, nous pourrons nous attendre à des réactions similaires de nos enfants à notre encontre. La façon dont le gouvernement communique avec la société fait monter, à travers des simplifications et des raccourcis, des murs, y compris dans nos poches et dans nos cœurs. C’est tant une erreur qu’un péché.

Oriana Fallaci, en vantant  le système de valeurs européen, citait le droit de boire du vin et celui, pour les filles, de porter des mini-jupes – ça aussi – mais également le droit à la liberté de la recherche scientifique et au pluralisme dans les médias, le droit de ne pas croire et de séparer le religieux du laïque, la capacité de pardonner et l’auto-ironie. Aucune des civilisations ne peut durer éternellement, c’est évident. Les nouveaux peuples, les nouvelles générations construiront quelque chose de nouveau. J’ai du respect pour les autres civilisations, pour leur beauté et leur profondeur, mais celle européenne, malgré les lamentations , est la meilleure, car c’est la mienne. Il ne faut pas l’abandonner mais plutôt débattre ouvertement de comment la rendre plus attrayante pour les étrangers, non seulement économiquement. Et c’est là que nous gagnerons – et nous et eux.

Jarosław Obremski

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