Jean Paul OURY: "Wroclaw. J’ai vu une Capitale européenne se construire en vingt ans"

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Wroclaw. J’ai vu une Capitale européenne se construire en vingt ans

Jean-Paul OURY

Docteur en épistémologie, histoire des sciences et technologies, consultant, et auteurs de livres à destination du grand public sur ces sujets. Il est également expert en communication corporate et sur les "sujets de société".

Ryc.: Fabien Clairefond

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Cette année Wroclaw est la Capitale Européenne de la Culture. En ce qui me concerne, j’ai mis la première fois les pieds dans cette ville en 1996. Cela fait donc exactement vingt ans : un chiffre rond chargé de symbolique donc. Et dans cette période, très longue et très courte à la fois, j’ai vu tellement de choses changer que quand j’y réfléchis, je trouve parfois cette métamorphose à peine croyable.

.S’il y avait un phénomène pour prouver l’élasticité du temps, c’est bien la transformation de la ville de Wroclaw: de façon rétrospective, il me semble, en effet, que cela a pris autant de temps, à la fin des années 90, pour reboucher un trou Aleja Grabiszyńska, que pour construire la Skytower – le building le plus élevé de Pologne – en 2012. Tout cela pour vous dire que la capitale de la Basse Silésie a mis du temps avant de prendre son envol et s’affirmer comme étant cette magnifique Capitale Culturelle de l’Europe. Mais elle a bien fait ! Car quelle réussite.

Je suis venu en Pologne pour faire mon service militaire comme lecteur de Français. Pendant plus d’un an j’ai vécu dans les baraquements de la Wyższa Szkoła Oficerska Wojsk Lądowych im. gen. Tadeusza Kościuszki. Après un très court séjour à l’ambassade de France à Varsovie, j’ai choisi mon affectation à Wroclaw.

.Lorrain d’origine, j’avais calculé qu’avec une voiture, cette ville n’était qu’à 1000 kilomètre du lieu de résidence de ma famille. Il me suffisait de traverser l’Allemagne. Mais quel trajet à l’époque ! Si la première partie se passait sans accroc jusqu’à Erfurt, la suite se faisait sur des autoroutes en construction de l’ex-Allemagne de l’Est. Puis venait la frontière. Je me rappelle avoir attendu plus de huit heures lors d’un week-end pascal. Il fallait toujours faire la queue derrière des remorques qui transportaient des épaves. Mais une fois la frontière passée, l’aventure commençait : il n’y avait que 200 kilomètres de Zgorzelec à Wroclaw, mais c’était la partie du trajet qui paraissait la plus longue. Il fallait entre-autre passer sur un tronçon de 100 kilomètres de ce qui fut le premier autoroute d’Europe. Bâti par Adolf Hitler, les plaques de béton de cette route chaotique me semblaient totalement surréaliste.

La première fois que je l’ai empruntée j’étais en bus et j’ai cru que nous roulions avec un pneu crevé. A force de faire les trajets, il fut une période dans ma vie où je revenais à Wroclaw en moyenne tous les trois mois, j’avais fini par connaître tous les nids de poule creusés dans les routes. Ce qui m’interpelait cependant déjà à l’époque c’est le dynamisme que je pouvais observer.

.Tout, absolument tout, était à faire, pour développer le pays après le désastre économique causé par le communisme. Mais la Pologne fourmillait: alors que j’avais l’impression d’un voyage au bout de la nuit entre Dresden et Gorlitz, où l’on ne voyait pas âme qui vive, une fois arrivé à Zgorzeletz, c’était la fête foraine. Même en pleine nuit des lumières multicolores dans les petits villages, des gens au bord de la route pour essayer de vendre des champignons, des confitures, des baies sauvages… Bref de faire ce qu’il faut pour s’en sortir.

Un proverbe dit « aide-toi et le ciel t’aidera » s’il peut s’appliquer à un pays, c’est bien aux habitants de Wroclaw. Car pendant des années je les ai vu bosser durement pour redresser leur ville sans aucune aide. Et ça a marché.

Encore une fois, la ville de Wroclaw en est la preuve vivante. En 1996, les infrastructures routières étaient déplorables. La capitale de la Basse-Silésie conservait de nombreux stigmates d’une ville d’après-guerre et au destin pas clairement défini durant la période de la guerre froide. Certains murs avaient encore les impacts de balles. Les rues, le soir, étaient faiblement éclairées et il fallait avoir l’oeil pour ne pas écraser un passant égaré sur le bord de route. Mais petit bout par petit bout, la ville s’est transformée. Elle s’est modernisée. Cela a commencé avec l’arrivée des grands centres de distribution. Si les premiers furent des supermarchés Allemands et Anglais, les Français ne tardèrent pas à s’installer.

.A l’époque j’étais fier de raconter à mes amis qu’on y avait construit un des plus grand hypermarché Auchan d’Europe. C’était d’autant plus impressionnant qu’en France, on trouvait très peu de shopping-mall de cette taille. Une fois alors que je ramenais ma fille après un séjour en France: elle m’a demandé, « Papa on est en France ou en Pologne ici ? Parce que je vois Décathlon, Leroy Merlin, Auchan, Casto…. tous les magasins que je vois en France ». J’ai souvent utilisé cet argument pour expliquer aux Français qui critiquaient l’arrivée du plombier polonais pour leur dire que l’ouverture des frontières à l’Est profitait déjà à la Grande distribution française. Mais plutôt que de s’engager dans un débat politique sans fin revenons au miracle de Wroclaw.

En vingt années, j’ai vu une capitale européenne naître pièce par pièce, se doter de zones commerciales, reconstruire ses infrastructures routières, se peupler d’usines et de centre de gestion de grands groupes internationaux. CARGILL, Decathlon, Hewlett-Packard, IBM, IKEA, Siemens, Volvo, WABCO and Whirlpool… y sont implantés pour ne citer que les plus fameux. Je me rappellerai toujours cette visite que j’ai eu l’occasion de faire des locaux flambants neufs de Google en compagnie d’un ami français qui supervisait les mutations. A l’époque il m’expliquait que de nombreux Européens de l’Ouest, mutés vers cette nouvelle plateforme, y venaient à reculons. Mais une fois sur place, gouttant au dynamisme local, ils ne voulaient plus repartir.

Puis après ce sont les bâtiments publics qui sont sortis de terre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque mon avion a atterri pour la première fois dans le magnifique aéroport Nicolas Copernic construit un peu avant la coupe d’Europe de football. Pendant des années, j’angoissais à l’idée d’atterrir dans un aérodrome de la taille d’une volière à oiseaux. Au travers de ce dernier exemple on trouve bien évidemment l’intervention de la communauté européenne par le biais de fonds structurels. Sans doute beaucoup de choses n’auraient pas été possibles sans son aide. Tout du moins, pas aussi vite. Mais à Wroclaw les gens peuvent être fiers de la manière dont ces fonds ont été utilisés.

.L’Union européenne, on le sait, est actuellement sous le feu des critiques. Si on peut trouver bon nombre d’arguments pour critiquer ses fonctionnaires et ses régulations inutiles, a contrario, on voit son utilité dans le soutien à de nombreux projets qui bénéficient à tout le monde. Notez bien que je dis cela, alors que je suis très critique à l’égard de toute forme d’intervention publique et de distribution de subventions. Mais il est certain que les investissements effectués semblent utiles et une réussite. Le maire Rafal Dutkiewicz n’y est sans doute pas pour rien.

Aujourd’hui, je retourne régulièrement à Wroclaw et comme avant, j’observe à chaque fois avec un oeil attentif les nouveaux bâtiments sortis de terre. J’ai pu me promener aux côtés de la nouvelle Philharmonie. Le bâtiment est sublime, digne d’une capitale européenne de la culture. Et toute la ville s’est préparée pour l’alléchant programme. The Meeting Place, ou the Flower of Europe – surnom donné par le grand historien Norman Davies, du fait qu’elle a toujours était un carrefour historique au coeur de l’Europe – est dans les starting block pour accueillir les touristes du monde entier.

.Espérons que cette année sera l’occasion de mettre un peu de baume sur les douleurs de la construction européenne. Si vous peinez à voir ce qui marche en Europe rendez-vous à Wroclaw. En espérant que d’ici là, vous n’ayez pas de nouveau huit heure d’attente à la frontière!

Jean-Paul Oury

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