Mateusz MORAWIECKI: Le peuple russe mérite la vérité

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Le peuple russe mérite la vérité

Mateusz MORAWIECKI

Premier ministre. Diplômé en Histoire à l'Université de Wrocław et en Administration des Affaires à l'Université de Technologie de Wrocław et à l'Université Centrale du Connecticut. Il a été membre de l'équipe chargée de négocier les conditions d'adhésion de la Pologne à l'Union européenne. De 2007 à 2015, il a tenu le poste de PDG de Bank Zachodni WBK.

Ryc.Fabien Clairefond

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Le XXe siècle a apporté au monde des souffrances inconcevables et la mort de centaines de millions de personnes, assassinées au nom d’idéologies malsaines et totalitaires. Le bilan mortel du nazisme, du fascisme et du communisme est une chose évidente pour les personnes de notre génération. De même, l’identité des auteurs de ces crimes ne fait aucun doute – ainsi que celle des parties au pacte ayant déclenché la Seconde Guerre mondiale, le conflit le plus meurtrier dans l’histoire de l’humanité – écrit Mateusz MORAWIECKI

Malheureusement, plus le temps passe depuis ces événements tragiques et moins nos enfants et nos petits-enfants les connaissent. C’est pourquoi il est si important de continuer à dire haut et fort la vérité sur la Seconde Guerre mondiale, sur ses auteurs et ses victimes, et de nous opposer à toute tentative de déformation de l’histoire.

Le souvenir de ce mal est particulièrement important pour la Pologne, la première victime de la guerre.  Notre pays a été le premier à subir l’agression armée de l’Allemagne nazie et de la Russie soviétique. La Pologne a été le premier pays qui s’est battu pour défendre l’Europe libre.

La résistance face à ces puissances du mal dépasse toutefois le seul cadre de la mémoire de l’héroïsme polonais, il s’agît de quelque chose de beaucoup plus important. Cette résistance constitue l’héritage de toute l’Europe désormais libre et démocratique, qui a mené la lutte contre deux régimes totalitaires.

Aujourd’hui, alors que certains veulent piétiner la mémoire de ces événements au nom de leurs objectifs politiques, la Pologne doit défendre la vérité. Non pas dans son propre intérêt, mais au nom de ce que représente l’Europe.

Signé le 23 août 1939, le pacte Ribbentrop-Molotov n’était pas un « pacte de non-agression ». Il s’agissait d’une alliance politique et militaire, divisant l’Europe en deux sphères d’influence le long de la ligne formée par trois rivières et fleuves  polonais : le Narew, la Vistule et le San. Un mois plus tard, elle fut déplacée sur la ligne du Boug (Bug), suite au «Traité germano-soviétique de délimitation et d’amitié » conclu le 28 septembre. C’était un prologue aux crimes inimaginables qui, au cours des années suivantes, furent commis des deux côtés de cette ligne.

L’alliance entre Hitler et Staline est aussitôt mise en œuvre : le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne par l’Ouest, le Sud et le Nord, et le 17 septembre 1939, l’URSS fait de même, attaquant la Pologne par l’Est.

Le 22 septembre 1939, un grand défilé militaire a lieu à Brest-Litovsk – une célébration de la victoire commune de l’Allemagne nazie et de la Russie soviétique sur la Pologne indépendante. De tels défilés ne sont pas organisés par des parties à des pactes de non-agression, mais par des alliés et des amis.

C’est exactement ce que Hitler et Staline étaient – pendant longtemps, ils furent non seulement des alliés, mais en fait des amis. Leur amitié s’est développée à tel point que lorsqu’un groupe de 150 communistes allemands a fui le Troisième Reich vers l’URSS avant que la Seconde Guerre mondiale n’éclate, en novembre 1939, Staline les a remis à Hitler « en cadeau », les condamnant ainsi à une mort certaine.

 L’URSS et le Troisième Reich ont étroitement coopéré tout au long de cette période.

Lors d’une conférence à Brest-Litovsk, le 27 novembre 1939, les représentants des services de sécurité des deux pays ont discuté des méthodes et des principes de coopération pour lutter contre les organisations indépendantistes polonaises sur les territoires occupés.  D’autres conférences des officiers du NKVD et de la SS sur leur coopération se sont tenues entre autres à Zakopane et à Cracovie (en mars 1940). Il ne s’agissait pas de discussions sur la non-agression, mais sur la liquidation (assassinat) de personnes, citoyens  de la République de Pologne, et sur des actions communes de ces alliés visant à anéantir complètement la Pologne.

Sans la complicité de Staline lors de la partition de la Pologne et sans les ressources naturelles que Staline a fournies à Hitler, la machine criminelle allemande n’aurait pas pris le contrôle de l’Europe. Les derniers trains de ravitaillement quittent l’URSS et se dirigent vers l’Allemagne le 21 juin 1941, un jour avant que l’Allemagne nazie n’attaque son allié.  Grâce à Staline, Hitler a pu impunément conquérir de nouveaux pays, enfermer dans des ghettos les Juifs de tout le continent et préparer l’Holocauste, l’un des pires crimes dans l’histoire de l’humanité.

Staline s’est engagé dans des activités criminelles à l’Est, soumettant un pays après l’autre et développant un réseau de camps auquel le Russe Alexandre Soljenitsyne a donné le nom de « l’archipel du Goulag ». Il s’agissait de camps dans lesquels des millions d’opposants aux autorités communistes ont été soumis à un supplice esclavagiste et meurtrier.

Les crimes du régime communiste ont commencé avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale : on citera la mort de famine de millions de Russes au début des années 1920, la Grande Famine qui a entraîné la mort de plusieurs millions d’habitants de l’Ukraine et du Kazakhstan, la Grande Purge au cours de laquelle près de 700 000 opposants politiques et citoyens ordinaires de l’URSS, principalement des Russes, ont été assassinés, et « l’Opération polonaise » du NKVD, au cours de laquelle étaient abattus principalement des citoyens soviétiques d’origine polonaise. Des enfants, des femmes et des hommes étaient voués à une mort certaine. Dans la seule « Opération polonaise », selon les données du NKVD, plus de 111 000 personnes ont été délibérément abattues par les communistes soviétiques. Etre Polonais en URSS à cette époque signifiait une condamnation à mort ou de nombreuses années de déportation dans les confins de l’URSS.

Cette politique s’est poursuivie avec les crimes commis après l’invasion de la Pologne par l’Union soviétique le 17 septembre 1939, comme l’assassinat de plus de 22 000 officiers polonais et représentants des élites dans des endroits tels que Katyn, Kharkiv, Tver, Kiev et Minsk, ainsi que les crimes commis dans les cellules de torture du NKVD et dans les camps de travail forcé situés dans les coins les plus reculés de l’empire soviétique.

Les citoyens russes furent les plus grandes victimes du communisme. Les historiens estiment qu’entre 20 et 30 millions de personnes ont été tuées rien qu’en URSS. Les camps de la mort et du travail forcé attendaient même ceux dont tout pays civilisé prend soin : les prisonniers de guerre qui retournaient dans leur pays. L’URSS ne les traitait pas comme des héros de guerre, mais comme des traîtres. Telle était la « gratitude » de la Russie soviétique à l’égard des prisonniers de guerre, soldats de l’Armée Rouge : la mort, les camps de travail forcé, les camps de concentration.

Les dirigeants communistes, Joseph Staline en premier lieu, sont responsables de tous ces crimes. Les tentatives de réhabilitation de Staline 80 ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, afin d’atteindre les objectifs politiques de l’actuel président de la Russie, doivent se heurter à une opposition vigoureuse de la part de tous ceux ayant au moins des connaissances de base concernant l’histoire du XXe siècle.

Le président Poutine a déjà menti sur la Pologne à de nombreuses reprises, et il l’a toujours fait en toute connaissance de cause. Cela se produit généralement lorsque les autorités de Moscou ressentent une pression internationale liée à leurs actions et cette pression s’exerce non pas sur la scène géopolitique historique, mais bien sur la scène contemporaine.

Ces dernières semaines, la Russie a essuyé plusieurs échecs majeurs : elle a échoué dans sa tentative de prendre le contrôle total de la Biélorussie, l’Union européenne a une fois de plus prolongé les sanctions qui lui avaient été imposées pour l’annexion illégale de la Crimée, les pourparlers dans le cadre du Format Normandie n’ont pas abouti à la levée de ces sanctions et en même temps de nouvelles restrictions ont été introduites, cette fois par les Etats-Unis, ce qui a considérablement entravé la mise en œuvre du projet Nord Stream 2. En parallèle, les athlètes russes viennent d’être suspendus pour quatre ans pour dopage.

Je considère que les propos du président Poutine sont une tentative ayant pour but la dissimulation de ces problèmes. Le dirigeant russe est bien conscient du fait que ses accusations n’ont rien à voir avec la réalité et qu’il n’y a pas de monuments dédiés à Hitler ou Staline en Pologne. De tels monuments n’étaient présents sur notre sol que lorsqu’ils étaient construits par des agresseurs et des criminels : le Troisième Reich nazi et la Russie soviétique.

Le peuple russe, la plus grande victime de Staline, l’un des criminels les plus cruels dans l’histoire du monde, mérite la vérité. Je suis profondément convaincu que les Russes sont une nation de gens libres et qu’ils rejettent le stalinisme, même lorsque le pouvoir du président Poutine tente de le réhabiliter.

.Nous refusons d’intervertir bourreaux et victimes, de confondre les auteurs de ces crimes cruels avec les innocents et les pays envahis. Au nom de la mémoire des victimes et au nom de notre avenir commun, nous devons préserver la vérité.

Mateusz Morawiecki

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