Prof. Aleksander SURDEJ: La Pologne arrêtée pour un demi-siècle

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La Pologne arrêtée pour un demi-siècle

Prof. Aleksander SURDEJ

Ambassadeur de la Pologne auprès de l'OCDE, économiste, professeur de l'Université économique de Cracovie.

Ryc.Fabien Clairefond

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Sans l’invasion allemande, la Seconde Guerre mondiale et la domination économique soviétique, la Pologne aurait joui, en 1989, d’un niveau de vie comparable à l’Espagne, et aurait été aujourd’hui beaucoup plus loin – écrit prof. Aleksander SURDEJ

.Durant  les123 années des partages, le territoire polonais se trouvait en périphérie de trois empires (allemand, russe et autrichien) qui par leur politique de concentration de richesses condamnaient les Polonais à une soumission économique. Quand, en 1918, la nation polonaise a recouvré son indépendance, l’État polonais disposait de très peu de temps pour accomplir une consolidation juridique et économique.

Et pourtant, les Polonais ont su faire montre d’un immense potentiel découlant, d’un côté, des grandes compétences techniques et industrielles, et de l’autre, des capacités d’organisation de ses élites. C’est l’époque des grandes figures politiques et économiques, comme Władysław Grabski ou Eugeniusz Kwiatkowski, celle aussi des inventeurs, comme Zygmunt Puławski, des chercheurs comme le chimiste Ignacy Mościcki ou enfin celle des mathématiciens, comme Stefan Banach et Alfred Tarski qui ont assuré aux universités polonaises de Lviv et Varsovie les premières places dans les sciences exactes au monde.

En trois ans à peine (1936-39), les Polonais ont été capables de construire une usine d’aviation (Mielec), des centrales hydroélectriques, une usine de caoutchouc synthétique (Dębica) et une aciérie (Stalowa Wola). À l’orée de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne figurait parmi les pays pionniers en aviation, en développant ses propres modèles d’avions.

L’invasion du 1er septembre 1939 et l’occupation allemande s’accompagnaient de l’intention de détruire l’économie, la société et la culture de la Pologne, et de réduire ses habitants à de la main-d’œuvre gratuite.

L’intensité des combats a entraîné de gigantesques pertes matérielles. L’action des envahisseurs – car le 17 septembre 1939 le pays a été attaqué par la Russie soviétique – visait explicitement l’intelligentsia. Suite à une action exterminatrice des deux occupants, 39% des médecins, 33% des enseignants de premier degré, 30% des chercheurs, 28% des prêtres et 26% des juristes ont trouvé la mort. En dépeçant les grandes propriétés terriennes, on a anéanti toute une classe sociale et économique. On a détruit des familles entières d’aristocrates et d’industriels. 

  Après les ravages de la guerre et de l’occupation, sur décision des trois puissances sorties gagnantes du conflit, la Pologne s’est retrouvée dans la zone d’influence soviétique. Un acte de plus du drame polonais : dès l’installation du nouveau régime, la propriété industrielle a été nationalisée et les entreprises privées considérées comme émanation du capitalisme. Spoliés, les entrepreneurs quittaient massivement le pays, en emportant avec eux leurs savoir-faire et leurs idées   de business.

La reconstruction du pays s’accompagnait de la volonté de créer « une société nouvelle ». Exemple : une énorme aciérie, responsable de gigantesques pollutions, a été construite loin de mines de charbon et de minerais de fer, à Nowa Huta, dans la banlieue de Cracovie, ville universitaire par excellence, le foyer de l’intelligentsia polonaise. Le but était simple : mixer le conservatisme de Cracovie avec l’avant-garde ouvrière.

On réduisait les salaires, baissait les prix pour les producteurs agricoles tout en renvoyant le fruit de leur travail en URSS et dans les autres pays du CAEM. Le panier du consommateur était réduit par les planistes aux biens les plus élémentaires, sans qu’il y ait un choix quelconque. Les produits offerts par les entreprises étaient de faible qualité et les importations réglementées. Le mécontentement des gens grandissait.

Quand dans les années 1970 le gouvernement Gierek a tenté d’ouvrir l’économie polonaise, en s’endettant à l’Ouest et en y achetant des technologies, il a vite conduit le pays au bord d’une catastrophe financière. Incapable de régler ses obligations, le pays s’est engouffré dans une crise économique, marquant le début d’une période de grèves (1980) et surtout l’avènement du syndicat Solidarité, un mouvement de révolte sociale envers non seulement la misère et les déficits d’approvisionnement, mais surtout envers le communisme en tant que système socio-économique.

L’inefficacité de l’économie communiste se faisait de plus en plus sentir. Les modèles théoriques de l’économie socialiste, rationnels en apparence, ne passaient pas le test de la réalité. Or, l’efficience des décisions économiques exige le recours aux savoir-faire locaux, aux entrepreneurs et aux citoyens libres. Les entreprises d’État, gérées par la nomenklatura du Parti, ne faisaient que favoriser la médiocrité. La motivation disparaissait. Les gens se laissaient dominer par la fainéantise et la démoralisation.

Dans les années 1980, les crises politiques à répétition et l’éclatement du système de planification ont fait comprendre aux décideurs l’importance des entreprises. Or, celles-ci n’existent pas sans la propriété privée. Dans un acte de désespoir, le régime a créé un système de propriété et d’entreprises concessionnées pour la nomenklatura. Mais ce capitalisme-là a été rejeté. En 1989, les Polonais ont opté pour la liberté politique et économique ainsi que pour la propriété privée.

.Le système communiste a été une expérimentation coûteuse, une déviation inutile sur le chemin du capitalisme régnant en Pologne au moment de l’agression de l’Allemagne et de la Russie en 1939 au capitalisme de l’année 1989. La Seconde Guerre mondiale a décimé les ressources de la Pologne, le communisme l’a poussée sur le chemin d’un développement défiguré. Sans le communisme, sans la domination économique soviétique, la Pologne aurait joui en 1989 d’un niveau de vie comparable à l’Espagne, et été aujourd’hui certainement beaucoup plus loin.

prof. Aleksander Surdej

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