Prof. Michał KLEIBER: Ce jour-là, la science polonaise a été stoppée net

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Ce jour-là, la science polonaise a été stoppée net

Prof. Michał KLEIBER

Rédacteur en chef de „Wszystko Co Najważniejsze”, professeur titulaire ès sciences techniques, entre 2007 et 2015 président de l’Académie polonaise des sciences. Dans les années 2001-2005 ministre de la science et de l’informatisation ainsi que président du Comité national de la recherche scientifique. En 2005, élu membre du Conseil européen de la recherche. Entre 2006 et 2010 conseiller auprès du président Lech Kaczyński. Chevalier de l’Ordre de l’Aigle blanc.

Ryc.: Fabien Clairefond

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Pour l’occupant allemand, il était clair qu’une germanisation efficace des Polonais devait passer par l’élimination de l’intelligentsia – écrit prof. Michał KLEIBER

.L’agression allemande contre la Pologne le 1er septembre 1939 a frappé de plein fouet aussi la science polonaise car elle visait surtout les élites et en conséquence les universités.

La période précédant le 1er septembre 1939 s’est déroulée en Pologne sous le signe d’un rattrapage intensif des pertes subies durant les 123 années de soumission closes par les dégâts de la Première Guerre mondiale. Le développement de la recherche et de l’éducation, en particulier de l’enseignement supérieur, était donc placé au cœur des préoccupations politiques. En 1938, la Pologne comptait 15 écoles supérieures publiques et autant de privées. Y travaillaient presque 4 500 chercheurs dont 900 professeurs. Dans de nombreux domaines, les scientifiques polonais étaient parmi les meilleurs au monde : en mathématiques, physique, chimie, géologie, biologie, sociologie, philosophie ou histoire.

Tout ce processus a été stoppé net le 1er septembre 1939. L’action destructrice des occupants a amené la fermeture de la totalité des écoles supérieures et des instituts de recherche. Pillages et dévastations étaient de règle. Les chercheurs, tout comme les étudiants, s’apprêtaient à vivre l’enfer.

Pour l’occupant allemand, il était clair qu’une germanisation efficace des Polonais devait passer par l’élimination de l’intelligentsia. On ne peut pas ne pas citer ici les tragiques actions de terreur et de déportation qu’étaient la Sonderaktion Krakau en novembre 1939, suite à laquelle 183 professeurs de l’Université Jagellonne et de l’Académie des mines de Cracovie ont été déportés au camp de Sachsenhausen, et l’Action AB, menée entre mai et juillet 1940, durant laquelle les Allemands ont assassiné plus de 3 000 personnes, dont de très nombreux scientifiques, hommes et femmes.

Ceux qui ont réussi à échapper à l’extermination ou à la déportation dans les camps étaient donc condamnés à une non-existence professionnelle. Leur réponse au cauchemar de l’occupation est arrivée très vite : au nom de la défense de l’enseignement libre et de la formation universitaire ils ont organisé des cours clandestins, en mettant courageusement leur vie en danger. Tous ces gens ont mérité la reconnaissance des générations successives de Polonais.

Les scientifiques polonais qui ont survécu aux exactions ont été contraints à émigrer, et ceci aussi après la guerre, lorsqu’ils se sont rendu compte que le réalisme socialiste les empêcherait de réaliser leurs ambitions professionnelles. La reconstruction de la science polonaise aurait indéniablement été beaucoup plus rapide s’ils étaient restés au pays. On peut citer ici Henryk Magnuski, créateur du premier walkie-talkie utilisé ensuite massivement par l’armée américaine, Tadeusz Sendzimir appelé l’« Édison de la métallurgie » car il a révolutionné toute cette industrie ou Hilary Koprowski, découvreur du vaccin contre le virus de la polio.

.L’immensité des pertes civilisationnelles de la Pologne suite à l’extermination et à la déportation de ses scientifiques, d’un côté, et l’émigration, de l’autre, sont responsables du retard dans la formation de futurs cadres de l’économie moderne. La Pologne a été arrêtée dans son élan et elle ne doit sa reconstruction et sa nouvelle énergie qu’à une passion, des connaissances et des talents incroyables.

Prof. Michał Kleiber

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