Mateusz MATYSZKOWICZ: Quand les témoins s’en vont, l'histoire se réécrit

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Quand les témoins s’en vont, l'histoire se réécrit

Mateusz MATYSZKOWICZ

Philosophe, publiciste, membre du conseil d'administration de TVP SA.

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Le souvenir de la Seconde Guerre mondiale qui devait être un grand avertissement et une impulsion à plus d’unité, divise de nouveau notre continent, en mettant face à face les grands narrateurs et les pays, impuissants, de notre partie de l’Union – écrit Mateusz MATYSZKOWICZ

.Le grand oubli

L’histoire est écrite par les vainqueurs. L’histoire de la Seconde Guerre mondiale est de plus en plus souvent écrite par ceux qui ont vaincu 50 ans après sa fin.

Le 80e anniversaire de l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale tombe à un moment particulier. Pendant des décennies, les célébrations faisaient toujours grand cas des témoins de ces événements. C’était de leurs bouches que les nations européennes apprenaient chacune leur propre histoire de la tourmente de la guerre. Pour les Allemands, c’était le récit de leur culpabilité. Pour les Français – celui de la Résistance et de la lutte des unités placées sous le commandement du général de Gaulle. L’image de Vichy et de la collaboration a subi un tel traitement qu’elle reste aujourd’hui floue et attend toujours de pénétrer dans la mémoire collective et de s’y incruster. Pour la Pologne et les autres pays post-communistes, c’était l’histoire d’un triple drame : de la débâcle de leurs formes d’existence d’avant-guerre et des atrocités de l’occupation, puis du passage du front repoussant les Allemands et enfin, de la soumission brutale au pouvoir soviétique.

Ce temps-là tire irréversiblement à sa fin. Les témoins s’en vont et le regard sur la Seconde Guerre mondiale est de plus en plus véhiculé par la littérature, le cinéma et la culture populaire. Cela s’accompagne de deux phénomènes qui, conjugués entre eux, peuvent avoir des effets hautement indésirables. D’abord, une solide éducation historique se fait de plus en plus rare. Les études successives montrent que les nouvelles générations d’Européens connaissent mal l’histoire, confondent les faits et n’arrivent pas à comprendre les processus historiques les plus élémentaires. Ensuite, se parachève l’époque de la reconstruction politique de l’Europe après 1989. L’Allemagne, malgré les problèmes intérieurs, est plus forte que jamais dans l’histoire moderne. Ce n’est pas un hasard que le signe le plus reconnaissable de l’effondrement du communisme reste non pas le syndicat « Solidarité » mais la chute du Mur de Berlin. Et Berlin lui-même s’est mué en l’une des capitales mondiales de la culture et de la vie intellectuelle.

Le danger venant de la conjugaison de ces deux phénomènes réside, 

d’un côté, dans le fait que l’ignorance de l’histoire rend les jeunes Européens plus susceptibles à la manipulation, et de l’autre, dans le fait que les nations ayant moins d’influence sur les courants dominants de la narration européenne peuvent facilement devenir victimes des grandes narrations.

Car même si les idéologues de la modernité ont annoncé leur fin à jamais, les grandes narrations historiques continuent à se porter très bien. Pourtant, elles ne naissent ni à Varsovie ni à Prague ou Budapest, mais à Berlin et à Paris. Ces grandes narrations vont de pair avec les intérêts politiques des principaux acteurs. Ainsi, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale qui devait être un grand avertissement et une impulsion à plus d’unité, divise de nouveau notre continent, en mettant face à face les grands narrateurs et les pays, impuissants, de notre partie de l’Union.

.Si on ne change rien, le rêve des Pères Fondateurs d’une fédération d’États construisant ensemble des structures de paix s’écroulera et la colonisation intellectuelle brutale arrachera les pays d’Europe de l’Est de la communauté spirituelle européenne.

Mateusz Matyszkowicz

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