Prof. Wojciech ROSZKOWSKI: Un pape providentiel de Pologne

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Un pape providentiel de Pologne

Prof. Wojciech ROSZKOWSKI

Historien, économiste. Auteur e.a. de « La nouvelle Histoire de la Pologne 1914-2011 » en sept volumes. Entre 2004-2009 député européen.

Ryc.Fabien Clairefond

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Le 16 octobre 1978 au soir, la nouvelle électrisante de l’élection du cardinal Karol Wojtyła, 58 ans, comme pape parcourt le monde à la vitesse de l’éclair. Dans la plupart des maisons polonaises au pays et à l’étranger, ses compatriotes exultent d’une joie incommensurable – écrit prof. Wojciech ROSZKOWSKI

C’est un vrai coup de massue pour les membres du directoire du parti communiste polonais, conscients que le gouvernement des âmes des Polonais leur échappe des mains. Une semaine plus tard a lieu la solennelle inauguration du pontificat de Jean-Paul II, retransmise par les chaînes de télévision du monde entier, y compris par la télévision en Pologne. 

Les Polonais peuvent donc se rendre compte de leurs propres yeux de la portée internationale de l’élection de Jean-Paul II. Ce verdict inespéré du conclave, une hausse d’intérêt pour la Pologne dans le monde ainsi que le soixantième anniversaire de son indépendance, tombant en novembre 1978, poussent de larges cercles de la société à repenser la place de la Pologne dans le monde et les opportunités qui s’offrent à elle. 

On est de plus en plus conscients que la Pologne, précipitée, dès 1945 et contre la volonté des Polonais, dans le bloc soviétique, a besoin de profondes réformes. La conscience de la nécessité des changements pour éviter l’effondrement du système communiste, mûrit également dans certains rangs du parti. Or, au directoire du POUP, on pense à tout sauf à des réformes. L’équipe Gierek, capable tout au plus de paralyser les initiatives de la société et d’intensifier les répressions contre les activistes de l’opposition, ne prend que des décisions administratives court-termistes et organise des spectacles de propagande qui ne convainquent plus personne.  

Le premier voyage de Jean-Paul II en Pologne entre les 2 et 10 juin 1979 revêt une importance historique : confortant la foi des croyants, il apporte du soutien aux espoirs de la société tout entière.

À travers toutes les étapes du voyage, de Varsovie jusqu’à Cracovie, où le pape dit adieu au pays sur le tarmac de l’aéroport de Balice, la Pologne, dans son ensemble, vit dans un état d’euphorie, les rencontres avec le pape mobilisant des millions de gens. 

Ce premier voyage permet aux Polonais de se connaître eux-mêmes et de conforter le sentiment de communauté nationale. Il montre également au monde, où ces images d’adhésion généralisée sont retransmises par plus de mille journalistes et de très nombreuses chaînes de télévision, que le catholicisme polonais est non seulement populaire, massif et sentimental mais aussi profond et discipliné.

Jean-Paul II noue un excellent contact avec tout auditoire. Durant ces « neuf jours qui bousculent la Pologne », la société a l’habitude de compléter d’applaudissements les pensées que le pape ne dit pas, et clame haut et fort sa volonté de dignité, de souveraineté et d’attachement à la tradition chrétienne.

Les mots prononcés par le Saint-Père lors de la messe célébrée place de la Victoire à Varsovie, le 2 juin, obtiennent une ovation particulièrement longue et fournie : « On ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’homme en quelque partie du globe que ce soit. » Le chant « Nous voulons Dieu », entonné à ce moment précis, a une gravité toute particulière. Le message chrétien est en harmonie parfaite avec le message national. Quant aux questions politiques, le pape dit la vérité « à tous et à chacun », en la teintant souvent de l’amertume née des expériences polonaises. Toujours à Varsovie, il mentionne l’insurrection de la ville en 1944, quand la capitale polonaise « a été abandonnée dans sa lutte par les puissances alliées. » En disant adieu à la patrie lors de la messe à Cracovie, il encourage ses compatriotes : « Avant de vous quitter, je vous prie (…) de ne jamais perdre confiance, de ne pas vous laisser abattre, de ne pas vous décourager, de ne pas couper vous-mêmes les racines de notre origine. »

Cet appel pénètre en profondeur les consciences en Pologne, pour façonner les attitudes pour de longs décennies à venir. Comme écrit George Weigel, cela « a attisé la révolution de l’esprit » dont les forces Jean-Paul II puise dans la foi mais aussi dans l’héritage culturel, dans les œuvres d’Adam Mickiewicz, Juliusz Słowacki ou Cyprian Kamil Norwid, et dans l’innombrable cortège de saints polonais.

Le message du pape contribue en une large mesure à la naissance de « Solidarność », sans doute l’un des mouvements sociaux les plus grands de l’histoire en termes de proportion au nombre d’habitants. Mais ce que dit Jean-Paul II dépasse le cadre national. 

Le fait que le pape vient d’un pays du bloc soviétique est, pour de larges cercles de l’opinion internationale, la preuve que les divisions nées de la guerre froide sont artificielles et peuvent s’estomper un jour. Dans son homélie prononcée en la cathédrale de Gniezno, le 3 juin 1979, le souverain pontife dépeint une vision dynamique de la communauté européenne dans le christianisme, en rappelant que la christianisation des nations est-européennes a permis de les unir au reste du continent.

Ce discours ne peut qu’inquiéter le directoire soviétique. Le 7 juin, lors de sa visite au camp d’Auschwitz, Jean-Paul II ajoute encore : « Une nation ne peut jamais se développer aux dépens d’une autre », la portée de cette phrase ayant indubitablement sa dimension contemporaine.

Durant plus d’un quart de siècle de son chemin à travers l’histoire la plus récente, le pape polonais rend visite à plus de cent pays. Dans beaucoup d’endroits, il éveille l’esprit de justice tant dans les sociétés que chez les élites politiques. Avec son slogan « N’ayez pas peur ! », il contribue en une large mesure à effriter les fondations du système communiste, c’est-à-dire la peur. Les observateurs extérieurs des voyages du pape notent que la gouvernance oppressive communiste n’a rien à voir avec la libération sociale ou économique et que le christianisme est beaucoup plus à même de défendre les droits de l’homme. Dans un même esprit, Jean-Paul II contribue à calmer des conflits sociaux et internationaux au Tiers-Monde. Mais surtout, il a sa part dans la cessation de la guerre froide.

.Quand, en 1987, Ronald Reagan, président des États-Unis, dit à Berlin-Ouest : « Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur ! », le terreau des changements est déjà bien préparé par Jean-Paul II.

prof. Wojciech Roszkowski

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