William A. ALLEN: Un renforcement raisonnable de la puissance économique polonaise William A. ALLEN: Un renforcement raisonnable de la puissance économique polonaise

Un renforcement raisonnable de la puissance économique polonaise

Constituant un quart du PIB annuel, les réserves polonaises d’or accroissent la crédibilité internationale du pays et réduisent les coûts de prêts individuels à l’étranger.

.Durant trois décennies qui ont suivi la chute du communisme, la Pologne a connu un essor économique sans précédent. Il faut surtout souligner que le pays a évité les effets négatifs des crises qui ont frappé le système financier mondial ces dernières années.

Elle gère bien le risque des marchés financiers, en menant des actions centrées principalement sur la protection de ses intérêts propres, et sa politique macroéconomique raisonnable lui a permis de maintenir une croissance économique spectaculaire. L’afflux de capitaux au cours de la dernière décennie s’est traduit la plupart du temps par des investissements directs et de portefeuille, alors que ses obligations envers les banques étrangères, par ailleurs minimes, ne cessent de rétrécir. Son compte courant de la balance des paiements enregistre un surplus.

Le système monétaire international dispose de filets de sécurité grâce auxquels il est capable de pourvoir en fonds les pays en difficulté financière, mais leur utilité pour la Pologne est limitée. Le plus important d’entre eux, utilisé largement depuis 2008, est celui de lignes de swap de la Réserve fédérale, à travers lequel quatorze banques centrales étrangères empruntent des dollars en situation de crise. La banque centrale polonaise Narodowy Bank Polski (NBP) n’en fait pourtant pas partie. À son tour, le Fonds monétaire international offre une ligne de crédit flexible, mais la Pologne n’y fait plus appel depuis 2017 : du moment où le pays possédait ses réserves propres suffisamment élevées, cette ligne de crédit, dans le contexte des taux directeurs bas généralisés, n’offrait pas de garantie de rentabilité. Au contraire, c’est la NBP qui offre actuellement un crédit au FMI.

La Pologne se protège avec ses réserves de change dont elle peut disposer selon son bon vouloir. Leur montant s’élève actuellement à 130 milliards d’euros – un quart du PIB annuel – et dépasse largement les obligations envers les banques étrangères. Posséder des réserves influe positivement sur la crédibilité internationale et réduit les coûts de prêts individuels à l’étranger. Elles constituent une garantie face à l’imprévu, quand il faudra par exemple soutenir le taux de change de la monnaie nationale sur le marché ou assurer la liquidité des banques locales, comme cela a été le cas en 2008. Ces dernières trois années, la NBP, comme quelques autres banques centrales, a diversifié ses réserves, en augmentant ses achats d’or.

Bien que l’or ne remplisse aucun rôle officiel dans le système monétaire international, en posséder n’est pas passé de mode. En effet, la valeur des stocks mondiaux d’or s’estime à hauteur de plus de deux billions de dollars. Après l’achat par la NBP, entre 2018 et 2019, de 126 tonnes d’or, son stock de ce métal précieux avoisine aujourd’hui 229 tonnes, pour constituer 8 % des actifs de réserve de la banque, un niveau exceptionnellement haut. En justifiant ces achats, Adam Glapiński, président de la NBP, invoquait l’importance de l’or pour la banque : absence de risque de crédit, rôle de valeur refuge, moyen de changer la perception de la Pologne à l’étranger. Il se disait aussi favorable à accroître la part de l’or dans les actifs de réserve de la Pologne à hauteur de 20 %.

Bien que les récents achats de la NBP aient été imposants par rapport aux standards du marché de l’or, sa part dans les stocks mondiaux est modeste (0,6 %). Les banques centrales de la zone euro possèdent en tout 10 772 tonnes, la Suisse – 1040, la Russie – 2295 et la Chine – 1948.

La hausse du prix de l’or a rendu cet investissement très rentable. Mais ce qui est encore plus important, l’or fournit à la Pologne une protection contre tout type de risque, dont notamment l’inflation qui, après plusieurs années de calme où elle n’a pas beaucoup fait parler d’elle, commence à inquiéter les Américains et les Européens. Les déficits gonflés par la pandémie, associés à l’assouplissement quantitatif mise en place à grande échelle par les banques centrales ont entraîné une hausse de l’offre de monnaie – les ménages et les entreprises possèdent d’exceptionnellement grandes quantités d’actifs liquides. Les premiers symptômes de hausse des prix sont désormais visibles. Le rôle des banques centrales est donc de maintenir la stabilité des prix. Si, avec la libération de la demande contenue, la pression inflationniste s’intensifie, il sera difficile de modifier la politique monétaire douce telle que menée ces dernières années sans créer de risque d’instabilité budgétaire et financière. La peur de l’inflation n’est pas irrationnelle.

.La force de l’économie polonaise minimise tous ces risques. La stratégie qui consiste à diversifier les actifs dont notamment les achats d’or par la NBP est très sage et contribuera à préserver le pays contre les dangers qui le menacent sur la voie vers plus de sécurité financière. Oui, la Pologne monte en puissance.

William A. ALLEN

Texte co-publié avec le mensuel polonais „Wszystko Co Najważniejsze” dans le cadre d’un projet réalisé avec l’Institut de la mémoire nationale (IPN) et Narodowy Bank Polski (la banque centrale polonaise NBP).

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