Cyrille BRET: Macron et des gilets jaunes aux élections européennes

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Macron et des gilets jaunes aux élections européennes

Prof. Cyrille BRET

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

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Depuis plusieurs jours, la France est agitée par une question récurrente : « qui sont les gilets jaunes ? » Devant la mobilisation importante à Paris et en province, devant les tensions avec les forces de l’ordre, sur les Champs Elysées et aux péages des autoroutes, de nombreux observateurs, français et étrangers, s’interrogent. S’agit-il du début d’un mouvement d’ampleur ? Ou bien d’une simple résurgence passagère de la tradition politique française ?

Devant les images des heurts sur les Champs Elysées, un ami polonais m’a même demandé si ce n’était pas le début d’une révolte populaire violente contre la présidence Macron, contre les élites française et, plus largement, contre les élites européennes. A six mois de la première véritable échéance politique nationale pour la présidence Macron, les élections européennes de mai 2019, il est temps de faire le point sur les rapports complexes entre les élites et le peuple, en France, au terme de la première année complète de la présidence Macron.

La « France périphérique » et les élites

.Sur les « gilets jaunes », tout a été dit. Les Français, analystes politiques dans l’âme, qu’ils soient intellectuels ou simples citoyens, ont tous leur opinion sur la question. La version ordinaire est qu’il s’agit du « vrai peuple » en révolte contre les « élites » parisiennes, européanisées et aisée incarnée par la présidence Macron. Le mouvement des gilets jaunes serait celui des pauvres contre les riches. La version plus sophistiquée est celle défendue par le sociologue Christophe Guilluy dans La France péritphérique. Selon lui, les gilets jaunes sont moins le peuple qu’une partie de celui-ci. La France des cadres des centres-villes, dotée de diplômes et de moyens de la mobilité spatiale, économique et financière aurait perdu le contact avec la France des petites villes où les transports en commun sont faibles et où se rassemblent les populations peu qualifiées : artisans indépendants, salariés intermédiaires, etc. Selon cette perspective la principale fracture ne passe pas entre les banlieues et les centres villes mais entre les 25 métropoles et les villes moyennes délaissées de la mondialisation.

Quoi qu’il en soit, le défi est d’importance pour la présidence Macron : ce qui se joue dans les manifestations des gilets jaunes, c’est sa capacité à s’adresser à un certain peuple. Non pas le peuple – majoritaire – qui l’a élu. Mais le peuple – plus hostile et plus diffus – qui se saisit de la question des taxes sur les carburants pour se mobiliser dans la rue.

Le défi de la présidence Macron : parler à tout le peuple

.L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 résulte de plusieurs tendances lourdes de la politique française : d’une part, une grande partie de la population française aspire à une modernisation de la vie publique, de l’appareil économique et des relations sociales ; d’autre part, une large fraction du pays aspire à parachever la construction européenne dans toutes ses dimensions, y compris sécuritaire ; enfin, les partis traditionnels et les générations passées de politiciens sont épuisés et leurs électorats avec.

Mais le nouvel élan de 20 mois donné au pays par le président Macron ne doit pas faire oublier le principal défi de tous les présidents de la République depuis François Mitterrand (1981-1995 à la présidence) : se faire réélire est (presque) impossible. Nicolas Sarkozy et François Hollande en ont fait l’expérience. Et Jacques Chirac n’a dû sa réélection qu’à la puissance du Front National en 2002.

Aujourd’hui, le défi de la réélection pour Emmanuel Macron est celui de son rapport au peuple. Aujourd’hui, les élites françaises doivent démontrer à tout le peuple qu’elles ont pris au sérieux la mission de développer l’intégralité du pays. Les aspirations populaires en termes de sécurité, de stabilité, d’intégration spatiale et morale doivent être prises en compte. Dans toutes les réformes passées (réforme du marché du travail), en cours (fiscalité écologique sur les carburants) et futures (modernisation de la constitution).

Là est le défi : aller des élites vers le peuple !

Des Champs-Elysées au Parlement européen de Bruxelles et Strasbourg

.La première étape de ce processus aura lieu en mai 2019. Il s’agira des élections européennes. Les électeurs français enverront au Parlement européen 79 représentants. La première mission de la présidence Macron sera de mobiliser : ces élections intéressent traditionnellement peu l’électeur français moyen, méfiant à l’égard des instances parlementaires transnationales. La deuxième mission sera de mobiliser son camp : traditionnellement, les partis extrêmes mobilisent mieux leurs électeurs car la proportionnelle donne des perspectives d’élection plus grande. Là, le parti du président devra continuer à porter les idéaux européens suffisamment haut pour que l’électeur ordinaire fasse la même chose qu’en 2017 : transformer les idéaux en vote. Et la troisième mission est de faire comprendre que les actions modernisatrices des élites peuvent profiter à toutes les fractions de la population.

A mon ami polonais de dimanche, je dirais « ne surestime pas la portée des gilets jaunes. Ils incarnent un certain peuple français. L’expression par des manifestations de rue est classique ici. Mais ne le sous-estime pas non plus : ce qui se joue, c’est l’avenir de la relation entre les couches populaires et l’Europe. »

Cyrille Bret

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