
Une nouvelle étape dans le rapprochement franco-polonais
Il y a beaucoup de proximité historique et culturelle entre la France et la Pologne. Il y a notamment cet amour de la liberté et cette volonté de lutter contre les hégémonismes. Ce côté franc-tireur, pourrait-on dire. Il y a aussi ce goût de la palabre, avec des vies politiques bien animées et compliquées.
Nathaniel GARSTECKA: Vous étiez en mission en Pologne lors des préparatifs de l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’Union européenne. Quel état d’esprit était le vôtre à ce moment-là et que ressentiez-vous autour de vous?
Étienne de PONCINS: Effectivement, j’étais numéro deux de l’ambassade à cette période de préparation de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne et je suis revenu 20 ans après, cette fois-ci comme ambassadeur. A l’époque, c’est à dire dans la première moitié des années 2000, on pouvait ressentir une très forte mobilisation de toute la société polonaise pour rejoindre l’UE, puisque c’était véritablement un enjeu essentiel après l’accession à l’OTAN. J’observais donc les hommes politiques polonais de l’époque s’affairer autour de ce projet et je dois bien avouer que c’étaient des moments émouvants, en particulier pour un représentant d’un pays fondateur de la communauté européenne comme le nôtre.
20 ans plus tard, il faut bien admettre que cela a été une immense réussite. Je me souviens des interrogations qu’il y avait sur la capacité de la Pologne à se réformer ou sa capacité à utiliser les fonds structurels européens. Quand on voit les progrès effectués par le pays sur cette période, on ne peut que constater le succès. Ce n’est pas seulement celui des institutions européennes, mais aussi celui des Polonais qui ont été efficaces dans l’emploi des aides. Des gouvernements efficaces, une administration compétente, des collectivités locales volontaires et performantes… C’est la réussite de toute une société qui s’est mobilisée pour se rapprocher du niveau de vie européen moyen, voire même le dépasser dans certains cas!
On critique souvent l’Union Européenne, mais on ne peut nier que l’une de ses forces est justement de grandement contribuer au rapprochement économique grâce à ses politiques de cohésion. On évoque souvent les rapprochements universitaires, avec par exemple le programme Erasmus, mais on oublie le succès des rapprochements économiques entre nos nations.
– On mesure ce succès par la portée du nouveau traité de Nancy, à la rédaction duquel vous avez participé. Plus de 30 ans le séparent du précédent traité bilatéral. Quels grands changements avez-vous pu constater dans l’état d’esprit des Polonais et aussi dans celui des Français à l’égard des Polonais ?
– Effectivement, l’adhésion de la Pologne à l’Union Européenne a été un grand succès, mais nous nous sommes finalement rendus compte que nos relations bilatérales avaient besoin d’être renouvelées. Le précédent traité avait été signé en 1991 et comprenait l’engagement de la France à soutenir le processus d’accession de la Pologne aux structures occidentales. Nous comprenons donc qu’il fallait «rafraîchir» le dossier!
Par ailleurs, nous avons longtemps cru, dirigeants français comme polonais, qu’être membres des mêmes institutions européennes suffirait à ce que nos relations bilatérales se renforcent. Certes, on se voit à Bruxelles, on travaille ensemble, les équipes se connaissent, mais cette intimité entre les sociétés française et polonaise, notamment à l’époque de la lutte des Polonais pour l’indépendance et la démocratie, s’est un peu perdue. Pensons par exemple au soutien apporté par les syndicats français à Solidarność, ou aux nombreux jumelages de villes.
Il est important de noter que le cadre bilatéral n’est pas en contradiction avec le cadre européen. Bien au contraire, il s’y ajoute et le complète. Le nouveau traité de Nancy marque ainsi une nouvelle étape dans notre rapprochement, en marquant notre volonté de retrouver une proximité entre nos sociétés, mais aussi, pour nous Français, de placer les relations avec la Pologne au même niveau qu’avec les autres grands partenaires au sein de l’Union Européenne. Comme nous avions déjà des traités «premium» avec les autres grands, à savoir l’Allemagne (traité d’Aix la Chapelle), l’Italie (traité du Quirinal) et l’Espagne (traité de Barcelone), il nous manquait juste le dernier des cinq grands, c’est-à-dire la Pologne. Ainsi, le traité de Nancy est l’un des grands succès diplomatiques de l’année 2025, ce qui est reconnu comme tel par les dirigeants des deux pays.
– Quelles est la portée historique du traité de Nancy?
– Il s’inscrit dans la longue histoire des relations entre la France et la Pologne. J’ai évoqué la période de Solidarność, mais on peut ajouter la proximité franco-polonaise dans les années 1920. A l’époque, il existait une véritable fraternité d’armes entre nos deux nations, qui s’est concrétisée par l’importante aide française au cours de la guerre russo-polonaise. L’ambassade a par exemple contribué à la publication d’un livre sur ce sujet, et un musée sur la bataille de la Vistule vient d’ouvrir.
A échelle humaine, je peux évoquer l’élan de solidarité des Français dans les années 1980 pour la cause polonaise. Je me souviens avoir manifesté, en tant qu’étudiant, pour protester contre l’instauration de l’état de siège en 1981.
Nous pouvons bien entendu remonter au soutien français aux insurrections indépendantistes polonaises au XIXème siècle, à l’époque de Napoléon ou encore plus loin dans le temps. Nos pays ont souvent été alliés, ils ne se sont jamais affrontés sur le champ de bataille et il existe même des liens dynastiques. Le traité de Nancy est le prolongement de cette longue et belle amitié.
Nous voulons donc retrouver ces liens forts et particuliers entre la France et la Pologne, avec une période qui présente certaines similitudes avec le passé. Je trouve, malheureusement, que les années 20 de ce siècle ressemblent beaucoup aux années 20 du siècle précédent. Il y a, par exemple, à nouveau une menace forte à l’est de l’Europe, incarnée par une Russie agressive militairement et idéologiquement. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a cette clause très importante de défense dans le traité de de traité de Nancy.
– Quelles sont les grandes lignes du traité?
– Il comporte trois éléments majeurs. Premièrement, le volet défense et sécurité, avec cette clause très robuste qui n’existait pas auparavant et qui s’ajoute, sans les substituer, à celles de l’Union Européenne et de l’OTAN. On y évoque ouvertement une assistance mutuelle en cas d’agression armée, y compris par des moyens militaires.
C’est le cœur de l’article 4 du traité, auquel s’ajoute le renforcement de la coopération en matière de stratégie et d’armement, toujours dans le cadre de l’UE et de l’OTAN.
Ensuite, il y a le volet économique et énergétique, crucial dans l’environnement mondial actuel (articles 6, 9 et 10). Nous nous engageons notamment à accroître notre coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire. C’est une voie d’avenir, en particulier dans le cadre de la protection de l’environnement et du climat, mais aussi de l’indépendance énergétique, et les Français ont beaucoup à apporter à la Pologne, notamment leur expérience et leur savoir-faire.
Enfin, il y a le troisième volet, qui est très important car il s’agit de tout le volet culturel et mémoriel. Nous allons bientôt inaugurer le nouvel Institut français. Pour être plus précis, nous allons déménager en 2026 dans un nouveau bâtiment, le Bellona sur le Plac Europejski. De plus, nous organisons une grande fête afin de célébrer le centenaire de l’Institut. Vous voyez, toujours les années 20! Nous planifions ainsi la modernisation de nos instruments culturels, comme les échanges étudiants, les cursus universitaires conjoints, la coopération décentralisée… Quant à l’aspect mémoriel, il s’agit de célébrer nos racines, ainsi que les grands évènements de notre histoire commune et de l’histoire de l’Europe. Parmi les projets que nous comptons mener à bien, il y a l’inauguration d’une statue du maréchal Poniatowski (seul maréchal d’Empire étranger) près des Invalides à Paris et celle d’une statue du maréchal Foch à Varsovie, près du jardin de Saxe. Le maréchal Foch est maréchal de France, de Grande-Bretagne et aussi de Pologne. Il a une statue à Paris, une à Londres mais pas à Varsovie. Il faut donc combler cette lacune.
Nous souhaitons aussi mieux commémorer la présence du capitaine de Gaulle ici en 1920. Il était instructeur au cours de la guerre russo-polonaise et il a écrit un texte sur la bataille de la Vistule, un véritable reportage, qui a été publié anonymement dans la Revue de Paris. L’article a été traduit en polonais et nous sommes en contact avec plusieurs musées polonais qui souhaiteraient exposer le texte. C’est très intéressant car il s’agit du récit de la bataille vue par un étranger, ce qui est rare, qui plus est par Charles de Gaulle, ainsi qu’un témoignage sur l’état d’esprit qui régnait à l’époque à Varsovie.
Nous constatons par ailleurs que la France a joué à l’époque le rôle, vis-à-vis de la Pologne, que les Etats-Unis et l’Europe jouent aujourd’hui vis-à-vis de l’Ukraine, sur les achats d’armements et de munitions, sur le soutien diplomatique. Ce sont bien évidemment les Polonais qui combattaient en 1920 et les Ukrainiens qui combattent aujourd’hui, mais sans notre soutien l’issue de la guerre aurait pu être bien différent. On ne se rend pas compte de la masse d’équipements, de chars et d’avions qui ont alors été fournis par la France à la Pologne.
Une autre idée est de commémorer le 60ème anniversaire de la visite du général de Gaulle en Pologne en 1967, en retraçant par exemple son itinéraire lors de ce déplacement.
– Vous évoquez plusieurs fois dans votre livre («Au coeur de la guerre – Le récit exceptionnel de l’ambassadeur de France en Ukraine», 2022, XO Editions) l’aide humanitaire apportée par les Polonais aux Ukrainiens. De nombreux Polonais ont accueilli sous leur toit les réfugiés ukrainiens, ce qui a impressionné le monde entier. Cet épisode a porté un coup très fort au stéréotype sur les prétendues xénophobie et inhospitalité des Polonais. Dans les années 2000, quand la Pologne entrait dans l’UE, nous avions eu droit aux stéréotypes sur le «plombier polonais» pauvre et alcoolique. Comment ressentez-vous l’évolution de l’opinion des Français à l’égard de la Pologne?
– Cela fait justement partie des objectifs du traité de Nancy: inciter à la redécouverte de la Pologne. De nombreuses personnalités françaises ont visité le pays, notamment à l’occasion de la présidence polonaise du Conseil de l’UE. Il reste bien entendu encore des clichés, ils mettront du temps à disparaître, mais les choses évoluent rapidement car la Pologne a rattrapé son retard dans de nombreux domaines. A nous, donc, de travailler dans cette direction, pour que nos pays se connaissent mieux et retrouvent une certaine proximité. Cela passe par les commémorations communes, les échanges mutuels, etc… Le traité institue aussi une journée franco-polonaise, dont la date a été fixée au 20 avril. Ce n’est pas le fruit du hasard, il s’agit de la date de la panthéonisation de Marie Skłodowska-Curie. C’est un très beau symbole, car il s’agit d’une femme courageuse, deux fois prix Nobel, qui a lutté pour l’indépendance de la Pologne.
Il faut bien comprendre que nous sommes partenaires, alliés et amis, et que la Pologne joue un rôle croissant au sein de l’Union Européenne. La France sait le reconnaître, à travers notamment le traité de Nancy, le premier traité bilatéral signé avec un pays non frontalier de cette envergure et de cette ambition.
– Les Polonais sont un peuple francophile et en partie francophone. C’est, avec la Roumanie, l’un des peuples d’Europe centrale les plus francophones. Cependant, on note depuis quelques années une baisse de l’apprentissage du français en Pologne. Comment y remédier?
– C’est effectivement un sujet de préoccupation qui monte ces dernières années. Le français subit désormais la concurrence de l’espagnol et de l’italien. Nous avons un réseau d’Alliances françaises que nous cherchons à revitaliser et à développer. Je discute souvent de ce sujet avec les universités polonaises et je cherche notamment à appuyer toutes les initiatives locales. Nous devons bien entendu mettre à contribution les outils dont nous disposons pour promouvoir l’apprentissage de notre langue, comme par exemple le nouvel Institut français que nous allons ouvrir à Varsovie, ou nos établissements à Cracovie.
Le français souffre aussi du cliché d’une langue purement culturelle, très difficile et élitiste. Or, c’est aussi une langue de l’innovation technologique, des opportunités professionnelles et de l’ouverture à d’autres pays francophones comme le Canada, la Belgique, la Suisse et de nombreux pays africains.
Il convient en outre de noter que plusieurs lycées polonais sont labellisés «France Education» et qui délivrent un enseignement bilingue franco-polonais de qualité.
– Vous avez rappelé la solidarité française pour la cause polonaise, que ce soit en 1920 ou en 1990. Les liens entre nos deux nations sont profonds. Elles ne se sont jamais affrontées militairement et ont souvent combattu côte à côte. les Polonais se sont longtemps inspirés des Français dans leur lutte pour l’indépendance au XIXe siècle, et la France soutenait les soulèvements polonais et accueillait sur son sol les exilés. Quelles sont les valeurs qui nous rapprochent le plus?
– Il y a beaucoup de proximité historique et culturelle entre la France et la Pologne. Il y a notamment cet amour de la liberté et cette volonté de lutter contre les hégémonismes. Ce côté franc-tireur, pourrait-on dire. Il y a aussi ce goût de la palabre, avec des vies politiques bien animées et compliquées. En tout cas, nous parvenons toujours à nous réunir sur l’essentiel, quand nous faisons face à des menaces existentielles comme les grands totalitarismes du XXème siècle par exemple, le nazisme et le communisme en l’occurrence. Nous avons lutté ensemble contre ces deux grands hégémonismes portés par l’Allemagne et la Russie.
– Citer les deux grands totalitarismes est quelque chose qui ne revient pas souvent dans le débat politique et médiatique en France. On se borne en général à ne citer que l’Allemagne nazie. On a plutôt tendance à oublier que la Pologne a affronté l’URSS en 1939 et que c’est aussi comme cela qu’a débuté la Seconde Guerre mondiale. Pour les Polonais et les Baltes notamment, le communisme soviétique a aussi été un danger mortel, ce qui permet de comprendre les préoccupations géopolitiques actuelles de ces pays.
– La question des totalitarismes du XXème siècle est évidemment un débat qui appartient avant tout aux historiens, mais je constate qu’en France nous avons fait des progrès dans la reconnaissance des deux totalitarismes. Il est vrai que dans les années 1960 il était difficile de placer le nazisme et le communisme sur le même plan, mais entre-temps il y a eu de nombreuses publications comme le Livre noire du communisme. Notons cependant que le terme «les deux totalitarismes» figure dans le traité de Nancy, ce qui prouve bien que la France a fait ce travail de compréhension.
– Chaque premier août, la vie à Varsovie se fige. Les sirènes hurlent à 17h, les habitants s’arrêtent et entonnent l’hymne national. C’est la commémoration d’un événement en même temps tragique et glorieux dans l’histoire polonaise du XXe siècle, l’Insurrection de Varsovie. Quels événements historiques similaires pourraient amener les Français à communier de la même manière, à susciter en eux un tel élan patriotique et commémoratif?
– A mon sens, ce sont des événements de la Révolution française, comme le 14 juillet, ou alors le 11 novembre. Il faut regarder quels ont été nos grands traumatismes historiques. Les Polonais en ont clairement davantage au XXème siècle. Le nôtre est sans aucun doute la saignée de 1914-1918. Chaque village français a son monument aux morts de cette guerre. Le 11 novembre constitue d’ailleurs un trait d’union avec l’histoire de la Pologne, car c’est pour les Polonais la Fête nationale de l’indépendance.
– Si nous faisons le lien avec les années 1920, ça veut dire que les Polonais ont tout à craindre. Nombreux sont ceux à être inquiets d’un potentiel retour au «business as usual» avec la Russie après la fin de la guerre à l’est et que nous relancions le gazoduc Nord Stream.
– Je sais que certains Polonais nourrissent une forme de ressentiment au sujet des évènements de 1939. Ces derniers doivent être étudiés par les historiens, et il n’est pas exclu que nous organisions des rencontres et des colloques à ce sujet. Il ne faut cependant pas oublier que la France et la Grande-Bretagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne lors de l’invasion de la Pologne, ce qu’ils n’ont pas fait dans le cas de la Tchécoslovaquie. La réalité historique est souvent plus complexe que ce que l’on croit, même s’il est incontestable que la France a commis des erreurs, notamment dans sa doctrine stratégique.
Pour ce qui est de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, il faut bien avouer qu’elle a été grandement mise à mal. Les pays qui importaient massivement du gaz russe sont parvenus à diversifier leurs approvisionnements et ceux qui profitaient le plus du gazoduc Nord Stream n’ont plus la volonté politique de collaborer avec la Russie. Les évènements de ces dernières années nous ont prouvé qu’il ne pourra pas y avoir de retour au «business as usual». Il n y a aucune ambiguïté là-dessus, après l’engagement de la France en faveur de l’Ukraine.
– L’histoire de la diaspora polonaise en France est très riche, pour des raisons historiques. Cependant, celle de la diaspora française en Pologne l’est beaucoup moins. On peut citer ici la famille Chopin, ou par exemple l’ingénieur Philippe de Girard qui a donné son nom à la ville de Żyrardów, près de Varsovie. On peut aussi citer le peintre Jean-Pierre Norblin, qui a donné son nom à la Fabryka Norblina à Varsovie, qui a été rénovée récemment. Il y a aussi les reines de Pologne d’origine française, comme Louise-Marie de Gonzague et Marie-Casimire de La Grange d’Arquien, la fameuse reine «Marysieńka». Quelles sont vos expériences avec la communauté française de Pologne?
– Il y a à peu près 6 000 français en Pologne. C’est une communauté qui est très bien intégrée, qui ne rencontre aucune difficulté particulière, qui travaille, qui est très satisfaite d’être en Pologne et qui profite notamment de ce développement lié à l’adhésion de ce pays à l’Union Européenne. J’ai ainsi beaucoup de chance de pouvoir rencontrer des Français heureux.
Si je ne devais citer qu’un bémol, ça serait les cas douloureux des pères français qui, après un divorce avec leurs épouses polonaises, n’arrivent plus à voir leurs enfants. Ce sont toujours des situations difficiles, que nous évoquons systématiquement avec les autorités polonaises. Cela concerne une quinzaine de cas, mais étant à l’écoute des Français, je suis toujours bouleversé par ces récits et j’apporte toujours tout le soutien possible à ces pères. Notons que cela ne concerne pas que les Français. Il y a des cas similaires avec des Belges, des Suédois, etc…
Je constate aussi de plus en plus de couples franco-polonais qui viennent passer leur retraite en Pologne après avoir travaillé en France. Ils ne s’installent pas toujours dans les grandes villes, ils sont nombreux à résider en province, là où ils ont de la famille ou des amis. Pour ces gens-là, il s’agit d’une question de coût et de qualité de la vie, qu’ils jugent meilleurs ici.
– Il y a trois grandes catégories de français résidant en Pologne: il y a les cadres, qui sont arrivés avec les grands groupes à partir des années 90, et dont certains se sont installés ici pour beaucoup plus longtemps; il y a les Polonais expatriés ou exilés à l’ouest qui reviennent au pays après avoir acquis la nationalité française, ou bien leurs enfants; il y a enfin une nouvelle vague, depuis une dizaine d’années, de Français qui quittent la France pour des raisons culturelles et civilisationnelles. Ceux-là disent souvent: «la Pologne ressemble à la France de mon enfance». Avez-vous eu l’occasion de rencontrer ces Français-là?
– Je vais régulièrement et systématiquement à la rencontre des Français de Pologne lors de mes nombreux déplacements en-dehors de Varsovie. C’est toujours un plaisir d’échanger avec ces compatriotes éloignés de la capitale mais toujours bien intégrés dans leur environnement local.
Dans la grande majorité des cas, ce sont les liens familiaux ou amoureux qui sont le déclencheur de l’expatriation. Il ne faut pas non plus oublier que l’Union Européenne et surtout l’espace Schengen ont beaucoup contribué à la mobilité. Les Français s’installent un temps dans tel pays, puis partent dans un autre, at ainsi de suite, avant de rentrer en France. L’obstacle principal, dans ces cas-là, est incontestablement la langue. Le polonais n’est pas facile, même si désormais tout le monde parle anglais!
Enfin, les chiffres restent au final assez limités. 6 000 Français inscrits sur la liste consulaire, c’est peu. En Allemagne ils sont plus de 100 000. Il y a toujours un gros potentiel d’expatriation vers la Pologne.
– Les Français de l’étranger jouent un rôle particulier de pont culturel entre la France et le pays où ils résident. Leurs témoignages contribuent par exemple à lutter contre les stéréotypes. De quelle manière les Français de Pologne pourraient agir pour servir au mieux ce rôle de pont culturel? Quel devrait être aussi le rôle de leur représentants dans ce domaine?
– Il y a effectivement trois représentants des Français de Pologne, ainsi qu’un député, celui de la 7ème circonscription des Français de l’étranger (Allemagne, Europe centrale, Balkans). Ils réalisent tous un très bon travail de pont culturel, ce que vous évoquiez. L’ambassade a besoin de relais sur le terrain, au sein de la communauté française, un véritable tissu de liens, ainsi que des jumelages entre les villes. Prenons l’exemple de Nancy, ville que nous avons choisi pour signer l’accord: il y a une très bonne coopération avec la ville polonaise de Lublin. Par exemple, Quand Lublin a fait face à un afflux important de réfugiés en provenance d’Ukraine, Nancy a aidé en envoyant de l’aide.
Les élus, donc, travaillent à nouer ces liens nécessaires. Il y a aussi l’Institut, le lycée français, les Alliances, les Français engagés dans des associations locales… Ils contribuent à faire vivre les évènements mémoriels, comme la cérémonie de l’appel du 18 juin, le 14 juillet, etc… On peut donc dire que la communauté des Français de Pologne joue certainement un rôle clé dans la reconstruction des relations entre nos pays.
Entretien réalisé par Nathaniel GARSTECKA




