Łódź – une ville authentique, avec une âme, qui profite de la chance qu’elle a

Jacek SARYUSZ-WOLSKI

Le premier ministre des affaires européennes en Pologne, architecte, négociateur de l’accord d’association et du traité d’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Le premier vice-président polonais du Parlement européen et chef de sa commission des affaires étrangères, vice-président, durant de nombreuses années, du Parti populaire européen – Démocrates chrétiens. Fondateur de l’Office de l’intégration européenne, du Collège d’Europe Varsovie-Natolin, de l’Institut européen à Łódź et de l'Assemblée parlementaire Euronest pour le partenariat oriental, il a lancé l’idée de baptiser « Esplanade Solidarność » une des allées aux abords du Parlement européen à Bruxelles. Membre de la Commission des affaires étrangères et de la Commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen

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La lutte pour l’organisation de l’Expo 2022 offre à Łódź l’opportunité de retrouver l’éclat et la considération dont la ville a joui dans ses plus belles années – écrit Jacek SARYUSZ-WOLSKI

Łódź, on aurait envie de dire, est la plus européenne des villes polonaises. Pour deux raisons. D’abord, parce que nulle part ailleurs dans notre pays il n’y a eu une telle rencontre de tant de cultures et de nations qu’ici. Polonais, Allemands, Juifs, Russes – ils ont tous bâti le succès de la ville de Łódź quand celle-ci vivait son heure de gloire à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Et puis, Łódź, il y a plus de 100 ans déjà, profitait de ce dont la Pologne a commencé à tirer parti après 2004, donc après notre adhésion à l’Union européenne : du marché ouvert.

Quand au milieu du XIXe siècle Łódź s’apprêtait à perdre son visage rural pour prendre celui d’une ville industrielle, elle était en mesure d’y parvenir grâce justement à son esprit d’ouverture qui permettait de tirer profit de la coopération avec de nombreux partenaires différents. De l’Occident (Grande-Bretagne, France, Prusse, et puis Allemagne) on faisait venir à Łódź machines, technologies et savoir-faire nécessaires pour appliquer en pratique les nouveaux acquis de la révolution industrielle. Du Kazakhstan, on importait d’énormes quantités de coton et les tissus qu’on fabriquait avec étaient aisément absorbés par l’immense marché russe tzariste. C’est ainsi que Łódź devint très vite l’une des villes polonaises économiquement les plus dynamiques.

Étant moi-même né à Łódź, je partage la conviction qu’elle est une ville lésée. Elle a toujours payé un grand tribut pour se trouver si près de Varsovie. Cela entraînait la fuite des cadres et faisait que les investissements allaient presque exclusivement à la capitale, en nous contournant de très loin. Nous n’étions jamais une coqueluche des autorités centrales qui portaient un regard d’habitude plus favorable sur la Silésie et sur la côte baltique. À Łódź, il y avait du travail dur et des salaires bas. La ville était sevrée d’investissements et, en plus, son meilleur capital humain partait travailler ailleurs.

La transformation, qui a commencé en 1989, a apporté son lot de nouvelles tensions. En a fait les frais, et ceci d’une manière vraiment dramatique, l’industrie du textile. C’était sans doute en partie inévitable, mais le tour qu’avaient pris les choses n’aurait pas dû être aussi chaotique et impétueux. Ce qui a manqué à l’époque, c’était des actions qui auraient permis d’accomplir une transformation systémique de la ville, et de faire qu’elle puisse passer, avec plus de fluidité et moins de pertes, d’une monoculture industrielle à une ville moderne avec les secteurs des services et de la science fortement développés. Le prix que la ville a dû payer était celui d’une stagnation temporaire.

Łódź est en train de sortir de cette situation. Sa lutte pour l’organisation de l’Expo 2022 lui offre l’opportunité de retrouver l’éclat et la considération dont la ville a joui dans ses plus belles années. Ce qui, pendant des décennies, fut la malédiction de Łódź – la proximité de Varsovie – peut devenir sa bénédiction. Grâce aux autoroutes qui ont relié Łódź à Varsovie et au reste du pays, la ville a toutes les chances de connaître une nouvelle impulsion qu’elle attend depuis si longtemps. On en voit déjà les prémices, d’ailleurs – des entreprises qui quittent Varsovie pour s’implanter à Łódź.

Plus la qualité du réseau de communication et des infrastructures s’améliore, plus il y aura de tels mouvements. Et elle ne pourra être que meilleure, à mesure qu’approchera l’aboutissement d’un grand projet infrastructurel, et longtemps négligé, à savoir la construction d’un aéroport central, à mi-chemin entre Łódź et Varsovie, desservant cette agglomération binaire. Le nouvel aéroport non seulement changera radicalement la situation de Łódź en termes d’infrastructures de communication. Il permettra également un rapprochement entre Varsovie et Łódź, en donnant naissance à une agglomération binaire, une megapolis de plus de 3 millions d’habitants. Cela apportera une nouvelle qualité. Et à Łódź se reproduira, de plus en plus souvent, la mémorable scène de la « Terre de la grande promesse », faisant référence au mythe fondateur de la Łódź industrielle., dans laquelle Moryc Welt (interprété dans le film d’Andrzej Wajda par Wojciech Pszoniak) crie en direction de Karol Borowiecki et Max Baum (interprétés respectivement par Daniel Olbrychski et Andrzej Seweryn) : « Moi, je n’ai rien, toi, tu n’as rien, lui, il n’a rien », et Borowiecki de répondre :  « Nous avons ensemble juste ce qu’il faut pour fonder une grande usine… ».

L’Expo 2022 devrait être le premier pas dans cette direction. Lors de cette manifestation, Łódź devrait dévoiler sa beauté et la fonctionnalité de ce que le passé nous a légué. Il s’agit de ses immeubles art nouveau, de ses palais éclectiques d’anciens industriels et de ses beaux bâtiments en briques rouges, ayant autrefois abrité des usines. On n’est malheureusement pas parvenu à tout sauver. Dans un grand excès de bêtise, on a rasé par exemple la belle gare Łódź Kaliska. On ne peut donc que se réjouir à la perspective de voir rénovés des ensembles entiers de vieux immeubles de Łódź. Y seront aménagés des bureaux et des appartements modernes, mais qui garderont leur aura et leur âme. Aujourd’hui, des bâtiments d’acier et de verre avec des formes contredisant parfois les lois de la physique sortent de terre dans tous les coins du monde – il suffit de voir Dubaï ou le Qatar. Ce sont pourtant l’authenticité et l’histoire qui deviennent de vraies valeurs.

Cela ne veut pourtant pas dire que l’architecture moderne n’a pas sa place à Łódź. Je n’arrête pas de croire qu’on mènera à bien le projet de la « Porte de la ville », conçu spécialement pour Łódź par Frank Gehry, l’un des plus importants architectes de notre époque, lauréat entre autres du prix Pritzker. L’esprit de Łódź n’en sera en aucun cas affaibli. Bien au contraire – cela accentuera la grande ouverture de cette ville et rappellera qu’elle est bel et bien la plus européenne de toutes les villes polonaises. Et nous, nous arrêterons de parler seulement de la revitalisation de Łódź, et nous commencerons à parler de sa renaissance.

Jacek Saryusz – Wolski

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