Ryszard CZARNECKI: Pologne-France.
Vient le temps de la coopération. Et celui du pragmatisme politique

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Pologne-France.
Vient le temps de la coopération. Et celui du pragmatisme politique

Ryszard CZARNECKI

Membre de Droit et Justice (PiS), député polonais de la Ire et de la IIIe législature, député européen de la VIe, VIIe, et VIIIe législature, depuis 2004 vice-président du Parlement européen. Ancien président du Comité polonais d’intégration européenne. Il est diplômé d’histoire à l’Université de Wrocław

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Quelques années auparavant, Barack Obama et Hillary Clinton ont effectué un reset des relations entre les États-Unis et la Russie. Aujourd’hui, le temps est venu de faire un reset des relations polono-françaises – estime Ryszard CZARNECKI

Les relations entre Varsovie et Paris rappellent une voiture, peut-être pas la meilleure qui soit, mais tout de même une voiture de haute classe et de prestige, dont les roues patinent et le moteur vrombit, et qui avance à la vitesse de l’escargot polonais exporté sur les tables françaises.

Il est temps de changer cela. Les élections présidentielles en République Française ont été remportées par un candidat dont la position sur l’OTAN rejoint en général celle mise en avant par la Pologne – et qui est complètement différente de celle présentée par sa principale concurrente. Emmanuel Macron est celui dont la position sur la Russie est la plus réaliste en comparaison avec les positions des dix autres candidats à la fonction de président de la France, y compris avec celles de ses trois principaux concurrents. Cela aussi le rapproche beaucoup de la Pologne : la Russie n’est pas pour nous une abstraction qu’elle peut être pour certains politiciens de Lisbonne, de Dublin ou de La Valette. Je suis convaincu – et je le dis en m’appuyant sur les discussions que j’ai eues avec des diplomates français – que le nouveau président chantera dans le chœur européen, et ceci dans un mois à peine, postulant une prolongation des sanctions envers la Fédération de Russie.

La position d’Emmanuel Macron sur l’OTAN rejoint en général celle mise en avant par la Pologne.

Il ne faut pas cacher qu’un certain nombre de divergences existent entre les autorités polonaises et le plus jeune locataire du palais de l’Élysée. Paris s’appliquera à mettre en œuvre le slogan « plus d’Europe en Europe » — nous, les Polonais, nous garderons notre scepticisme. Emmanuel Macron plaidera pour l’idée d’une Europe à deux vitesses. La Pologne, évidemment, s’y opposera.

Notons au passage que nous ne savons pas vraiment si, pour être très concret, le nouveau président opte pour « une Europe à deux vitesses » ou bien pour « une Europe à plusieurs vitesses ». C’est tout de même une différence. La première conception est un « plus grand mal ». L’autre n’est pas non plus de très bon augure pour nous, mais certainement, c’est la première qui va davantage diviser l’Europe. Il vaut donc chercher à savoir ce que Macron veut vraiment et quelle est sa vision de l’Europe. Le mieux, c’est de l’apprendre de sa bouche. On se passera d’intermédiaires. Berlin n’est pas obligé de traduire à Varsovie ce que Paris « veut dire ».  Entendons-le des Français eux-mêmes. Et débattons !

La Pologne et la France sont parmi les cinq plus grands pays de l’Union européenne (compte tenu évidemment du Brexit). La France a 1,5 fois plus d’habitants que la Pologne, et la tendance dans l’UE, immuable depuis des décennies, et surtout ces derniers temps, est que les « grands » font affaire avec les « grands ». Cela vaut donc le coup. Surtout dans le cadre bilatéral. Mais aussi dans celui du Triangle de Weimar. Cette figure géométrico-politique était réduite, à l’époque où la Plateforme civique (PO) et le parti paysan (PSL) étaient au pouvoir, à une espèce de mascarade festive se répétant d’année en année. Dans la pratique politique cependant, elle camouflait le rôle dominant du tandem Berlin – Paris. Pour le gouvernement actuel le Triangle de Weimar est proprement mort, ce qui, de fait, signifie la continuation de son non-fonctionnement du temps du gouvernement précédent. Il faut pourtant éviter que le Triangle de Weimar ne dévienne un Triangle des Bermudes et que dedans ne disparaissent nos intérêts polonais. Notre coopération avec l’Allemagne est – malgré des divergences parfois considérables – assez proche et de plus en plus proche.

Je ne vois aucune raison pour une asymétrie et pour de moins bonnes relations entre la Pologne et la France. Bien au contraire : il faut contrebalancer les relations entre Varsovie et Berlin, bonnes et de plus en plus proches, par un approfondissement notable, notamment après la récente période de crise, des relations entre Varsovie et Paris. Les premières semaines du quinquennat d’Emmanuel Macron, la nomination de son premier gouvernement et une nouvelle donne à l’Assemblée nationale pourront être l’opportunité idéale pour créer une nouvelle qualité dans nos relations. Car nous en avons vraiment besoin.

Berlin n’est pas obligé de traduire à Varsovie ce que Paris « veut dire ».

C’est la grande politique. Mais il y a aussi la question des intérêts économiques élémentaires. La France, durant de nombreuses années, a été l’investisseur étranger numéro un en Pologne. Elle figure aujourd’hui très haut dans ce classement. Pour le capital français, la Pologne constitue non seulement un grand marché pour les investissements, mais aussi un grand marché de débouché. Aussi, ne nous voilons pas la face, dans le domaine de l’armement. Quand, sur la table des négociations, se trouvent – ou se trouveront – les sous-marins français dont la marine polonaise a besoin et pour l’achat desquels les fonds sont prévus dans le budget, pourquoi ressasser cette histoire des hélicoptères et se focaliser sur celle de l’usage par les Français de la fourchette importée en Pologne par Bona Sforza, la femme du roi Sigismond Ier (ladite fourchette étant ensuite exportée de Pologne vers la France par Henri III) ? Il est nécessaire aussi que les politiciens français, dont le président, dans leurs prises de parole au sujet de la Pologne, se rendent bien compte qu’une campagne électorale s’est terminée, et qu’une autre, parlementaire, se terminera dans un mois. Vient donc le temps du pragmatisme. Ce que j’inscris dans les livres d’amitié, tant polonais que français.

Ryszard Czarnecki

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