Jarosław SZAREK: La débâcle de l’empire du mal

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La débâcle de l’empire du mal

Jarosław SZAREK

Président de l'Institut de la mémoire nationale de Pologne.

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Piłsudski avec ses Polonais ont fait prendre à la cause de la révolution universelle une gigantesque et incroyable défaite – écrit Jarosław SZAREK

La bataille de Varsovie en août 1920 est non seulement le moment culminant de la guerre polono-bolchevique, mais aussi l’un des moments décisifs de l’histoire de l’Europe et du monde. Témoin direct des événements, le diplomate britannique Edgar Vincent d’Abernon, soutient dans son livre The eighteenth decisive battle of the world : Warsaw, 1920 que les Polonais ont alors sauvé la civilisation occidentale devant la fanatique tyrannie des Soviétiques. Hélas, ce fait est quasi absent de la conscience historique des Européens.

Après avoir pris le pouvoir en Russie, les bolcheviques, sous la houlette de Lénine, tendent à exporter la révolution en Europe. Leur première marche à l’ouest commence déjà fin 1918, quand, après la défaite de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, l’Armée rouge a pénétré dans les territoires ukrainiens, biélorusses et baltes dont les forces allemandes d’occupation venaient de se retirer. La Pologne, de nouveau libre, constitue alors le majeur obstacle. La guerre, inévitable, éclate en janvier 1919.

En mars 1919, naît à Moscou l’Internationale communiste (ou Komintern) dont la vocation est de contrôler les partis communistes de 32 pays du monde afin de servir les intérêts politiques de la Russie bolchevique.

En été 1919, Grigori Zinoviev, qui dirige le Komintern, écrit : «  On peut affirmer que dans un an toute l’Europe sera communiste. Et la lutte pour le communisme se transportera en Amérique, peut-être même en Asie et sur les autres continents ».

Mais d’abord les bolcheviques doivent se débarrasser de leur ennemi intérieur – les Russes « blancs », dirigés par le général Anton Dénikine. Grâce à cette circonstance, les Polonais parviennent à reprendre les territoires appartenant à la République d’avant les partages au 18e s. : Vilnius, Minsk et une importante partie de la Biélorussie. Stopper Dénikine marchant sur Moscou étant pour les bolchevique la priorité, ils envisagent donc de conclure une trêve sur le front polonais. En effet, dès janvier 1920, ils soumettent à la Pologne une proposition de signer un traité de paix, mais c’est surtout pour produire un effet de propagande visant à fourvoyer l’opinion publique internationale. Car, en réalité, les préparatifs de l’offensive vont bon train et la concentration des troupes de l’Armée rouge se poursuit sans interruption dans la région de Smolensk.

Le commandant en chef de l’armée polonaise Józef Piłsudski décide alors de lancer une attaque préventive. Le 21 avril 1920, à Varsovie, la Pologne signe une alliance avec la République populaire ukrainienne, elle-même obligée de lutter contre les bolcheviques pour préserver son indépendance. Une offensive conjointe polono-ukrainienne conduit à la reprise temporaire de Kiev, mais seulement un mois après, l’ennemi fait venir du fond de la Russie des renforts suffisants pour repousser les forces alliées. Le 4 juillet, l’Armée rouge entame son offensive. Le commandant du Front de l’Ouest Mikhaïl Toukhatchevski, dans son fameux ordre, lance à ses soldats : « Soldats de la révolution ouvrière – regardez vers l’Occident. C’est là que se joue la destinée de la révolution universelle. Sur le cadavre de la Pologne blanche passe la route de l’incendie mondial ».

Incapable de faire barrage aux forces de l’ennemi qui tentent de la contourner et la briser, l’armée polonaise est obligée de battre en retraite, tout en gardant pourtant sa capacité de combat. Face au danger mortel, et forte de l’appui de l’Église catholique, la société polonaise se mobilise : à l’appel de joindre les rangs de l’armée répondent plus de 100 000 volontaires dont 30 000 Varsoviens.

Parallèlement, le gouvernement polonais cherche du soutien à l’étranger. Le Premier ministre britannique David Lloyd George, au lieu d’offrir de l’aide, lui propose de servir d’intermédiaire dans les pourparlers de paix avec les bolcheviques qui, en pratique, exigent la restitution du pouvoir au pays au profit des communistes polonais. La France se comporte mieux, en envoyant en Pologne d’importantes quantités d’armes et de munitions.

Comprenant la gravité de la situation, le pape Benoît XV écrit dans une lettre datée du 5 août : « Ce n’est pas que l’existence de la Pologne qui est menacée, mais toute l’Europe risque de vivre les horreurs d’une nouvelle guerre ».

Entre-temps, dans le cadre d’une intense action de propagande sous le mot d’ordre : « Bas les mains de la Russie soviétique », Moscou incite les partis communistes et les syndicats de gauche de toute l’Europe à mener des actions visant la Pologne. Ainsi, les cheminots en Allemagne et en Tchécoslovaquie bloquent les transports d’équipements militaires en direction de la Pologne, les gouvernements de ces deux pays sympathisant officieusement avec les bolcheviques. La seule route sure pour ces transports mène par la Roumanie.

Pour des raisons politiques, l’Armée rouge attaque dans deux directions divergentes, ce qui d’ailleurs explique la future défaite des bolcheviques. Le Front de l’Ouest avance vers Varsovie avec l’idée de se diriger ensuite en Allemagne. Le Front du Sud-Ouest prend la direction des Carpates pour fomenter une révolution en Hongrie et en Tchécoslovaquie.

Or, l’écart entre ces deux corps d’armée se fait si considérable qu’il n’est comblé que par de rares unités bolcheviques. Voyant cela, Piłsudski décide d’attaquer par le sud les arrières du Front de l’Ouest s’approchant de Varsovie. L’offensive polonaise, menée à partir du 16 août 1920, force les troupes de Toukhatchevski, toutes paniquées, à battre en retraite. Au bout de dix jours de combats, l’ennemi est pulvérisé, en perdant 25 000 hommes morts sur le champ de bataille et 66 000 autres faits prisonniers. Le 12 octobre, à Riga, est signé un traité de paix qui met fin aux hostilités. L’existence d’une Pologne indépendante est sauvée.

.La bataille de Varsovie est la première défaite de l’empire du mal soviétique. Grâce à elle, le destin du monde prendra une tournure différente de celle imaginée par Lénine. Ce que ce dernier est obligé de constater, une fois le conflit terminé : « La guerre polonaise a été le plus important tournant non seulement dans la politique de la Russie soviétique, mais aussi dans la politique mondiale. […] Tout y était à prendre, en Europe. Mais Piłsudski avec ses Polonais ont fait prendre à la cause de la révolution universelle une gigantesque et incroyable défaite ».

Jarosław Szarek

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