Marek DIETL: L’Europe centrale et son potentiel de forte croissance Marek DIETL: L’Europe centrale et son potentiel de forte croissance

L’Europe centrale et son potentiel de forte croissance

En temps de pandémie, quand l’accès aux crédits est encore plus compliqué, les projets qui promettent ont plus de chances de trouver des financements en bourse où les investisseurs prennent des décisions sur la base de potentiel et de modèle buisiness et non pas sur la base du passé de l’entreprise, comme font les banques – écrit Marek DIETL

C’est dans un climat d’inquiétude face à la progression de la pandémie de coronavirus que les économies nationales, et les marchés des capitaux avec elles, entament une nouvelle décennie du XXIe siècle. Pourtant, aussi controversé que cela puisse paraître, cette inquiétude majeure, attisée par d’autres interrogations, notamment celles concernant les nouveaux variants du virus, s’est avérée salutaire pour les marchés boursiers. Elle a, en effet, intensifié les mouvements qui atteignent des niveaux rarement observés, et la Bourse de Varsovie, sous ma direction, en est une illustration éclatante : en 2020, nous sommes devenus la deuxième bourse d’Europe quant à la croissance de sa liquidité. Un résultat d’autant plus considérable que la Bourse de Varsovie ne fêtera le 16 avril prochain que le 30e anniversaire de sa réactivation après des décennies d’inexistence marquées par la guerre et la soumission communiste.

Pour prendre la mesure de l’immense bond en avant qu’a effectué la Bourse polonaise, il suffit de regarder les chiffres. En 28 ans, elle est passée du statut de marché marginal à celui de marché développé. A titre de comparaison, il a fallu 55 ans pour que la bourse sud-coréenne atteigne le même niveau.

Avec une capitalisation de 235 milliards d’euros, nous sommes le leader incontesté dans la région, en distançant de presque 12 milliards d’euros la bourse de Vienne et en laissant loin derrière celles des autres pays d’Europe du Centre-Est. La Bourse de Varsovie s’illustre aussi quant à la valeur de la capitalisation en pourcentage du PIB (25,4 %). Rappelons qu’il y a trois décennies, elle fermait l’année 1991 avec un total de neuf sociétés cotées dont la capitalisation ne correspondait qu’à 0,04 milliards d’euros en valeur actuelle.

Aujourd’hui, la force de la Pologne et de toute la région centre-européenne sont les entreprises technologiques qui se développent très rapidement. Pour pouvoir croître, elles ont pourtant besoin de capitaux. Selon les calculs du Fond polonais de développement et de Dealroom.com, entre 2015 et 2019, les start-ups dans les pays de PECO ont enregistré une croissance d’investissements de la part des fonds de venture capital (VC) multipliée par cinq, avoisinant 1,8 milliards de dollars. Cela prouve que les grands investisseurs, sûrs de l’énorme potentiel technologique et économique de PECO, s’attendent à des retours rapides.

Il est intéressant de noter que 90 % de l’économie dans notre région continue à être financé par des banques qui choississent surtout des entreprises représentant les secteurs plus traditionnels. Quand on sait, en plus, que les fonds de l’UE sont destinés majoritairement à stimuler le développement des infrastructures, l’accès des jeunes entreprises à des capitaux ne peut être que très limité. Elles regardent donc de plus en plus souvent du côté du marché financier. C’est plus particulièrement le cas de ce qu’on appelle les COVID-winners, à savoir les producteurs de jeux vidéo, le secteur médical et technologique. En temps de pandémie, quand l’accès aux crédits est encore plus compliqué, les projets qui promettent ont plus de chances de trouver des financements en bourse où les investisseurs prennent des décisions sur la base de potentiel et de modèle business et non pas sur la base du passé de l’entreprise, comme font les banques.

L’Europe du Centre-Est dispose aujourd’hui d’un potentiel de croissance beaucoup plus rapide que le reste de l’UE, mais le principal handicap reste une importante fragmentation des marchés, trop petits pour rivaliser en solitaire avec ses homologues occidentaux. L’intégration sera donc de mise afin d’attirer vers notre région des investisseurs institutionnels de haute volée. C’est à ce titre que je vois de l’espoir dans l’initiative européenne Capital Markets Union qui, depuis 2014, soutient la reconstruction des marchés des capitaux en EU. Une autre grande opportunité représente l’Initiative des Trois Mers, née en 2015, qui a pour objectif de renforcer la coopération des États situés entre les mers Adriatique, Baltique et Noire dans les domaines de numérisation, d’énergie et de transport.

Je suis persuadé que la Bourse de Varsovie, en tant que l’un des 25 marchés les plus développés au monde, devrait jouer le rôle majeur dans la promotion et le soutien du développement de l’Europe du Centre-Est.

Depuis plusieurs années déjà, nous intensifions la coopération entres les bourses de la région des Trois Mers, en s’engageant dans des actions ayant pour but d’accroître son attractivité aux yeux des investisseurs. En 2019, nous avons instauré l’indice CEEplus constitué des sociétés les plus grandes et les plus liquides cotées dans les bourses du Groupe de Visegrád, de Croatie, de Roumanie et de Slovénie. De même, en septembre 2020, sous le parrainage du Président de la République de Pologne Andrzej Duda, nous avons organisé une Conférence des Bourses de la région des Trois Mers.

L’importance grandissante de la Bourse de Varsovie en Europe confirment les données de la Fédération des Bourses européennes (FESE). Notre marché se classe en deuxième place quant à la croissance de la liquidité mesurée par la valeur des transactions dans le cadre des carnets d’ordres. Quant à la liquidité mesurée en fonction du taux de rotation des portefeuilles, nous avons dépassé certains parmi les plus grands marchés européens. Nous sommes également parmi les meilleurs marchés développés, aux côtés, par exemple, de la Suisse, quant à l’indice du turnover qui a encore enregistré une hausse (52,5% au troisième trimestre 2020, à comparer avec 33,2% à la même période en 2019).

Je mentionne ces données parce qu’il existe dans notre région de nombreuses entreprises suffisamment mûres pour entrer sur le marché public. Parmi elles, il y a aussi bien des licornes que des entreprises ayant un potentiel de le devenir dans les prochaines années. La Bourse de Varsovie est pour elles l’endroit idéal pour attirer des capitaux et continuer à se développer. L’indice phare – WIG20 – ressemble de plus en plus à ceux qui reflètent la structure des économies américaine ou sud-coréenne où les technologies restent au centre des convoitises. Depuis octobre 2020, nous sommes aussi le leader mondial quant au nombre de sociétés cotées du secteur des jeux vidéo, en devançant la bourse de Tokyo. La capitalisation totale du secteur polonais des gamedev s’élève à plus de 10 milliards d’euros.

Le marché polonais des capitaux, une fois classé parmi les marchés développés, attire l’attention des investisseurs du monde entier. L’entrée en bourse de la société Allegro, le plus grand début depuis plus de dix ans dans PECO et un des plus grands débuts de l’année passée au monde – plus de deux milliards d’euros – est le meilleur exemple de cet engouement : une évaluation élevée, la présence parmi les investisseurs de fonds technologiques étrangers, une parfaite liquidité du titre.

La Bourse de Varsovie a encore un autre avantage : elle offre l’accès à une grande diversité de capitaux à des coûts beaucoup moins élevés que ce qui est pratiqué sur les marchés étrangers, les frais d’introduction y étant aujourd’hui plusieurs fois inférieurs par rapport à LSE, Nasdaq ou Euronext.

Ce cumul – de potentiel, d’appétit de succès, d’approche innovante, de conditions financières attirantes – constitue un fondement solide pour les marchés des capitaux dans notre région, alors que le contexte ambiant n’est pas forcément favorable.

Marek Dietl

Texte publié dans le mensuel Wszystko Co Najważniejsze (Pologne) dans le cadre d’un projet réalisé avec la Bourse de Varsovie (GPW).

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