Le réarmement de la Pologne ne passe pas inaperçu en France

czołgi K2

Le journal télévisé de TF1 a publié un reportage sur le réarmement de la Pologne, le comparant à la situation en France.

Pologne : un réarmement scruté de près

.Dans son JT de 20h du 14 mai 2023, TF1 a présenté un reportage intitulé „Armement : la Pologne veut devenir la première armée d’Europe”. Il est divisé en deux parties. La première montre au téléspectateur des manœuvres d’entraînement de nouveaux obusiers de 155mm K9 sud-coréens, faisant partie d’une commande polonaise de plus de 600 unités. La Pologne produit déjà des modèles similaires, les Krab, mais en a donné une partie à l’Ukraine. Les commandants d’artillerie interrogés par l’équipe de TF1 louent les qualités des K9 et les courts délais de livraison coréens.

La seconde partie du reportage se déroule dans une caserne à Węgorzewo, petite ville de 11 000 habitants de la région de Varmie-Mazurie, dans le nord-est de la Pologne. On peut y observer la formation de nouvelles recrues, des hommes et des femmes de tous âges (entre 20 et 50 ans) et de tous milieux. Tous des volontaires. La journaliste française constate que le nombre de recrues ne fait qu’augmenter, en particulier depuis 2022.

TF1 présente aussi une infographie indiquant les commandes récentes de la Pologne à la Corée du sud et aux Etats-Unis. Entre autres 1 000 chars d’assaut, 50 avions de chasse et près de 300 lance-roquettes achetés à la Corée, 400 chars Abrams M1, une centaine d’hélicoptères AH-64E Apache et 20 systèmes de lance-roquettes HIMARS achetés aux Etats-Unis. Enfin, l’équipe de reportage interroge le lieutenant-colonel Krzysztof Płatek, porte-parole de l’Agence polonaise de l’Armement. Il indique que l’objectif principal est d’améliorer la capacité de dissuasion militaire de la Pologne.

Mise en perspective du réarmement polonais

.Les journalistes de TF1 ont calculé qu’avec toutes ces commandes de matériel, la Pologne „aura six fois plus de chars que la France”, devenant la première puissance de l’Union européenne dans ce domaine. De la même manière, l’objectif de la Pologne est de monter ses effectifs à 300 000 soldats, soit 100 000 de plus que la France.

Le programme de réarmement polonais a débuté par la volonté des autorités polonaises de moderniser leurs capacités militaires et d’essayer de rattraper les autres pays de l’UE et de l’OTAN. De nombreuses commandes ont été passées entre 2016 et 2021, dans le cadre du projet de renforcement du « flanc est de l’OTAN », lancé par le président américain Donald Trump.

Les efforts polonais ont connu une accélération brusque à partir de février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En Pologne, personne ne cache que la menace principale vient de l’est. Cela se ressent dans le reportage de TF1 : toutes les personnes interrogées s’inquiètent de la politique russe en Europe de l’est. Si la Pologne doit un jour être visée à son tour, elle doit être en mesure de se défendre efficacement.

TF1 n’a d’ailleurs pas choisi au hasard la ville dans laquelle envoyer son équipe de tournage. Węgorzewo se trouve à 10km de l’enclave russe de Kaliningrad (en polonais Królewiec, en allemand Königsberg) et à 50km de Suwałki, ville qui prête son nom au corridor reliant les pays baltes à la Pologne et passant entre l’enclave de Kaliningrad et la Biélorussie, un objectif militaire majeur en cas de conflit dans cette région.

Il est donc à noter que les médias français observent avec attention le réarmement de la Pologne, considérant qu’il s’agit d’un élément important du renforcement de la position de ce pays au sein de l’Union européenne de l’OTAN.

Comment assurer la sécurité de l’Europe ?

.Paweł Soloch, Chef du Bureau de la Sécurité Nationale Polonais de 2015 à 2022, évoque la philosophie de la Pologne en matière de sécurité : „Toute action provoquant l’érosion de la confiance et de la solidarité aussi bien dans l’Otan que dans l’UE sert les intérêts de leurs ennemis, tous ceux qui veulent contester l’ordre existant pour pousser surtout l’Europe dans une situation dont elle a fait l’expérience au siècle dernier.”

Il insiste sur le besoin de coopération entre l’Union européenne et l’Alliance atlantique : „Nous avons besoin d’une solidarité des institutions – l’Otan et l’UE – comme principaux piliers de la sécurité en Europe. Du point de vue polonais, c’est l’Otan qui devrait maintenir son rôle primordial quant à la défense des pays européens. L’UE, à son tour, dispose de ressources et d’outils qui peuvent faciliter cette tâche (par exemple assurer la mobilité des troupes ou bâtir le potentiel militaire). Au lieu de rivaliser, les deux institutions devraient agir selon le principe de complémentarité.”

Il n’oublie pas de tenir compte des besoins sécuritaires des autres pays de l’Europe, mettant en avant la nécessité de solidarité entre alliés : „Nous ne devons pas oublier que pour de nombreux pays en Europe il existe une menace terroriste constante et que la perception des défis et des dangers n’est pas la même en Pologne ou en Roumanie qu’en Italie ou au Portugal. Néanmoins, ce qui paraît crucial, c’est la construction du sentiment de responsabilité et d’unité entre alliés comme le précise l’article 5 du traité de Washington et de solidarité dans le cadre de l’Union européenne. Tout cela en conformité avec le principe de sensibilité 360 degrés, permettant d’éviter les clivages inutiles Nord-Sud.”

„Ce qui sert la construction d’une solidarité à niveaux multiples dans le cadre de l’Otan et de l’UE, c’est une coopération régionale, non pas dans une logique de l’alternative, mais dans celle de la « valeur ajoutée » visant un renforcement des deux organisations. C’est dans cet esprit que la Pologne perçoit son engagement dans les autres formats régionaux – le Groupe de Visegrád, l’Initiative des Trois mers ou le Triangle de Weimar”, conclut-il.

Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 16/05/2023