Andrzej DUDA: Le massacre de Katyń – un avertissement au monde libre contre l’impérialisme russe

Le massacre de Katyń – un avertissement au monde libre contre l’impérialisme russe

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Andrzej DUDA

Président de la République de Pologne.

Ryc.Fabien Clairefond

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.Le massacre de Katyn est l’un des actes de terreur les plus cruels que la Pologne ait connu pendant la Seconde Guerre mondiale. Les crimes de l’Allemagne nazie commis dans les territoires polonais qu’elle a occupés depuis 1939, avec la Shoah en premier lieu, sont universellement connus. Les crimes soviétiques, tout aussi horribles et honteux, sont, eux, toujours moins connus dans le monde. À l’occasion du 84e anniversaire du massacre de Katyń, je rends hommage à ses victimes. Je veux également rappeler ce crime du NKVD comme un avertissement qui n’a rien perdu de son actualité contre l’impérialisme russe menaçant encore aujourd’hui l’Europe et le monde.

Le massacre fut perpétré par la Russie soviétique au printemps 1940. C’était un crime de guerre. Ses auteurs ont ôté la vie à plus de 20 000 citoyens polonais, pour la plupart des prisonniers de guerre, des officiers de l’Armée et des agents de la Police, abattus du simple fait d’avoir été considérés par les enquêteurs du NKVD comme des ennemis intransigeants du communisme. La décision de l’exécution fut prise au plus haut niveau des autorités de l’URSS. Initialement, les Soviétiques ont tenté de persuader les détenus polonais d’abandonner leur allégeance à leur patrie indépendante et de coopérer dans l’intérêt de Moscou, mais ils y ont échoué. Comme l’a déclaré le chef du NKVD, Lavrenty Beria, dans une note adressée à Staline, les prisonniers de guerre polonais étaient « des ennemis acharnés du pouvoir soviétique, sans aucune promesse d’amélioration ».

Ainsi, plus de 20 000 personnes ont dû mourir. Sans procès, sans accusation, sans pouvoir se défendre. Ils sont morts parce qu’ils étaient fidèles à leur patrie et à leur nation. Le massacre de Katyń, commis contre des prisonniers de guerre, constituait une violation de toutes les normes morales et du droit international, y compris des Conventions de Genève.

Ces gens furent assassinés parce qu’ils menaçaient les intérêts soviétiques. Leur mort fut un coup irréparable pour notre nation. Une partie de l’élite intellectuelle fut anéantie : avocats, médecins, fonctionnaires, enseignants, journalistes – des officiers de réserve mobilisés à l’approche de la guerre. Ils furent anéantis pour empêcher la renaissance d’un État polonais souverain. Grâce à ce crime, les Soviétiques ont pu introduire beaucoup plus facilement un nouvel ordre totalitaire dans notre pays à partir de 1945.

À présent – 84 ans après ces événements et 35 ans après la chute du communisme en Pologne – nous assistons en Europe à une nouvelle renaissance de l’impérialisme russe. Et nous devons être conscients que cette renaissance n’a pas commencé le 24 février 2022, avec l’agression à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine. En 2008 déjà, la Russie avait attaqué la Géorgie et, en 2014, elle avait procédé à l’annexion armée de la Crimée et du Donbass ukrainiens.

En déclenchant il y a deux ans le plus grand conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, Vladimir Poutine a clairement montré qu’il poursuivait les mêmes objectifs que les dirigeants de la Russie soviétique autrefois. En usant de la violence, il tente de détruire les valeurs du monde libre : liberté, paix et sécurité. C’est pourquoi, depuis le début de l’agression, les troupes russes en Ukraine commettent des meurtres et des viols contre la population civile, tentant de terroriser la nation ukrainienne tout entière et de briser la volonté de résistance des défenseurs.

Poutine ne s’efforce même pas de cacher ses aspirations impériales. Dans de nombreuses déclarations publiques, il évoque souvent l’Ukraine non pas comme un État indépendant et souverain, mais comme un territoire appartenant à la Russie. Il se compare même au tsar Pierre le Grand, affirmant – comme le monarque d’il y a trois siècles – qu’il ne conquiert pas les pays voisins, mais se bat pour les terres qui font de droit partie de la Russie.

Bien entendu, ce sont tous des mensonges flagrants n’ayant rien à voir avec la vérité historique. Depuis des siècles, le mensonge fait partie intégrante de la propagande impériale russe. Pendant un demi-siècle, les Soviétiques ont nié toute responsabilité dans le massacre de Katyń, n’ayant confirmé l’implication russe qu’au début des années 1990. Aujourd’hui, la Russie nie les crimes commis dans de nombreuses villes ukrainiennes. C’est pourquoi nous, Polonais, comprenons parfaitement les souffrances des Ukrainiens, nous sympathisons avec eux et les soutenons dans leur combat.

Je le répète depuis deux ans : l’impérialisme russe doit être stoppé, la Russie doit se retirer des terres ukrainiennes et les criminels de guerre doivent être punis. La Russie viole le droit international, est un agresseur et un occupant des terres ukrainiennes.

Aujourd’hui, les citoyens des pays libres et démocratiques d’Occident doivent être conscients que l’impérialisme russe ne s’arrêtera pas en Ukraine. Si ce pays est conquis, ce sera le tour des autres, comme les pays baltes ou la Moldavie. Et puis des suivants. Par conséquent, les nations du monde occidental rester unis pour s’opposer aux aspirations impériales de la Russie. Ce n’est qu’en nous unissant pour défendre la liberté et la démocratie que nous pourrons mettre fin aux crimes de guerre cruels ; que nous pourrons faire régner à nouveau la paix en Europe.

.À l’occasion du 84e anniversaire du massacre de Katyń, je commémore ses victimes et leur mémoire. Leur attitude héroïque et leur sacrifice sont une feuille de route pour nous aujourd’hui. Et le meurtre commis par les Soviétiques devrait être un avertissement contre ce dont l’impérialisme russe est capable. Nous devons faire tout notre possible pour y faire barrage.

Andrzej Duda

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 18/04/2024
Fot. Jacek SZYDŁOWSKI / Forum