Eryk MISTEWICZ: Les Polonais, les Lituaniens, les Tchèques, les Lettons et toutes les nations d’Europe centrale avaient prévenu – cela finirait mal

Les Polonais, les Lituaniens, les Tchèques, les Lettons et toutes les nations d’Europe centrale avaient prévenu – cela finirait mal

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Eryk MISTEWICZ

Président de l’Institut des Nouveaux Médias (Instytut Nowych Mediów) – éditeur de « Wszystko co Najważniejsze ». Auteur de stratégies marketing. Travaille entre la Pologne et la France. Lauréat du Pulitzer polonais.

Ryc.: Fabien Clairefond

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Ni les comptes de Katyń ni ceux de Boutcha n’ont pas été soldés. Les coupables n’ont pas été jugés. Comment parler de confiance élémentaire, de « bonnes affaires », d’une Europe commune de Lisbonne à Vladivostok, comment parler d’un avenir sûr lorsque ces crimes restent impunis ? – écrit Eryk MISTEWICZ

.Nous avions prévenu que miser sur « l’énergie verte » avec une dépendance aux matières premières russes entraînerait en Occident la fermeture des centrales nucléaires puis celles au charbon et une dépendance encore plus accrue à l’égard de la Russie. Et, à terme, aussi une dépendance politique. C’était tentant, mais les conséquences sont désastreuses pour les sociétés occidentales.

Nous avons prévenu que lâcher sur les droits de l’homme auprès des despotes russes et biélorusses permettrait aux entreprises occidentales d’engranger à court terme des bénéfices, mais que, tôt ou tard, ils seront tachés du sang des victimes. Au bout du compte, les entreprises occidentales ont été obligées de vendre leurs ressources en Russie pour une fraction de leurs valeurs.

Nous avions prévenu que laisser entrer les Russes en politique dans les pays occidentaux, financer des partis avec des prêts russes, influencer les politiciens, les médias et l’opinion publique ne cesseraient d’affaiblir l’opinion publique occidentale et de menacer la démocratie. La démocratie peine à se défendre contre les infiltrations, il suffit pour s’en convaincre de lire ne serait-ce que les livres de Vladimir Volkoff.

Tout comme des décennies plus tôt, nous n’avons pas été écoutés. Il suffit de chercher sur Internet « Rapports Karski » ou « Rapports Pilecki » pour comprendre à quoi je fais référence. Les comptes de chaque guerre doivent être soldés et leurs auteurs traduits devant la justice. Sinon, nous laisserons l’Histoire se répéter sans en tirer une quelconque leçon.

.Boutcha, les meurtres et les viols massifs de la guerre que la Russie continue de mener contre l’Ukraine ne sont pas nouveaux. Les Polonais ont eu leur propre Boutcha : Katyń, distant de plusieurs centaines de kilomètres de la ville ukrainienne. Plus de 20 000 Polonais ont été assassinés par les Russes d’une balle dans la nuque. C’est l’intelligentsia qui a été ciblée : médecins, scientifiques, fonctionnaires, enseignants, artistes, soldats et prêtres. Ni les comptes de Katyń ni ceux de Boutcha n’ont été soldés. Les coupables n’ont pas été jugés… Comment parler de confiance élémentaire, de « bonnes affaires », d’une Europe commune de Lisbonne à Vladivostok, comment parler d’un avenir sûr alors que ces crimes restent impunis?

Je me réjouis de toutes les voix de solidarité avec l’Ukraine, la Pologne et les autres pays de la région de la part de la France et des Français. Merci de votre compréhension et de votre soutien. Dans notre partie de l’Europe, nous percevons les actions du président Emmanuel Macron visant à renforcer immédiatement les capacités de défense de l’Europe. À rattraper le plus rapidement possible les années passées à désarmer le continent, en l’exposant aux tentations d’attaque. Aujourd’hui, la Pologne donne l’exemple en allouant 4 % de son PIB à la défense. Il s’agit du taux le plus élevé d’Europe. Mais nous n’avons pas d’autre choix. L’histoire de l’Europe ne cesse de nous enseigner l’importance de la solidarité et de la communauté – en action aussi.

Eryk Mistewicz

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 19/04/2024