Jan SOCHOŃ: Ma vie sous le signe de Jean-Paul II.
Il montrait les limites des concessions que nous pouvons faire dans notre vie

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Ma vie sous le signe de Jean-Paul II.
Il montrait les limites des concessions que nous pouvons faire dans notre vie

ks. Jan SOCHOŃ

Poète, critique littéraire, théologien et philosophe, prêtre catholique.

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Karol Wojtyła, Jean-Paul II, est devenu pour la majorité des Polonais et pour ma génération un modèle stratégique de vie.

.Depuis la disparition de Jean-Paul II, le monde a changé dans beaucoup de sphères. Non seulement il a été enserré d’un système d’expériences à caractère planétaire et – paradoxalement – de nouvelles limites qui en résultent, mais il a sans doute renforcé durablement le droit à l’autodétermination. Désormais, les humains peuvent percevoir la réalité en toute autonomie, sans points de repère absolus. C’est du moins ce qui ressort du modèle de culture promu par tout un ensemble de centres d’opinion à travers le monde, dans lequel on se désintéresse complètement de la problématique religieuse, n’y accordant aucune importance dans le façonnement du style de vie au quotidien. L’indifférence confessionnelle est devenue une attitude existentielle évidente, ne demandant pas de justifications.

On ne s’étonne donc pas que les appréciations du bilan de Jean-Paul II changent. Leur qualité dépend non seulement des différences idéologiques, mais aussi des transformations de la réalité qui influent sur les façons de penser. Si la pandémie Covid-19 ne disparaît pas rapidement, les paysages dans lesquels nous avons évolué jusque-là disparaîtront.

Ce qui finira c’est l’époque d’autosatisfaction, d’excès de tous genres et d’un individualisme poussé jusqu’à l’indifférence. À la place, viendra un temps de privations afin de préserver ce qui est essentiel, ce qui découle de notre statut vital auquel nous sommes tous soumis en tant que personnes fortuites essayant d’accroître les potentialités dont le Créateur a imprégné notre nature.

Et même si certains réfutent cette thèse, ils ne peuvent pas nier que la pandémie forcera le retour aux réflexes naturels et l’acceptation de la priorité à donner à ce qui est vraiment le plus nécessaire. Le paradis artificiel, créé par les systèmes communistes totalitaires et par la fantasmagorie postmoderniste aux arrière-goûts d’utopie, disparaîtra, lui, pour de bon.

Il nous faudra revoir à la baisse nos attentes et repousser la nostalgie du farniente, cette vie faite uniquement de moments de jouissance et d’autres types d’extases, à commencer par l’émerveillement intellectuel et esthétique jusqu’à celui érotique et celui lié à la multitude de propositions de divertissements et de plaisirs de la table. Nous perdrons même ce dont écrivait à la charnière du XVIe et du XVII siècle l’abbé Philippe Desportes : 

Pour tout plaisir se jouë avec un verre,

Ronfle à la table, ou s’endort sur la terre…

Alors oui ! Nous nous réveillerons – frustrés, à coup sûr – dans un espace culturel que nous avons d’ores et déjà oublié. Et il sera dans une large mesure proche de celui que Karol Wojtyła acceptait et chérissait, car issu de l’esprit d’une anthropologie chrétienne et d’une éthique ancrée dans la loi naturelle, et se confiant aux paroles de l’Évangile confirmant que le Messie attendu depuis des générations est Jésus de Nazareth, Dieu et homme (ce qui reste une offense aux yeux des non chrétiens, et des musulmans en particulier). Rien d’étonnant donc que je me retrouve personnellement dans cette nouvelle réalité, en ayant, en la personne de Jean-Paul II, un guide et un témoin de la vérité personnifiée dans le Christ.

J’ai entendu pour la première fois le nom de Karol Wojtyła dans ma jeunesse quand, avec le groupe de big beat « Cor unum », fondé et mené par le père Piotr Bożyk, je participais à un festival de musique à Cracovie. Karol Wojtyła est venu nous féliciter pour notre performance et j’ai senti chez lui une fusion entre sa perception de l’art et sa sensibilité théologique et philosophique. En approfondissant ma connaissance du personnage, j’ai compris que chez lui le mot théâtral découlait du mot pastoral, la passion de la montagne – de son ardeur de pèlerin, la fougue de rechercher la vérité par la raison – de son élévation mystique, la sensibilité à la pauvreté et à l’humilité – de la richesse de la création divine, cette Terre qui devrait nous servir à croître pour nous faire parvenir à la gloire du ciel. À cela s’ajoutait un style de vie poétique, en unité parfaite avec son engagement pastoral. 

Je n’imaginais pas à l’époque, tout comme nos grands romantiques qui nous ont précédés, que grâce à cet homme se concrétiseraient les rêves d’avoir un pape slave, mais c’est plus tard que j’ai compris que Jean-Paul II est devenu pour la majorité des Polonais et pour ma génération un modèle stratégique de vie.

Il a aidé à nous libérer du joug communiste, mais avant toute chose, il a conforté notre foi au sens d’une existence qui s’accomplit dans la symbiose avec les valeurs chrétiennes.

Peu à peu, je suis arrivé à la conviction que dans ma vie je devrais adopter le style de vie d’un prêtre, car c’est ainsi que je retrouverais cet espace existentiel plus à même de me permettre non seulement de développer ce que je trouvais le plus noble, quoique la plupart du temps caché, mais aussi d’acquérir des outils pour ne pas trop souvent penser à moi-même et pour diriger l’effort quotidien vers les autres. Un prêtre ne s’épanouit dans sa vie que quand il va à la rencontre du prochain ; être toujours à son service est l’essence même de sa vocation. 

Jean-Paul II m’a aidé à comprendre ce fait fondamental et m’a incité à le réaliser dans ma pratique quotidienne de scientifique et de prêtre. Il m’a montré les limites des concessions que je pouvais faire dans ma vie interpersonnelle et sociale. J’ai compris que ce qui délimitait ces frontières c’était l’enseignement du Christ au centre duquel il y a la nouvelle de la rédemption de l’homme et l’espérance de vivre le mystère de la Résurrection. Cette idée devrait primer sur toutes les intentions du quotidien. Tout ce que nous faisons doit, en effet, nous rapprocher de la vérité évangélique, dans la lumière de laquelle mûrissent les petites vérités de nos choix. Dans cette sphère, il faut pour autant éviter de tomber dans le fidéisme ou succomber aux tentations du protestantisme. 

.Le pape nous a sans cesse rappelé qu’il existait un fondement rationnel à notre foi et que personne d’entre nous ne croyait à tâtons ni ne pensait que la raison dérangeait la contemplation de la réalité et la confiance dans la volonté de Dieu, cachée sous la surface du langage religieux, dans le témoignage de Jésus et dans la Tradition. Non, la raison ne se tait jamais, même devant les apories et les dogmes de la foi les plus difficiles. Elle nous accompagne jusqu’au seuil du mystère, derrière lequel ne se passent que des choses de Dieu, indépendamment de nos inclinations subjectives. Souligner la « subjectivité de l’homme » conduit à la situation où il n’est pas en mesure de dépasser le niveau de ses impressions et tend à considérer son propre « à mon avis » comme le seul critère de comportement. Se délitent alors les liens interhumains, prolifèrent le chacun pour soi et le zéro responsabilité, et les consciences – normes suprêmes de conduite –, si elles ont été mal formées, prennent des formes caricaturales

Tout cela m’a amené à la conviction que la prêtrise prenait sa source des profondeurs du mystère de Dieu et que son but était de servir le peuple de Dieu sur le chemin nous menant tous au Christ. Par l’intercession de saint Jean-Paul II, j’implore Dieu de m’accorder sa grâce de remplir dignement cette heureuse obligation. Et aussi que nous, en tant que communauté nationale, nous soyons à la hauteur face aux tourbillons de l’époque postmoderne. Que nous ne perdions pas la faim d’être au plus près de l’autre, faim salutaire et emplie de l’espérance d’un monde meilleur.

Jan Sochoń

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