Marjorie PISANI: La désunion de l’Union. Entre émulation et émancipation

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La désunion de l’Union. Entre émulation et émancipation

Marjorie PISANI

Fascinée et passionnée par la culture et la langue polonaise. Doctorante en littérature polonaise. Durant deux ans, elle s'est perdue dans les méandres du reportage littéraire polonais. Aujourd'hui, elle nage entre les eaux de la littérature du réel et les romans de la fin du XIXe siècle. Elle vit à Lyon.

Ryc.Fabien Clairefond

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Récemment, je parcourais deux ouvrages sur l’histoire de la Pologne. Celui de Georges Mink, La Pologne au cœur de l’Europe de 1914 à nos jours (Buchet Chastel, 2015) et le second, celui de Daniel Beauvois, La Pologne. Des origines à nos jours (Éditions du Seuil, 2010). Si ces deux livres nous racontent l’histoire de ce pays de deux façons différentes, se concentrant sur les cent dernières années pour le premier alors que Beauvois tend à être plus exhaustif, les deux conclusions sont à mettre en parallèle, en cela qu’elles appellent toutes les deux à reconsidérer la position de la Pologne sur l’échiquier politique internationale. Mink cite Henri Grappin et son Histoire de Pologne de ses origines à 1900 : « A l’heure du règlement des comptes, [la démocratie de demain] songera qu’il est à la fois conforme au droit et conforme aux intérêts de la paix européenne de réaliser intégralement les vœux des Polonais. C’est plus qu’un devoir, c’est une nécessité ». Beauvois de terminer : l’ « histoire que l’Europe doit désormais écrire ne peut plus se concevoir sans l’histoire polonaise. Prêtons-y attention. »

Force est de constater qu’après les élections présidentielles et législatives de 2015, la Pologne s’est retrouvée au centre de l’attention, mais pas exactement pour les bonnes raisons. Si le torchon brûle entre Bruxelles et le gouvernement polonais, c’est parce que ce dernier est accusé de violer l’État de droit et d’agir contrairement au droit européen. Si certaines lois sont à revoir (je pense notamment à celle sur le droit à l’avortement et à disposer de son propre corps), cette façon d’agir ne serait-elle pas révélatrice d’une volonté de s’émanciper et d’appliquer les principes de nos deux auteurs précédemment cités ? La Pologne serait en train de se libérer, de se chercher une identité dans cette Europe en crise, et le modèle qu’elle propose ne pourrait-il pas être envisagé sous un autre angle ?

2018, année de célébration en Pologne, car commémorant les 100 ans de l’indépendance, sera aussi l’occasion de fêter les quatorze ans de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Quatorze ans, c’est l’âge auquel l’adolescent se pose des questions, nargue les figures d’autorité et s’expose à tous les dangers pour trouver ses limites. Elle a bien compris que sans l’Union européenne, sa stabilité économique et son avenir seraient autrement différents, mais elle a aussi envie de s’imposer dans les discussions et de faire entendre sa voix. La Pologne ne serait pas ce qu’elle est sans l’Union élargie, mais celle-ci ne serait pas non plus une entité aussi puissante sans les pays d’Europe centrale faisant partie de l’ancien bloc de l’Est.

Après avoir subi les dominations nazie et soviétique, elle aspire à être plus libre dans ces décisions. Sans vouloir diaboliser la présence de l’UE dans les débats actuels, ne pourrait-on pas y voir l’expression d’un désir de liberté et d’autonomie dans sa façon de gouverner le pays ? Les ingérences de Bruxelles, justifiées ou non, dans tous les processus décisionnels influent forcément sur la réaction des autorités. En tant qu’« adolescente européenne », la Pologne veut se défaire de cette figure tutélaire et tend à réagir violemment à ses propos. Si certaines actions sont discutables, tant sur la forme que sur le fond, l’UE aurait tout intérêt à écouter ses partenaires orientaux, à envisager leur conception européenne, à voir plus loin « que le bout de son nez ». Ce système doit être corrigé, réadapté aux réalités du XXIe siècle, les 28 États membres doivent faire front face aux autres puissances mondiales telles que la Russie ou les États-Unis. Plutôt que de se chercher des ennemis en son sein, l’UE devrait s’attacher à déterminer quels sont les nouveaux enjeux auxquels elle doit faire face et trouver comment créer une force commune, comment fédérer et comment tirer parti des erreurs du passé. Déjà en 1995, le Pacte de stabilité en Europe (Paris, 20 & 21 mars 1995) revendiquait le désir « de promouvoir et rendre irréversibles les acquis de la démocratie, du respect des droits de l’homme, de l’État de droit, du progrès économique, de la justice sociale et de la paix. » Les dix pays intégrés en 2004 sont, pour la plupart, des victimes collatérales de la Seconde Guerre mondiale et leur adhésion représente leur volonté de s’éloigner de l’empire russe au profit d’une économie occidentale, moderne et capitaliste. Les différentes lois, les traités ainsi que les accords européens avaient pour ambition des relations amicales et de « bon voisinage » entre les partenaires occidentaux et orientaux. Pourquoi cela se traduit-il aujourd’hui par cette chasse aux sorcières et par ce scepticisme, omniprésent de toutes parts ?

Rêver d’une Europe unifiée est un peu utopique. À l’image d’une famille nombreuse, de petites querelles n’auront de cesse d’avoir lieu, mais tant que tous les membres penseront pour le bien de leur communauté, des solutions existeront, et le rêve de se concrétiser …

.Je ne prétends pas détenir les réponses à toutes les questions que je pose ici, j’aspire seulement à modérer certaines positions face à la Pologne et à remettre en question plusieurs principes, prétendument acquis au nom de la Constitution. Cet article n’a pas pour objectif de faire les louanges de l’Union Européenne, ni de la blâmer. Le système présente ses propres failles, et ne constitue pas une fin en soi, mais en tant que citoyenne française, je suis aussi citoyenne européenne et très attachée aux valeurs qu’elle promeut. Je suis pour une Europe unifiée, élargie, mais une Europe qui sait donner la voix aux plus « petits » afin de nous faire grandir, tous ensemble.

Marjorie Pisani

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