Tõnu LEHTSAAR: Les universités d’Europe centrale forment les élites du futur

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Les universités d’Europe centrale forment les élites du futur

Tõnu LEHTSAAR

Psychologue estonien. Entre 2000 et 2016 professeur en psychologie religieuse à l’université de Tartu. Depuis 2017, il assure l’intérim au poste de président de l’Université de Tartu.

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Nous ne devrions pas nous étonner que les cinq dirigeants des pays qui fêtent avec nous le centenaire de l’indépendance de l’Estonie soient des diplômés d’ « universités nationales » – écrit Tõnu LEHTSAAR

Les murs de l’Université de Tartu ont été témoins de visites fréquentes de nombreuses personnalités étrangères et locales : monarches, dirigeants religieux et politiques, sans parler de grandes figures du monde scientifique ou artistique. Ce qui est symbolique, c’est que le festival Gaudeamus se tient, pour sa 18e édition depuis le premier qui a eu lieu en 1956, à Tartu, au moment où nous célébrons le centième anniversaire de l’indépendance de la République d’Estonie.

La musique chorale est très importante pour les Estoniens. Vers la fin du XIXe siècle, les festivals de musique, les festivals du chant sont devenus des moyens d’expression de notre identité nationale. Pour les Estoniens, être membre d’une chorale relève d’une activité culturelle par excellence. Les chorales et les festivals du chant jouent un grand rôle dans l’histoire du pays. Ce qui est intéressant, c’est que la musique chorale est importante pour la culture estonienne non seulement dans une dimension globale. En 1919, après le recouvrement de l’indépendance, il était naturel que ce soit à Tartu qu’allait naître l’idée d’organiser des festivals du chant.

Mais vu les cataclysmes politiques du milieu du XXe siècle, cette idée n’a pu se matérialiser qu’en 1956 – l’année qui marque la fin de la terreur stalinienne. Depuis, les festivals du chant successifs sont comme des bornes renvoyant à d’importants événements sociaux de notre pays. À l’époque, le répertoire comportait des chants obligatoires et idéologiquement corrects. Mais il y avait aussi de la place pour quelques chants nationaux et autres. C’était particulièrement visible lors des festivals de chanson estudiantine et des festivals du chant généraux.

Cependant, le rôle de l’Université de Tartu dans le façonnement de la nation estonienne n’était pas exceptionnel. Il n’y a rien d’extraordinaire qu’une université ait quelque chose à voir avec la construction d’une nation. Toutes les institutions de ce type ont des particularités similaires : ce sont les plus anciennes et souvent aussi les plus grandes universités du pays ; ce sont de vraies universités „universelles” ou pluridisciplinaires, englobant tous les principaux domaines de recherche; elles portent à travers l’histoire l’identité culturelle de nos pays. Nous ne devrions pas nous étonner que les cinq dirigeants des pays qui fêtent avec nous le centenaire de l’indépendance de l’Estonie soient des diplômés de ces universités-là. En commençant par la plus ancienne, je vais citer les noms de quelques diplômés éminents, pour montrer leur importance dans la vie politique et culturelle des pays de la région.

L’Université Jagellon de Cracovie a été fondée déjà en 1364 par le roi Casimir le Grand, ce qui fait d’elle la plus ancienne université de Pologne et la deuxième université la plus ancienne d’Europe centrale. Outre le président Andrzej Duda, non seulement son diplômé mais aussi chargé de cours à la Faculté de droit, il faut retenir l’astronome Nicolas Copernic et le roi polonais Jean III Sobieski. Karol Wojtyła, le futur pape Jean Paul II, y a étudié les lettres polonaises pendant un an.

L’Université de Helsinki – Helsingin yliopisto – fonctionne dans cette ville depuis 1829, mais elle a été fondée en 1640 en tant que l’Académie royale d’Åbo (Turku), appartenant à l’époque à l’empire suédois. Outre six anciens présidents de la Finlande, ses diplômés sont Elias Lönnrot, compilateur de l’épopée nationale Kalevala, le compositeur Jean Sibelius et les écrivains Mika Waltari et Frans Emil Sillanpää.

L’Université d’Islande – Háskóli Íslands – a été fondée par le parlement islandais Alpingi en 1911. L’université a joué un rôle important dans la construction de l’État national islandais. Les Islandais la percevait comme un pas important vers l’indépendance nationale. Comme pour témoigner de ce lien profond avec l’État, pendant les 29 premières années son siège se trouvait dans le bâtiment du parlement islandais à Reykjavik. Parmi ses diplômés ou anciens membres il faut citer entre autres deux premiers ministres, trois présidents, dont notre éminent invité, Son Excellence l’actuel président Gudni Jóhannesson.

Chacune des nations de la région possède une université qui porte officiellement ou officieusement le titre d’ « université nationale », appelée parfois « université d’État ».

L’Université d’État de Tbilissi Ivané Javakhichvili est la plus ancienne et la plus grande université de toute la région du Caucase. La fondation de l’Université de Tbilissi en 1918 a été l’un des plus grands exploits de la nation géorgienne après le recouvrement de l’indépendance et la proclamation d’un État national et démocratique. Parmi ses diplômés éminents se trouvent entre autres : le poète et musicien Boulat Okoudjava, le philosophe, écrivain et candidat au prix Nobel Giwi Margwelaszwili ainsi que six premiers ministre de la Géorgie. Y compris notre éminent invité Son Excellence Guiorgui Margvelachvili qui a obtenu la licence et le titre de docteur en philosophie à l’Université de Tbilissi.

L’Université de Lettonie – Łatwijas Universitate – fondée en 1919 est une vraie université phare de la nation estonienne. Son rôle dans la formation des élites politiques et culturelles ne saurait être sous-estimé. Outre l’ancien premier ministre de Lettonie, Valdis Dombrovskis, qui actuellement supervise la politique fiscale européenne en tant que vice-président de la Comnission européenne pour l’euro et le dialogue social, et qui, il y a quelques mois, a tenu un discours impressionnant. Sur la liste des diplômés de cette université j’ai trouvé au moins trois autres anciens premiers ministres et deux présidents, dont notre invité d’honneur, Son Excellence Raimonds Vējonis.

Ce bref aperçu illustre mon point de vue : l’éducation universitaire a une valeur de symbole – les nations capables de créer et de faire fonctionner de tels temples de l’enseignement supérieur ne doivent pas s’inquiéter pour leur survie et peuvent regarder l’avenir avec espoir.

Tõnu LEHTSAAR

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