Le Paris de la Grande Polonaise. Sur les traces de Marie Curie-Skłodowska

Chiara FERRARIS

Polono-italienne, élevée en Hongrie, diplômée en science de la culture à l’Institut de la culture européenne à l’Université de Łódź; productrice de télévision; vit à Paris depuis 2006.

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Chiara FERRARIS: Paryż Wielkiej Polki.
Śladami Marii Curie-Skłodowskiej

„Dans la vie rien est à craindre, tout est à comprendre”
Marie Curie-Skłodowska

.C’est la devise de l’une des plus récentes écoles dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Le collège Marie Curie est l’un parmi tant d’autres en France à porter le nom de la Prix Nobel.

À partir de données sur plus de 67 000 noms d’écoles, de collèges et de lycées, « Le Monde » a publié une liste de personnalités les plus honorées.

Au moins 360 écoles dans toute la France portent le nom de Marie Curie.

Parmi les femmes les plus célebrées, elle arrive troisième, après Jeanne d’Arc et sainte Marie. Chez les hommes, elle est devancée par des personnalités telles que Victor Hugo, Louis Pasteur, Jean Jaurès, Antoine de Saint-Exupéry ou saint Joseph. Il convient d’ajouter que juste derrière Marie, à la 13e position, se place son époux Pierre Curie, et que le top vingt est clôturé par Irène Joliot-Curie, fille de Marie et de Pierre, et par son mari Frédéric Joliot-Curie, occupant respectivement la 19e et la 20e place.

Lorsque, en 1891, Maria Salomea Skłodowska, alors âgée de 24 ans, arrivait chez sa soeur Bronia à Paris, elle ne pouvait savoir que la France deviendrait sa deuxième patrie et qu’à Paris et dans ses environs, elle passerait le reste de son existence. Elle voulait, une fois ses études terminées, retourner en Pologne pour y travailler comme institutrice. Mais la vie en a voulu autrement.

Paris a eu une énorme influence sur le destin de Marie Curie-Skłodowska mais son influence sur Paris n’en a pas été moindre. La preuve nous est fournie par de nombreux traces qu’elle a laissées derrière elle dans la capitale française.

La première adresse de Marie a été l’ancienne rue d’Allemagne, non loin de la Gare du Nord. C’est là que vivait la sœur de Marie avec son mari. La rue porte aujourd’hui le nom d’avenue Jean-Jaurès.

En novembre 1891, Marie a entamé des études à la Sorbonne, la plus ancienne université européenne, fondée en 1253. Elle s’est inscrite à la faculté des sciences où les matières dominantes étaient les mathématiques et la physique. Elle était l’une des 27 étudiantes parmi 776 étudiants de la faculté. Les femmes n’ont pu étudier à la Sorbonne qu’à partir de 1863.

Plusieurs années après, suite au décès de Pierre Curie, Marie est devenue la première femme professeur à la Sorbonne, en reprenant la chaire de physique de son mari. Cet événement a d’ailleurs été honoré récemment par une plaque commémorative apposée à l’entrée de l’amphithéâtre Georges Lefebvre, portant le libellé : « Dans cet amphithéâtre, le 5 novembre 1906, Marie Curie, première femme professeur à la Sorbonne, donna son premier cours. Association Curie et Joliot-Curie, décembre 2011 ».

Bien que la distance qui séparait l’appartement de la rue d’Allemagne de la Sorbonne ne soit que cinq kilomètres, il fallait à l’époque environ une heure pour la parcourir. En plus, la sœur de Marie, Bronisława, avec son mari Kazimierz Dłuski, tenaient dans leur appartement un cabinet médical ce qui empêchait Marie de se concentrer sur les matières étudiées.

C’est la raison pour laquelle, en mars 1892, elle a déménagé dans une chambre meublée de la rue Flatters dans le Quartier latin. Cet endroit, quoique modeste, était plus calme et se trouvait beaucoup plus près de l’université. Marie partageait ses journées entre la faculté, le laboratoire et le temps d’études à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

En 1893, elle a obtenu sa licence en sciences physiques. Une bourse lui a été attribuée lui permettant de poursuivre ses études à Paris. L’année suivante elle a obtenu sa licence en sciences mathématiques et fait la connaissance de son futur mari Pierre Curie. Un endroit important dans leur vie deviendra dès lors Sceaux.

Sceaux est une commune et une localité de la banlieue sud de Paris. Le RER B qui la relie au Quartier latin ne prend qu’une petite demi-heure aujourd’hui. À Sceaux, rue des Sablons (actuellement rue Pierre Curie), se trouve la maison familiale de Pierre Curie. Et c’est dans la mairie locale que Marie et Pierre, en 1895, se sont unis par les liens du mariage.

Sur la façade du bâtiment de la rue de la Glacière, dans le XIIIe arrondissement, se trouve une plaque portant l’inscription : « En 1898, Pierre et Marie Curie habitaient cet immeuble lorsqu’ils découvrirent le radium à l’École supérieure de Physique et de Chimie de Paris ».

C’est là qu’ils ont vécu après leur mariage. Après la naissance de leur première fille Irène, ils ont décidé de déménager dans une maison qui se trouvait à proximité, boulevard Kellermann. Ils y sont restés jusqu’au moment où leur histoire d’amour a été brutalement stoppée par la mort de Pierre en 1906, renversé par une voiture à cheval rue Dauphine, près du Pont Neuf à Paris.

Après ce tragique épisode, Marie avec ses filles revient vivre à Sceaux, dans la maison de la rue Chemin-de-Fer (aujourd’hui Jean Mascré), entre 1907 et 1912.

Quand les déplacements à Paris sont devenus pénibles, Marie a décidé de déménager à la capitale. Sa nouvelle adresse parisienne était 36, quai de Béthune sur l’île Saint-Louis où elle a vécu entre 1912 et 1934, comme en témoigne aujourd’hui une plaque apposée au bâtiment. Marie Curie-Skłodowska est morte en 1934 au sanatorium de Sancellemoz situé à Passy en Haute-Savoie. Elle a été inhumée au cimetière de Sceaux, aux côtés de son mari et son beau-père. Dans ce cimetière se trouve également la tombe de sa fille Irène et de son mari.

Ce n’est qu’en 1995, sur décision du président de l’époque, François Mitterrand, en présence du président polonais Lech Wałęsa, ses restes ont été transférés au Panthéon.

Marie Curie-Skłodowska est la première femme à entrer au Panthéon pour ses propres mérites. Elle a été le plus liée au Ve arrondissement de Paris. Là-bas, dans le laboratoire de la Prix Nobel se trouve le Musée Curie, au 1, rue Pierre et Marie Curie. On peut toujours visiter et les laboratoires chimiques et le bureau où elle a travaillé.

Littéralement à l’angle de la maison se trouve la rue d’Ulm où en 1909 a commencé la construction de l’Institut du Radium, terminée en 1914, à l’aube de la Première Guerre mondiale. Son but était d’étudier la radioactivité et ses applications en physique, chimie, biologie et médecine. En 1920, a été constituée la fondation Curie sous l’égide de l’Institut du Radium et de l’Institut Pasteur, avec un concours financier d’Henri Rothschild. Elle devait soutenir l’activité de recherche de l’Institut du Radium et faciliter aux patients l’accès aux soins médicaux dans les meilleures conditions possibles.

L’Institut du Radium et la Fondation Curie ont fusionné en 1970, donnant naissance à l’Institut Curie qui fonctionne jusqu’à nos jours et dont le siège se trouve toujours rue d’Ulm. C’est une fondation qui s’occupe de la recherche dans le domaine de la cancérologie et des traitements des cancers.

Tous les ans depuis 2004, au mois de mars, les Français épinglent des jonquilles au revers de leurs vêtements, y compris les présentateurs télé. Ils se mobilisent ainsi pour une action à l’échelle nationale portant le nom de « Une Jonquille pour Curie ». C’est un signe de soutien aux patients, médecins et chercheurs de l’Institut Curie, on organise à cette occasion une collecte de fonds pour la recherche et la lutte contre les cancers.

En 1967, Antoine Lacassagne, médecin et biologiste, qui a collaboré avec Marie Curie, soulignait que « la découverte de Marie Curie a produit, en chaîne, de multiples découvertes et ne cessera jamais d’en produire ». Aujourd’hui encore, 150 ans après la naissance de la chercheuse polono-française, on peut dire qu’il n’avait pas tort. Le souvenir de Marie Curie-Skłodowska et de toute sa contribution à la science est toujours vivant à Paris.

Chiara Ferraris

Pour rédiger ce texte, je me suis appuyée sur les ouvrages suivants : „Marie Curie”, Janine Trotereau, Gallimard 2011, „Marie Curie: Portrait d’une femme engagée 1914-1918”, Marie-Noëlle Himbert, Éd. de la Loupe 2015, „Marie Curie derrière la légende”, Robert Reid, Seuil 1983

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