Natacha HENRY, Marie DUTREIX: #Curie2017. Débat à Krynica. Un débat à deux voix sur la grande Prix Nobel polonaise

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#Curie2017. Débat à Krynica. Un débat à deux voix sur la grande Prix Nobel polonaise

Marie DUTREIX

Directrice de Recherche CNRS, à l’Institut Curie. Radiobiologiste. Elle a une formation de généticienne et travaille depuis toujours sur les mécanismes d’adaptation et de résistances aux environnements extrèmes (en particulier aux radiations). Présidente de la Société Française du Cancer, chevalier de l’ordre National du Mérite, membre du conseil scientifique de l’université d’Oxford, fondateur de la société DNA therapeutics, fondateur de l’Institut des systèmes complexes, partenaire du projet de recherche Marie Curie ITN dédié aux «Radiation Innovations pour la Therapie et l’ Education" RADIATE.

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Natacha HENRY

Elle est historienne et journaliste, diplômée de Paris IV et la London School of Economics. Elle a publié huit ouvrages dont deux essais, deux enquêtes et trois biographies, e.a. "Les Sœurs savantes, Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l'histoire" (2015, La Librairie Vuibert).

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Relation d’une discussion à deux voix, tenue lors du débat #Curie2017 durant le Forum Économique de Krynica par deux éminentes Françaises : Natacha HENRY i Marie DUTREIX

Natacha HENRY: – Ce qui paraît important dans la perspective d’aujourd’hui, c’est le fait qu’alors soit apparue une personne comme Marie Curie-Skłodowska, qui n’avait pas peur de  transgresser les frontières et de dévoiler aux autres ses centres d’intérêt scientifiques.

La France admire Marie Curie-Skłodowska. Beaucoup de gens ne font pourtant qu’apprendre que cette personne, pour qui ils ont une si grande admiration, est une Polonaise. Nous voulons changer cet état des choses, rappeler aux Français qui était Marie Curie-Skłodowska.  Il ne faut pas non plus oublier que Marie avait aussi une sœur et qu’elles étaient très proches l’une de l’autre, tant sur le plan personnel que scientifique. La sœur de Marie est arrivée à Paris plus tôt, au moment où la Sorbonne ne faisait que s’ouvrir aux femmes. Mon livre sur Marie Curie-Skłodowska montre également la solidarité d’un groupe, d’un collectif. Cette génération – je l’analyse évidemment du point de vue français – est une période très importante pour le mouvement intellectuel aussi bien en France qu’en Pologne.

Marie Curie-Skłodowska est de mieux en mieux connue aujourd’hui des jeunes Français. Quand je rédigeais le livre, les gens en France me disaient qu’ils admiraient cette scientifique. Le plus souvent, une telle admiration concerne Paris, d’excellents artisans etc. Il s’avère pourtant que pas seulement – de nombreux Français accordent du respect à cette femme qui en somme n’a eu que deux robes, une noire et une blanche, qui n’étaient pas dans l’esprit « glamour », de mise aujourd’hui.

Ce qui me paraît le plus important dans le portrait de Marie Curie-Skłodowska, et ce sur quoi je voudrais attirer particulièrement l’attention, c’est le fait que Marie Curie-Skłodowska était dévouée jusqu’au bout à sa passion, à ses ambitions. On peut l’apercevoir dans sa décision d’épouser quelqu’un qui partageait entièrement cette passion avec elle. Cela devait être une expérience formidable, ce dont les Français se sont rendu compte et ce qui continue à être l’objet aussi de leur fascination pour ce personnage hors pair.

Marie DUTREIX: – Il y a beaucoup de lycées portant le nom de Marie Curie, mais dans de nombreuses villes française il y a aussi au moins une rue Marie Curie, ou très souvent d’ailleurs, une rue Marie et Pierre Curie.

Nous devons le dire ouvertement : pour les Français, Marie Curie-Skłodowska est un grand symbole de la réussite, du succès en science.

C’est grâce à cette carrière scientifique que Marie Curie jouit de sa notoriété mondiale et française. C’est, me semble-t-il, le plus important point, reconnu par tous les Français qui sont évidemment fiers du fait que c’est en France que Marie Skłodowska a fait carrière.

Ce qui fascine, c’est que personne ne lui a fait la vie facile, bien au contraire. En Pologne, c’était impossible, mais en France, cela n’était pas facile non plus pour une jeune fille. Elle était une femme et une étrangère – quand elle tentait d’obtenir un poste plus élevé, on lui disait d’attendre, la chaire qu’elle s’est vu attribuer était en fait celle de son mari défunt. Ça a été un choc pour la communauté scientifique fermée, dominée par des hommes, de voir qu’on lui a décerné un Prix Nobel.

Tout cela suscite de l’admiration pour l’intelligence de Marie Curie-Skłodowska. Elle a accompli de grandes choses pour surmonter – un par un – ces obstacles et parfois tout simplement pour ne pas les voir, passer outre.

Il ne faut pas oublier que ce qui explique le respect des Français envers Marie Curie-Skłodowska, constitue l’exemple pour toutes les femmes : on peut faire carrière dans des domaines tels que la physique pour lesquels, nous semble-t-il, les femmes ne sont pas douées. On peut faire des études, on peut faire honneur à son pays – non seulement à la Pologne mais également à la France. Marie Curie-Skłodowska a servi aussi le peuple – ses découvertes ont été utilisées sur les champs de bataille durant la Première Guerre mondiale. Et souvenons-nous que l’armée en France n’est pas spécialement ouverte aux femmes.

Deux Prix Nobel ont fait que Marie Curie-Skłodowska a pu travailler aussi dans les difficiles conditions de la guerre. Connaissons-nous tous en détail l’histoire de la famille ? Ce serait une bonne idée de revenir sur les autres membres de la famille de Marie Curie.

L’histoire de Marie Curie-Sklodowska est une excellente base pour notre action d’aujourd’hui et de demain qui consiste à renforcer la coopération scientifique entre la France et la Pologne.

Je suis allée vérifier, à l’ambassade de France en Pologne, à Varsovie, s’il existait des données concernant la coopération scientifique entre nos deux pays. Au temps de Marie Curie-Skłodowska les découvertes et les publications ont été un important facteur témoignant de la qualité et de l’intensité des travaux menés. De nombreux Français et Polonais ont copublié des articles ou des ouvrages. Qu’en est-il d’autres nations ? Avec qui les Polonais copublient-ils le plus volontiers et le plus souvent ? J’ai appris que les Français occupaient la troisième position.

Les premiers arrivent évidemment les Américains – on le sait bien, ils ont l’avantage en nombre sur les scientifiques français et polonais. Tous les pays du monde en effet publient le plus avec les Américains ; il faut ici prendre en compte le nombre de laboratoires et d’ateliers. Les deuxièmes, ce sont les Allemands, c’est un proche voisin et c’est aussi l’histoire – parfois difficile. Et en troisième position arrivent les Français. Géographiquement, c’est tout de même un pays lointain. On aurait pu s’attendre de voir ici l’Angleterre, où un autre pays européen ou asiatique, la Chine notamment.

Cela signifie qu’il existe de très forts liens scientifiques entre la Pologne et la France qui devraient être renforcés, mais je constate que d’ores et déjà, grâce aussi à des rencontres telles que celle de Krynica, cela fonctionne réellement.

Il y a encore une autre chose dans les relations polono-françaises qui fonctionne bien : les bourses Marie Curie ayant pour but de promouvoir les échanges entre tous les pays européens. Les doctorants peuvent suivre leur formation en Pologne et soutenir leurs thèses dans un autre pays européen.

À l’Institut Curie, nous recevons énormément de demandes : beaucoup de femmes veulent étudier, surtout la cancérologie et la radiologie. Nous avons beaucoup d’excellents étudiants qui viennent en France avec déjà une bonne éducation acquise en Pologne. Ils peuvent aussi préparer leurs thèses en France, comme l’a fait Marie Curie, mais on est bien conscients que beaucoup d’entre eux retourneront en Pologne pour travailler dans les laboratoires polonais. Ainsi, avec le soutien de l’Europe, on peut créer des connexions qui permettront la coopération entre laboratoires grâce à la coopération de nos étudiants. La Pologne n’a pas là à rougir de honte. Cette coopération entre nos deux pays va se développer.

Établi par Michał Kłosowski

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