Mateusz MORAWIECKI: Solidarité – quelques réflexions pour un jubilé

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Solidarité – quelques réflexions pour un jubilé

Mateusz MORAWIECKI

Premier ministre de la République de Pologne.

Ryc.Fabien Clairefond

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« Solidarité » ne reste pas qu’une page de l’histoire de la nation polonaise. Nous devons en faire un projet pour l’Europe tout entière.

Il y a quarante ans, en ces chauds mois d’été 1980, le visage de l’Europe était très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le « rideau de fer » qui coupait le continent en deux était plus qu’une ligne métaphorique reflétant une division politique. Il séparait en réalité les pays libres et démocratiques de ceux qu’on avait privés de souveraineté et entièrement assujettis à l’empire soviétique.

Parmi les pays laissés après la guerre sous le protectorat du pouvoir communiste se trouvait ma patrie – la Pologne. La Pologne qui, en résultat de la 2e Guerre mondiale, avait perdu presque six millions de ses citoyens, dont la moitié étaient des citoyens d’origine juive. Une catastrophe dont – humainement parlant – nous n’étions pas censés nous remettre.

Mais nous ne nous étions pas laissé abattre. Après la guerre, en ce temps de soumission que fut la période de la République populaire de Pologne, les Polonais n’ont jamais abandonné leur quête de souveraineté, de liberté et d’indépendance. Nous n’avons jamais accepté cette injustice historique. D’où les tentatives successives de révolte contre le régime soumis à Moscou. Elles ont toutes échoué. À chaque fois, le pouvoir communiste pacifiait dans le sang la désobéissance civile, en continuant toujours plus d’espionner la population et de censurer l’expression de la liberté dans l’art et la littérature. Chaque nouvelle révolte apportait aussi son lot de victimes. Mais l’espoir ne s’éteignait jamais.

Le fruit de cet espoir fut août 1980 – un véritable tournant, un phénomène inimaginable à l’échelle du bloc soviétique qui a suscité étonnement et admiration à travers le monde. Après une série de grèves ouvrières dans les chantiers navals et d’autres usines dans tout le pays, le parti communiste despotique a dû fléchir. Il a alors autorisé la naissance d’un premier syndicat autogéré et indépendant du pouvoir derrière le rideau de fer. Ainsi est née « Solidarité ». D’un point de vue formel, c’était une organisation syndicale, mais elle constituait en fait un mouvement social national réunissant des millions de Polonais en une communauté emplie de foi. D’où cette foi nous venait-elle ? Nous la puisions, et nous continuons à le faire aujourd’hui, de notre tradition politique pluriséculaire : de l’amour de la liberté et de la démocratie. De l’attachement à l’Europe dont la Pologne fut une part active depuis mille ans. Mais aussi de l’impulsion qu’a suscité dans la société polonaise le pape Jean-Paul II. Son élection au Saint-Siège fut pour les Polonais une source intarissable d’espérance et de force.

Aujourd’hui, 40 ans plus tard, il est clair que « Solidarité » fut la pierre qui a déclenché l’avalanche. Le rideau de fer est tombé en 1989. Grâce à « Solidarité », la Pologne s’est libérée de la tutelle soviétique et l’Europe a pu redevenir une entité pleine et entière.

Les idéaux de « Solidarité » restent vivants. Nous, les Polonais, nous les avons conservés non pas comme des artéfacts de musée mais comme des valeurs de référence définissant la qualité de la vie publique, une sorte de modèle auquel nous aspirons. Mais la solidarité, c’est plus qu’une revendication sociale et politique. C’est une forme d’existence palpable dans les gestes et les comportements de tous les jours. Les mots de Jean-Paul II résonnent toujours dans nos oreilles : « Il n’y a pas de liberté sans solidarité ». Et nous savons aussi qu’il n’y a pas de solidarité sans amour, et sans ces deux-là – il n’y a pas d’avenir non plus.

Quand nous affrontons des catastrophes naturelles – inondations, cataclysmes, incendies, tornades – la solidarité devient non seulement l’un des principes majeurs de notre action mais tout simplement une condition de survie. Nous avons pu l’observer et nous l’observons toujours dans notre lutte contre la pandémie de coronavirus. Le dévouement exemplaire et sans conditions de nos médecins, secouristes, policiers, pompiers, pharmaciens, mais aussi vendeurs, enseignants, entrepreneurs et milliers de simples citoyens, leur altruisme sincère, l’empathie, le rejet de la peur et de l’égoïsme ont permis de nous rappeler ce que la solidarité veut dire en pratique.

Mais elle est une vertu trop précieuse pour nous la rappeler uniquement en temps de crise. Ses idéaux devraient se refléter au quotidien dans notre bienveillance, hospitalité, ouverture ou compréhension. Pour cela, il suffit de nous pencher sur notre propre existence en faisant ressortir au grand jour toutes ces qualités de notre personnalité.

Celui qui aura trouvé en lui-même cet esprit de la solidarité comprendra qu’il ne peut pas se limiter à sa sphère individuelle. Le solidarisme nécessite une communauté, car c’est en elle qu’il s’accomplit pleinement. C’est pour cette raison que nous devrions en faire une règle fondamentale de notre vie commune. Nous nous en rendons compte plus particulièrement aujourd’hui, quand des millions de Polonais, tout comme les habitants des autres pays d’Europe, ont à affronter les conséquences économiques de la pandémie. Le confinement radical de la propagation du virus et la mise en place d’une courageuse stratégie anticrise protégeant à la fois les entrepreneurs, les salariés, leurs familles et les collectivités locales n’auraient jamais été possibles si la primauté de la solidarité n’avait pas guidé nos pas.

Le même esprit est nécessaire à l’Europe d’aujourd’hui. C’est ensemble que nous avons pris ce virage, et c’est ensemble que nous devons nous en sortir – comme une communauté fortifiée. Il est donc primordial qu’en ce temps d’épreuve notre capacité à coopérer l’emporte sur nos égoïsmes. Nous désirons une Europe forte, tout comme nous désirons une Pologne forte. Je suis convaincu que nous serons capables de façonner notre avenir commun si seulement l’héritage de « Solidarité » est affirmé comme fondement de notre action.

C’est pourquoi, 40 ans après ce mémorable mois d’août 1980, notre tâche majeure sera de faire en sorte que, surtout aux yeux du monde, « Solidarité » ne reste pas qu’une page de l’histoire de la nation polonaise. Nous devons en faire un projet pour l’Europe tout entière. La solidarité est donc notre proposition pour les décennies de croissance devant nous. Les relations entre les États membres de l’UE – indépendamment de leur taille et de leur potentiel économique – devraient prendre pour modèle les relations entre les gens. Et celles-ci, de manière naturelle, sont façonnées selon le principe de solidarité. C’est seulement ainsi que nous construirons un meilleur avenir de l’Europe.

Mateusz Morawiecki

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