Mateusz MORAWIECKI: Une économie forte au service de la sécurité Mateusz MORAWIECKI: Une économie forte au service de la sécurité

Une économie forte au service de la sécurité

.La Pologne est un des premiers pays européen à retrouver le chemin de la croissance rapide. Son PIB au second trimestre 2021 a d’ores et déjà dépassé le niveau d’avant la pandémie. Non seulement la relance a eu lieu plus vite que prévu, mais elle a aussi prouvé l’efficacité des mesures anti-crise mises en place. La stabilité des finances publiques a permis de créer un coussin budgétaire à même de préserver les intérêts de milliers d’entreprises et de millions de salariés. On a réussi à sauver tant les emplois que l’augmentation des salaires, car sans des hausses réelles de ces derniers, le PIB croissant serait un indicateur vide, un piège porteur de menaces pour la politique sociale et l’économie.

Après 1989, la croissance que la Pologne a connue pendant de longues années ne s’est traduite que très partiellement par l’augmentation des salaires. Au lieu d’une économie dont le noyau serait la solidarité, nous avons eu affaire à une économie plus encline à se soumettre à la domination des plus-values et, donc, condamnée à produire des inégalités. Le « Nouveau Deal » polonais, mis en œuvre par le gouvernement que je préside, se propose de pallier cette situation. Nous voulons que les fruits de la croissance soient partagés dans le respect de la justice sociale et que les salaires des travailleurs polonais commencent enfin à rattraper le niveau européen. Puisque la Pologne tient absolument à figurer parmi les leaders européens du développement, elle doit s’écarter du modèle basé sur la réduction des coûts du travail et fondant sa compétitivité sur la main d’œuvre bon marché. 

Le gros du travail a déjà été fait ces dernières années. Par rapport à la hausse des salaires, la Pologne se situe parmi les pays de tête au sein de l’OCDE : le salaire moyen y a augmenté de 25% depuis 2015, alors que la moyenne de l’OCDE pour cette période est de 5% seulement. Notre taux de chômage est un des plus bas de l’UE. Tout cela s’accompagne d’une hausse de la productivité du travail : de 2015 à 2019, elle a augmenté de 5% environ chaque année, ce qui constitue le meilleur score de tous les pays de l’OCDE.

La vitesse de sortie de la récession post-pandémique est un signal que l’économie polonaise a évolué dans la direction voulue. Elle est désormais prête à affronter les défis du monde contemporain. Le déclenchement de processus de réindustrialisation dans le cadre de la Stratégie pour le développement durable s’est avéré salutaire dans le contexte de l’épidémie qui a le plus touché le secteur des services. Nous devons cependant être conscients que d’autres phénomènes globaux négatifs qui se profilent à l’horizon pourront efficacement ralentir la relance. À ce titre, la déstabilisation de la situation au Proche-Orient est particulièrement préoccupante ; elle peut déclencher des changements en cascade dans la région et avoir un impact négatif planétaire, d’autant plus que, visiblement, l’hégémonie des États-Unis tire à sa fin. Comme la géopolitique a horreur du vide, la place occupée jusque-là par les Américains sera récupérée par quelqu’un d’autre, ce qui se traduira par un changement de la constellation des intérêts globaux.

Il n’est donc guère étonnant que nous ayons aujourd’hui affaire à une restauration de la réflexion sur l’économie comme un des fondements de la sécurité des systèmes politiques et des États. Comme dans la première moitié du XXe siècle la puissance d’un État était mesurée à son potentiel militaire, au XXIe elle le sera à son niveau d’avancement technologique.

Il serait pourtant une erreur de considérer que l’accroissement du potentiel économique peut invariablement se faire selon les principes néolibérales. Si nous voulons placer l’économie au centre de notre réflexion sur la sécurité, nous devons nous fonder sur la synergie du marché et de l’État. Que se passe-t-il si l’État abandonne l’économie alors que beaucoup de ses institutions sont inefficaces ? L’exemple de la Pologne qui a longtemps vécu sous la férule du néolibéralisme en est la réponse : au lieu de favoriser le développement du libre marché, l’État était générateur de perturbations de la concurrence et de l’essor incontrôlé de la criminalité fiscale dont témoigne entre autres la prolifération de mafias à la TVA.

Le talon d’Achilles de la Pologne a d’ailleurs toujours été son système fiscal avec ses nombreuses failles. Nous ne nous sommes réveillés de cette léthargie qu’il y a quelques années, en démontrant que c’est bien à l’État qu’incombe le rôle central dans la reconstruction de l’efficience de son économie. Les négligences en la matière étaient si grandes que payer en toute honnêteté ses impôts était pris en Pologne pour une aberration. Pour réparer les finances publiques, un changement d’attitude s’imposait, mais il n’était pas suffisant. Il fallait, en effet, mettre en œuvre des solutions concrètes afin de colmater le système des impôts. Pour cela, nous avons créé l’Administration fiscale nationale, tout en misant sur la numérisation du processus de contrôle. Les résultats ne se sont pas fait attendre. D’un niveau de 24%, le trou de la TVA a chuté à 12%, donc de moitié. Si on ajoute à cela une administration fiscale efficiente, on comprend que le champ de manœuvre de l’État en matière de politique sociale n’a dû que s’élargir. En effet, la Pologne a été capable d’atteindre d’un coup trois objectifs qui semblent s’exclure : mener une ambitieuse politique sociale et d’investissements, tout en réduisant les charges fiscales et le déficit budgétaire.

.Avoir réduit la dette publique et instauré un système des finances publiques efficient ont permis à l’État de réagir de manière appropriée à la crise économique. Le dispositif de soutien sous forme de bouclier anticrise et de bouclier financier mis à disposition des salariés et des entreprises s’est avéré crucial pour préserver les emplois, les programmes sociaux clé et les investissements infrastructurels. C’est presque une preuve expérimentale : si on répare le système fiscal, la sécurité du pays se voit automatiquement renforcée.

Mateusz Morawiecki

This content is protected by copyright. Any further distribution without the authors permission is forbidden. 08/10/2021

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