Nicolas BAY: Ces élections européennes constituent un enjeu particulier

Ces élections européennes constituent un enjeu particulier

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Nicolas BAY

Conseiller régional de Normandie, député européen français des 8ème et 9ème législatures, et vice-président exécutif du parti Reconquête. Membre du groupe politique européen des Conservateurs et Réformistes.

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Il y a une amitié Franco polonaise très ancienne qui s’appuie sur une culture commune, bien sûr, sur une religion commune, sur des moments clés de notre histoire où nous avons été solidaires de la Pologne et réciproquement.

Nathaniel GARSTECKA: Monsieur le député, la participation aux élections européennes dépasse rarement 50%, comment convaincre les électeurs d’aller y voter ?

Nicolas BAY: Il faut leur montrer qu’il y a cette année, à l’occasion de l’élection européenne, un enjeu particulier. Le sentiment qu’ont les électeurs, c’est souvent que les élections européennes sont un scrutin qui ne sert au final pas à grand-chose, avec peu d’incidence sur ce qui sera décidé à Bruxelles. Pourtant, les Français ont conscience que l’essentiel de nos lois votées à l’Assemblée nationale sont des transpositions de directives européennes ou des transpositions de recommandations de la Commission européenne. Il y a donc un enjeu majeur puisqu’une bonne partie du pouvoir aujourd’hui, et on peut le déplorer d’ailleurs, est à Bruxelles. Là où ces élections européennes de juin constituent un enjeu particulier, c’est que pour la première fois, sans doute depuis le traité de Maastricht et depuis le moment où on a été plus loin dans l’intégration européenne, on a la possibilité de changer les équilibres au Parlement européen. Jusqu’à présent, c’est une coalition qui rassemble les socialistes, les libéraux (avec Emmanuel Macron) et le PPE (où siège LR), qui constitue un bloc majoritaire qui décide de toutes les orientations, en l’occurrence des mauvaises orientations actuelles de l’Union européenne.

Avec nos alliés du groupe CRE que j’ai rejoint il y a quelques semaines et qui compte déjà près de 70 députés, nous pouvons devenir la troisième force du Parlement européen au lendemain des élections européennes. Comme nombre de nos alliés sont au pouvoir, comme en Italie, en Tchéquie, en Finlande ou en en Suède, nous pouvons avoir à la fois un groupe qui pèse au Parlement européen, avec un rôle pivot pour constituer des majorités de projets thème par thème, et une alliance qui a des relais suffisamment importants au Conseil pour user du droit de veto sur les décisions les plus importantes ou constituer, avec d’autres pays, des minorités de blocage. C’est la garantie de peser. En clair, on peut faire demain une Europe différente de celle d’aujourd’hui, différente dans son fonctionnement et différente dans ses orientations politiques.

Les institutions européennes semblent tendre vers un centralisme qui n’était pas initialement prévu par les Traités. Cette direction peut-elle encore être modifiée ?

En réalité, le traité de Lisbonne a beaucoup de défauts, mais il définit assez clairement quelles sont les compétences de l’Union européenne et quelles sont celles qui restent la prérogative des États membres. Le problème est que la Commission européenne outrepasse en permanence ses droits et ses prérogatives. On l’a vu sur la santé pendant la crise COVID et dans les conséquences de celle-ci : il y a une volonté, dès que l’occasion se présente, de la Commission européenne d’étendre ses pouvoirs, y compris en-dehors du cadre des traités, et de mettre les États sous tutelle. Autre exemple que l’on a constaté aussi pendant toute cette mandature, lorsqu’il s’agit de persécuter les gouvernements conservateurs, que ce soit en Hongrie ou en Pologne : la Commission européenne intervient hors de son champ de compétence. Lorsque ces États veulent modifier l’organisation de leur système judiciaire ou qu’ils veulent refuser la propagande „LGBT” dans les écoles, deux compétences nationales, aussitôt la Commission européenne les attaque avec des prétextes fallacieux et leur fait du chantage financier.

Elle étend ainsi ses compétences, en profitant, grâce à son rôle de garante des traités de l’UE, de l’article 2 du traité sur l’Union européenne. Cet article liste les valeurs de l’Union, qui ne sont pas réellement définies. Ce sont juste de grands principes. Elle en profite donc, s’appuyant aussi sur la Charte des droits fondamentaux et avec la complicité de la CJUE, pour intervenir dans les politiques internes des États membres. Il faut mettre fin à cette dérive. En résumé, il faut diminuer considérablement les pouvoirs de la Commission européenne. La question se pose peut-être même de supprimer la Commission européenne sous sa forme actuelle. Il faudrait faire en sorte que les institutions démocratiques, le Conseil, c’est-à-dire les chefs d’État et de gouvernement qui ont la légitimité des urnes, et le Parlement européen, élu à la proportionnelle, aient réellement le pouvoir politique, et non plus la Commission européenne composée de commissaires non élus, que personne ne connaît, avec à sa tête Ursula von der Leyen, qui a été choisie dans le cadre d’un accord opaque entre Angela Merkel et Emmanuel Macron. On ne peut pas laisser l’institution qui a le moins de légitimité démocratique avoir autant de pouvoir.

Dans ce cas, il faudrait le faire avant que la Commission ne devienne, je cite, un „véritable exécutif européen”.

Le vrai enjeu pour nous, et nous partageons totalement cette analyse avec nos alliés européens, Fratelli d’Italia, Droit et Justice en Pologne, etc… c’est qu’il faut transformer la Commission européenne, qui a aujourd’hui un pouvoir exécutif, en simple exécutant des décisions du Conseil et qu’on ait des coopérations qui soient vraiment consenties par les États membres, sans d’ailleurs que l’on fasse tout nécessairement à 27.

Aujourd’hui, il y a un débat. Les fédéralistes veulent aller toujours plus loin et constituer un super État bruxellois. Dans cette logique, ils veulent supprimer la règle de l’unanimité des décisions au Conseil pour forcer la main aux États membres qui ne seraient pas d’accord. Nous, nous pensons exactement le contraire. Nous pensons que la règle de l’unanimité a certes ses défauts, quand des décisions, qui doivent toutes être prises à 27, aboutissent souvent à un manque de réactivité et d’agilité. Plutôt que de remettre en cause les souverainetés nationales en supprimant la règle de l’unanimité, il faut simplement que ces coopérations européennes ne se fassent plus nécessairement à 27 et que cela se fasse au cas par cas, en fonction des choix démocratiques et souverains de chaque État. Ce système-là a d’ailleurs déjà été expérimenté lorsqu’on a fait Schengen ou l’euro, indépendamment du fait si ce sont des succès ou non. On a fait des coopérations européennes sans nécessairement y associer tous les États membres, c’est la preuve que c’est parfaitement possible.

Plusieurs spécialistes défendent le principe de Pacte migratoire européen, argumentant que les Etats seuls ne sont plus en mesure de négocier, que nous avons besoin d’un cadre commun qui pourra ensuite être durci si une majorité conservatrice émerge des élections européennes. C’est la position de Giorgia Meloni. Quelle est la vôtre ?

En réalité, le pacte migratoire et le pacte vert sont les deux grands échecs d’Ursula von der Leyen. Le pacte migratoire, qui livre le continent européen à l’immigration de masse et à la répartition obligatoire des migrants avec des amendes pour les États récalcitrants, et le pacte vert, qui aboutit à imposer à nos entreprises, nos industriels et nos agriculteurs des normes qui ne sont pas des normes environnementales, qui sont en réalité des normes à prétexte environnemental. Souvent, ces normes n’ont aucune conséquence réelle sur l’environnement et elles n’ont de conséquences, s’agissant des normes agricoles, que négatives sur la sécurité alimentaire. Elles sont simplement destinées à satisfaire l’agenda des écologistes punitifs, qui rêvent de décroissance, d’infliger des normes toujours plus élevées, ou d’ajouter ce que la Commission européenne appelle „les ressources propres”, c’est à dire des taxes et une fiscalité européenne qui vient s’ajouter à la fiscalité nationale qui est souvent déjà confiscatoire. Ces normes sont des freins et des coûts pour nos entreprises, elles les empêchent d’être compétitives sur la scène mondiale. C’est donc évidemment dramatique.

S’agissant du pacte migratoire, il y a un constat, c’est que nous devons avoir une coopération pour protéger nos frontières extérieures. Mais ce que veut faire la Commission européenne avec le soutien de la gauche, des libéraux et du PPE au Parlement européen, c’est organiser des flux migratoires vers l’Europe toujours plus importants. Nous devons donc avoir une réponse de coopération et Giorgia Meloni l’a proposé. Elle a proposé un blocus naval, Emmanuel Macron a refusé. Elle ne voulait pas accueillir dans les ports italiens le bateau Ocean Viking avec ses 230 migrants à bord, c’est Emmanuel Macron qui l’a accueilli à Toulon. Comme l’Italie est un pays de passage et non pas un pays de destination de l’essentiel de l’immigration, Mme Meloni a constaté et déploré ce manque de solidarité des autres grands pays européens. Elle a changé de stratégie et essayé de supprimer les aspects les plus négatifs du pacte migratoire, en réussissant, avec l’aide du PiS polonais, à en améliorer certains points. Mais, malgré ces efforts, le pacte reste catastrophique à cause du laxisme de pays comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne, qui refusent la fermeté dont nous avons besoin et continuent d’envoyer des signaux d’ouverture, des appels d’air aux migrants.

Ce que nous disons, pour faire simple, c’est qu’il faut trois niveaux de protection contre les flux migratoires du sud vers le nord: Premièrement, il faut un niveau national à rétablir en cas de besoin, par exemple suspendre Schengen à chaque fois que c’est nécessaire pour rétablir des contrôles aux frontières nationales, tant que nos frontières européennes ne sont pas sûres. Ce n’est pas une position outrancière puisque même Olaf Scholz l’a proposé.

Deuxièmement, protéger nos frontières extérieures, faire la chasse aux ONG de passeurs de migrants et complices des mafias et avoir une vraie coopération de protection des frontières extérieures, en autorisant le refoulement. Aujourd’hui, les pays qui sont en première ligne, comme la Grèce, l’Italie, la Hongrie, la Pologne ne sont pas assez soutenus dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Ou même l’Espagne, avec Ceuta, Melilla et les îles Canaries.

Oui, malheureusement le gouvernement socialiste espagnol laisse faire cette immigration de masse alors que les autres pays que j’ai cités la combattent… Toujours sur ce deuxième niveau de protection, on voit que la Commission européenne donne des milliards d’euros à la Turquie ou à des associations musulmanes, parfois liées à la mouvance islamiste… mais quand il y a 17 États membres qui veulent simplement que la Commission finance des barrières physiques aux frontières extérieures de l’Union européenne, Ursula von der Leyen refuse.

Elle a notamment refusé la clôture polonaise à la frontière avec le Bélarus.

Oui, exactement. Elle refuse systématiquement ces frontières-là, alors que tous les pays du monde et tous les grands ensembles sont capables de se protéger. Enfin, troisième niveau de protection, il faut établir des partenariats avec tous les pays de la rive sud de la Méditerranée: les pays du Maghreb, la Libye et l’Égypte, qui ont besoin d’avoir un vrai partenariat avec les pays européens. On doit les aider à protéger leurs frontières sud pour que les flux d’Afrique subsaharienne vers ces pays-là soient taris. Ce sont aussi des pays de transit, qui subissent aussi les conséquences de l’immigration de masse et clandestine : si les migrants qui viennent du sud ne peuvent même pas entrer au Maghreb, ils sauront qu’ils ne peuvent pas espérer aller en Europe.

En contrepartie de ces partenariats et de ces aides financières versées par l’Union européenne, il faut imposer la réadmission des ressortissants de ces pays chez eux, la délivrance systématique de laisser-passer consulaires. Nous pouvons aussi décréter le refus de toute demande d’asile qui ne sera pas formulée dans nos ambassades ou nos consulats des pays tiers, et financer des hotspots sur la rive sud de la Méditerranée avec des pays partenaires. Ça éviterait évidemment d’avoir à déplorer des victimes, parce que ceux qui sont responsables des morts en Méditerranée sont ceux qui par le laxisme et par l’accueil sans fin des immigrés les incitent à venir, les incitent à payer des mafias de passeurs et les conduisent parfois à mourir dans des naufrages.

La récente volte-face du Président Macron a permis un début de rapprochement avec les pays d’Europe centrale et orientale. Est-ce quelque chose qui doit être cultivé, indépendamment de tout aspect partisan ?

Oui, bien sûr, c’est un mode de coopération européenne. Il faut arrêter de s’enfermer dans un couple franco-allemand qui de surcroît n’a aucune réalité ni consistance, puisque les Français parlent de couple franco-allemand tandis que jamais les Allemands ne parlent de couple Germano-français. Ça montre bien, en réalité, que c’est une illusion des gouvernements français que de penser que l’on pourrait tout décider avec l’Allemagne. Aujourd’hui, il y a des pays d’Europe centrale et orientale qui ont une conscience civilisationnelle plus aiguë que les pays d’Europe occidentale. Si nous voulons une Europe civilisationnelle, si nous voulons faire rayonner l’Europe comme elle a rayonné dans son histoire, si nous voulons protéger nos libertés, protéger nos frontières, protéger notre marché, il faut évidemment renforcer considérablement nos coopérations et nos actions communes avec les pays d’Europe centrale et orientale.

Sur quels axes la France peut-elle collaborer spécifiquement avec la Pologne, pays avec lequel elle a des liens historiques forts, mais malheureusement méconnus ?

Il y a une amitié Franco polonaise très ancienne qui s’appuie sur une culture commune, bien sûr, sur une religion commune, sur des moments clés de notre histoire où nous avons été solidaires de la Pologne et réciproquement. Ce qui est déplorable, c’est que ces dernières années, lorsque les conservateurs étaient au pouvoir en Pologne, la France d’Emmanuel Macron et précédemment de François Hollande a emboîté le pas de la Commission européenne dans les assauts contre ce pays, et maintenant que les conservateurs ne sont plus au pouvoir, Emmanuel Macron veut rétablir des relations avec elle, malgré les critiques que l’on peut émettre sur la politique intérieure menée par le nouveau gouvernement centriste.

On voit bien qu’aujourd’hui, la Commission européenne ferme les yeux, détourne le regard des questions liées à la justice, aux médias, à l’État de droit. Il y a actuellement en Pologne une sorte de volonté d’inspiration autoritaire. C’était l’objet de mon déplacement à Varsovie, exprimer ma solidarité avec nos alliés parlementaires polonais, et d’une manière plus générale avec finalement beaucoup de Polonais qui n’ont pas d’attaches partisanes et qui sont victimes de ce qui est en train de se passer avec la bienveillance des institutions européennes.

Le Président Macron cherche à imposer le progressisme sociétal et la question ukrainienne au cœur des débats électoraux. Quels sont les sujets sur lesquels devraient se jouer les européennes ?

Les grands enjeux des européennes, c’est être capable de défendre notre identité, c’est-à-dire combattre l’islamisme sur le sol européen, et protéger nos frontières extérieures pour en finir avec l’immigration de masse. C’est rendre notre économie compétitive en baissant les taxes, les charges et les normes qui aujourd’hui accablent les entrepreneurs, les empêchent d’entreprendre, accablent nos industriels, les empêchent de créer de l’activité sur notre sol, accablent nos agriculteurs, ce qui explique et justifie évidemment leur colère exprimée ces dernières semaines. Quand on voit qu’en France un agriculteur se suicide tous les deux jours, il faut évidemment laisser plus de libertés à l’intérieur du marché européen et instaurer plus de protections à l’extérieur pour qu’il cesse d’être livré à la concurrence déloyale. Finalement, le bilan, c’est que le marché européen est à la fois l’espace le plus normé et le moins protégé. Il faut faire exactement le contraire.

De plus, il faut défendre nos libertés et être capable, sur la scène mondiale, de défendre une vision européenne qui a toujours été une vision d’équilibre. Il faut exprimer notre solidarité à l’égard de nos pays voisins, en particulier l’Ukraine. Il faut également être capable de mener les grands combats et de relever les grands défis de ce siècle, dont l’un des principaux est évidemment d’empêcher que l’esprit de conquête qui anime le monde arabo-musulman, avec un islam de plus en plus politique et radical, ne puisse prendre racine sur le seul européen. Face à cet esprit de conquête, il faut mener la reconquête au niveau national et au niveau continental.

Pour autant, la guerre en Ukraine est un sujet important pour notre sécurité et celle de nos alliés. Reconquête! fait désormais partie du groupe des Conservateurs et Réformistes au Parlement européen, avec plusieurs grands partis connus pour leur attitude bienveillante envers l’OTAN et leur fort soutien à l’Ukraine. Comment vous placez-vous dans cet environnement ?

Nous sommes évidemment solidaires de nos alliés européens et de leurs craintes légitimes, nous avons conscience de ce qu’ils ont connu dans leur histoire. Ces pays observent avec angoisse l’attaque militaire de la Russie contre l’Ukraine. Cette solidarité, y compris envers l’Ukraine face à l’invasion de son territoire qui a été commise par la Russie, est un devoir. Mais il faut aussi trouver le chemin qui aboutira à mettre fin à ce conflit armé à nos portes. La France n’a pas su jouer ce rôle ces dernières années parce qu’Emmanuel Macron s’est aligné sur les institutions européennes. La France a toujours participé à l’Alliance atlantique, parfois de manière très intégrée, parfois de manière plus minimale, elle a toujours été membre de l’OTAN. La France est évidemment totalement alliée des Américains, solidaire de tous les pays alliés dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Nous nous devons donc de maintenir cette position. En même temps, la France a été capable de faire entendre une voix libre, alliée, sans ambiguïté, mais non soumise. On se souvient du général de Gaulle qui était capable de faire des visites d’État chez Tito ou Ceausescu, en pleine Guerre froide.

La France, maintenant que les Britanniques ont quitté l’Union européenne, est la principale puissance militaire européenne. Des efforts sont faits partout en Europe, mais la France garde des avantages spécifiques : nous avons l’arme nucléaire et un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons des forces militaires, non pas seulement de défense de notre territoire, mais aussi de projection, qui sont engagées régulièrement et ont une expérience opérationnelle. Nous avons également un réseau diplomatique mondial et une voix qui, il faut bien le dire, est attendue sur la scène mondiale… quoique de moins en moins respectée à cause des choix d’Emmanuel Macron. Tout cela va devoir nous conduire à prendre des initiatives pour aboutir à une désescalade, complexe aujourd’hui mais indispensable pour mettre fin au conflit en Ukraine qui se déroule à nos portes. Ce qui est certain, c’est que cette guerre est à la fois la responsabilité pleine et entière du Kremlin, et qu’une défaite de l’Ukraine serait une défaite pour l’Europe.

Quand on dit que la France a une tradition d’équilibre, comme De Gaulle, d’être au milieu entre États-Unis et Russie… C’est récent, ça ne date que de 60,70 ans. Dans toute son histoire, la France n’a jamais été non-alignée, elle n’a jamais été une puissance neutre, elle a toujours pris part aux grands conflits européens, aux grands conflits mondiaux contre le Royaume-Uni, contre le bloc germanique ou contre la Russie sous Napoléon, en 1854 ou en 1920. Cette position d’équilibre n’est que très récente, ce n’est pas du tout toute notre histoire. L’époque de grandeur de la France n’était pas du tout celle d’un non-alignement, bien au contraire.

Il est vrai que c’est dans la géopolitique des grands ensembles mondiaux que la France, ces dernières décennies, a eu une position non alignée. En réalité, l’essentiel de l’histoire française, notamment militaire, est faite de moments de conquêtes et de rayonnements avec souvent des guerres avec nos voisins immédiats et des velléités d’expansion, de Charlemagne à Napoléon, qui nous ont engagés dans tous les grands conflits. Et ceci s’inscrit, on l’oublie parfois, dans une confrontation permanente entre la civilisation européenne et chrétienne d’un côté, et le monde arabo-musulman de l’autre, avec de nombreux épisodes. On pense évidemment à Charles Martel qui arrête les Arabes à Poitiers, mais aussi à l’Espagne occupée, envahie, puis à la Reconquista. On pense évidemment à la bataille de Lépante, ou à la libération de Vienne par Jean III Sobieski, qui ont contribué à structurer la conscience civilisationnelle européenne face à cette menace du monde musulman.

La France de François Ier qui pourtant était plutôt contre les Habsbourg, contre Charles Quint et du côté des Ottomans de Soliman.

François Ier avait fait une alliance avec le „Grand Turc”, oui, c’était une tactique de circonstance face à la puissance considérable des Habsbourg qui encerclait notre pays au sud et à l’est. Et il est vrai que jusqu’au début du XXè siècle, même lors de la colonisation, les grands enjeux géopolitiques se situaient davantage sur le sol européen, donc les paradigmes n’étaient pas les mêmes. Cependant, si on remet les choses en perspective, on s’aperçoit que finalement, aux moments cruciaux, il y a toujours eu cette confrontation entre les nations européennes, même lorsqu’elles étaient rivales entre elles, et le monde arabo-musulman. C’est redevenu, avec l’immigration de masse et l’islamisation, le grand enjeu et le grand défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, auquel nous avons été confrontés en réalité tout au long de notre histoire.

Quels sont les arguments de Reconquête! Pour se démarquer de ses concurrents directs à droite dans le cadre de cette élection européenne ?

Les élections européennes sont le moment d’un vote de conviction, parce qu’à la proportionnelle chaque force politique aura des députés et il n’y a donc aucune logique de vote utile. On nous a aussi fait le coup du vote utile à la présidentielle ; cela n’a finalement été utile que pour permettre la réélection d’Emmanuel Macron. L’enjeu des élections européennes, c’est d’avoir des députés compétents qui siègent dans un groupe CRE susceptible de bousculer les équilibres. Ce que je constate, c’est que les députés LR aujourd’hui, avec François-Xavier Bellamy, sont marginalisés et ne pèsent pas au sein du PPE, n’arrivent pas à en modifier les orientations. François-Xavier Bellamy lui-même ne pèse pas au sein de sa propre délégation puisque sur un certain nombre de votes, les sept députés LR sont capables d’avoir quatre positions de vote différentes. Certains sont pour, d’autres contre, d’autres s’abstiennent et d’autres ne sont pas là. Cela illustre donc leur grande fragilité.

Les députés RN sont très nombreux, mais on peine à en identifier, sur une vingtaine, plus de deux ou trois, ce qui pose quand même un problème au bout de cinq ans de mandat. Par ailleurs, ils sont marginalisés, totalement isolés au sein du Parlement européen, sans la moindre influence, ce n’est pas mon souhait, je ne m’en délecte pas, mais c’est un simple constat. D’ailleurs en 2014 et en 2019, le RN est arrivé en tête et cela n’a eu aucune conséquence sur les politiques européennes. De même, ça n’a eu aucune conséquence en politique nationale puisque Macron a été élu et réélu. À l’inverse, Reconquête! peut avoir des députés compétents, des députés sortants comme c’est mon cas, ou qui ont une expérience parlementaire solide, comme Marion Maréchal ou Guillaume Peltier, c’est à dire une capacité à immédiatement exploiter pleinement leur mandat au sein d’un groupe, le groupe ECR, qui peut être une force pivot au Parlement européen pour le faire basculer à droite. Il y aura donc une vraie utilité des députés de Reconquête!, alors que c’est moins évident pour les députés LR ou RN.

Il y a aussi des différences en termes de ligne politique. Il faut être clair. Nous, nous portons une vision civilisationnelle. Défendre l’identité, ce n’est pas seulement traiter des conséquences économiques et sociales de l’immigration, c’est aussi parler de l’Islam, qui n’est compatible, dans sa forme actuelle, ni avec la France, ni avec l’Europe, et c’est un discours qu’Éric Zemmour a eu le courage de le porter à la présidentielle de 2022. Aujourd’hui, sur la scène française, nous les seuls à le dire avec cette clarté.

L’enjeu identitaire, ce n’est pas seulement l’immigration et l’islam, c’est aussi évidemment l’enjeu de la natalité, relancer la natalité européenne pour en finir avec la logique des mondialistes qui veulent compenser le déficit démographique par les flux migratoires. Sur l’économie, Reconquête! a cette particularité d’être pour la valeur travail, pour les libertés économiques, quand le RN est plutôt étatiste et fiscaliste.

Enfin, nous pensons aussi que l’Europe doit se ressourcer dans ses valeurs historiques, de civilisation, dans ce qui a fait sa grandeur et son rayonnement à travers le monde. Si l’Europe a su conquérir le monde et être respectée partout sur la planète, c’est aussi parce qu’elle portait un certain nombre de valeurs spécifiquement européennes. Aujourd’hui on voudrait nous faire croire que les valeurs « européennes » sont la diversité, les droits de l’homme, les droits des migrants et le progressisme sociétal, alors que ce sont des grandes idées universelles et de gauche. Nous, nous pensons qu’il y a un certain nombre de valeurs profondément européennes qui doivent être défendues et qu’il faut en finir avec l’autoflagellation et l’autoculpabilisation. Il faut défendre la famille, qui est la cellule de base de la société, et cesser de céder aux revendications communautaristes ou aux revendications marginales qui aboutissent à affadir ce qui fait la force de notre civilisation qui puise ses racines dans la Grèce antique, la Rome antique et la Chrétienté.

Propos recueillis par Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 22/03/2024