Piotr MÜLLER: Une Constitution pour la Science

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Une Constitution pour la Science

Piotr MÜLLER

Sous-secrétaire d’État au Ministère de la Science et de l’Enseignement supérieur de la République de Pologne

Ryc.Fabien Clairefond

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C’est dans le milieu universitaire qu’est né un mouvement spontané de réforme qui a amené des changements de la loi – ecrit Piotr MÜLLER

Depuis de nombreuses années, il est devenu d’usage de maugréer sur l’état de la science polonaise, le bas niveau des enseignements dans les universités ou enfin la position insatisfaisante des plus importantes universités polonaises dans les classements internationaux. Tant que nous ne ferons que nous plaindre ou écouter passivement les plaintes des autres, tant rien dans la sphère de la science et de l’enseignement supérieur ne changera. C’est pourquoi une Constitution pour la Science a été promulguée – une réforme qui a pour but de mettre pleinement à profit le potentiel scientifique et de faire valoir nos chances dans la concurrence planétaire.

Depuis le début, nous tenions à ce que ce ne soit pas un projet décollé de la réalité, élaboré dans le silence feutré des cabinets ministériels. Nous voulions qu’il soit profondément réfléchi, préparé en concertation avec le milieu universitaire dans une atmosphère de dialogue et de larges consultations sociales. Ce genre de participation peut avoir comme résultat un réel succès de la réforme car c’est dans le milieu universitaire lui-même qu’est né un mouvement spontané de réforme. Près de deux années de travail et de consultations intensives se sont soldées par le soutien de la part du Conseil général pour la Science et l’Enseignement supérieur, des organisations estudiantines et des associations de doctorants, des jeunes scientifiques, des écoles supérieures, celles d’enseignement professionnel, régionales, artistiques et techniques, du Syndicat des Entrepreneurs et des Patrons ainsi que des organisations non gouvernementales.

Que changera donc cette réforme ?

Une plus grande autonomie des écoles supérieures

Le monde universitaire est intérieurement très diversifié et extrêmement riche. La gestion effective d’un tel système – sans lui ôter sa capacité à faire avancer la science – n’est possible qu’en se basant sur une réelle autonomie organisationnelle des écoles supérieures. Avec la Constitution pour la Science, cette autonomie se trouve élargie. Elle transfère de multiples mesures d’application au niveau des statuts des écoles, ce qui permettra à chacune d’elles de décider de nombreux facteurs conditionnant son développement, de façonner sa structure et de créer sa mission en conformité avec ses propres besoins et ambitions.

La décision clé est de laisser aux écoles supérieures la liberté de décision en ce qui concerne leur structure organisationnelle. La loi en vigueur jusque-là attachait aux départements l’autorisation d’attribution de titres scientifiques et la gestion des cursus universitaires. Cette disposition qui peut paraître peu importante rendait pratiquement impossible le moindre changement organisationnel dans les écoles supérieures car cela nécessitait de déclencher la très compliquée procédure de transfert des autorisations, voire de leur réattribution. Le projet de la nouvelle loi stipule que c’est l’école supérieure dans sa totalité qui est maîtresse de toutes les autorisations, et en plus, elle peut continuer à les réaliser à travers ses départements, instituts ou tout autre organe qu’elle mettra en place. La clé du changement est l’élasticité de cette solution, car elle permet de cumuler le potentiel des départements existants, de créer des structures d’enseignement et de recherche de type matriciel ou d’appliquer toute autre solution que l’école supérieure trouvera appropriée. Elle peut aussi, évidemment, ne rien changer. Il ne s’agit en aucun cas d’une obligation par la loi, mais d’une réelle liberté universitaire.

Une nouvelle évaluation de la science

Le système actuel d’évaluation de la science ne motive aucunement les acteurs universitaires à se poser d’ambitieux défis de recherche. Règne la règle que la somme de nombreux articles scientifiques de petite importance égale une publication à caractère de découverte scientifique. Ce système était favorable à la naissance de nombreuses revues scientifique de faible qualité, voire à la création de presses universitaires pseudo-scientifiques qui permettaient d’engendrer des points. Dans ce domaine, la nouvelle loi et les propositions de solutions au niveau des arrêtés ministerielles constituent un vrai tournant.

En principe, l’école supérieure (ou l’institut scientifique) pourra, tous les quatre ans, signaler les plus importantes réalisations scientifiques de chaque chercheur ou enseignant-chercheur (un arrêté à cet effet va y prévoir des exceptions en faveur de la promotion de travaux ayant plusieurs auteurs). En plus, seront établies des règles de qualification d’une revue à la liste tenue par le ministère. Y figureront des revues garantissant le respect des plus hauts standards de critique scientifique, de parution régulière, et ayant un comité de rédaction diversifié. La liste englobera plusieurs centaines de revues scientifiques polonaises – y compris celles en langue polonaise. Nous allons également lancer un concours qui permettra de subventionner 250 revues que la liste officielle ne prendra pas initialement en compte.

Nous abandonnons le calcul per capita et misons sur les réalisations récentes

Les autorisations actuelles d’attribution de titres scientifiques et de gestion de cursus dépendaient en pratique de ce qu’on appelle les effectifs minimums, autrement dit du fait d’avoir embauché un nombre adéquat de docteurs, docteurs habilités ou professeurs. Très souvent, peu importaient leurs réalisations scientifiques ou professionnels récents. Dans de nombreux cas, on embauchait des gens possédant un titre uniquement pour remplir les obligations formelles. Nous abandonnons cette règle qui nuisait à la qualité.

Les autorisations d’attribution de titres scientifiques dépendront de l’évaluation, menée tous les quatre ans, du niveau de la recherche scientifique – autrement dit, de la catégorie scientifique possédée. Cette évaluation ne se fera pas comme aujourd’hui, c’est-à-dire dans le cadre des départements, mais dans le cadre des disciplines scientifiques. Cela permettra une comparaison fiable des réalisations. Il y aura cinq catégories scientifiques : C (la plus basse), B, B+, A, A+. Les autorisations d’attribution des titres de docteur et de docteur habilité seront réservées aux écoles supérieures et instituts qui atteindront le niveau B+. Les autorisations d’ouverture et de gestion de cursus dépendront des réalisations scientifiques ou professionnels des chercheurs et enseignants-chercheurs. L’évaluation se fera sous l’angle des cours dispensés dans une école donnée.

Écoles doctorales pour former de futures élites

Le processus de formation des doctorants vivra de profondes mutations car il est considéré par tous les acteurs du milieu universitaire mais également par la Cour des comptes hautement inefficace. À la place des études de troisième cycle apparaîtront des écoles doctorales interdisciplinaires. Cela signifie que chaque doctorant devra connaître non seulement la méthodologie des recherches dans sa discipline, mais dans au moins une discipline supplémentaire. Nous voulons ainsi renforcer la coopération dans le domaine de la recherche interdisciplinaire et garantir un regard critique chez les jeunes scientifiques. Actuellement, seule une petite partie de doctorants bénéficient de bourses. Dans les écoles doctorales, le système des bourses sera universel. La bourse pourra être revue à la hausse, en fonction de l’évaluation à mi-chemin, au bout de la deuxième année. Dans l’évaluation devra participer un représentant extérieur à l’école supérieure ou l’institut où se fait la formation du doctorant.

Les futurs doctorants seront traités comme de jeunes scientifiques et non pas comme de vieux étudiants. C’est pourquoi nous mettons en place les congés parentaux qui devront permettre de combiner carrière scientifique et projets de fonder une famille.

Un nouveau chemin de carrière

Jusque-là, dans la carrière des enseignants-chercheurs l’engagement dans la formation des étudiants était repoussé au second plan. Là aussi, les changements que nous proposons sont de taille : le statut de la carrière universitaire dans l’enseignement sera valorisé, ce qui devra permettre aux enseignants d’obtenir la promotion professionnelle dans le domaine de la didactique. Dans le cadre de l’activité didactique, il sera possible de pourvoir un poste d’assistant, de professeur associé ou de professeur des universités. Cela devra inciter entre autres d’excellents didacticiens et praticiens à s’engager dans les travaux que mène l’école supérieure. Cela concerne en particulier la formation dans les filières pratiques.

Le développement équilibré

Durant les travaux sur le projet de la réforme, cette problématique s’est fait plus particulièrement entendre. La Constitution pour la Science doit inciter aux changements tant les petits que les grands centres universitaires. Ainsi, nous renforçons les outils grâce auxquels le concept de développement équilibré pourra se matérialiser. La loi prévoit un mécanisme dont le but est d’aider la recherche dans les écoles régionales. Le programme « Initiative régionale de perfectionnement » financera la recherche dans les disciplines scientifiques dont le niveau dans une région de la Pologne donnée est très haut. Parallèlement, chaque région du pays aura à sa disposition un financement supplémentaire destiné à la recherche scientifique. Nous avons par ailleurs mis en place un programme d’aide aux écoles supérieures professionnelles qui dispensent des enseignements d’un très haut niveau.

Les classements

La question qu’on me pose souvent est de savoir quand les écoles supérieures polonaises occuperont des places plus en haut dans les classements internationaux. Un des moyens pour y faire face est de conjuguer le potentiel de plusieurs écoles. Dans la Constitution pour la Science nous introduisons un mécanisme de fédération qui permet la coopération de plusieurs écoles supérieures et instituts scientifiques sous la même enseigne. C’est une pratique qui existe dans de nombreux pays et je suis convaincu qu’elle apportera d’importants bénéfices au niveau de la recherche et aura comme « effet secondaire » la montée dans les classements internationaux.

Le travail à la base

Les nouvelles dispositions élargissent le champ de la liberté universitaire, proposent l’élasticité des solutions à mettre en place par les écoles elles-même. C’est une chance immense mais aussi un défi et une responsabilité. Je suis convaincu que si seules quelques écoles supérieures mettent ces instruments réformateurs à profit, dans quelques années les autres centres universitaires s’aligneront sur ces bonnes pratiques. Donc – à l’œuvre!

Piotr Müller

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