Charles GAVE: Les deux conceptions de l’Europe

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Les deux conceptions de l’Europe

Charles GAVE

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “Des Lions menés par des ânes“ (Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l'IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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La seule solution, pour conserver l’Europe que j’aime , c’est-à-dire celle de la diversité,  est de procéder à ce que j’ai appelé le Bruxit (sortir Bruxelles de l’Europe) et de supprimer toutes ces créations non démocratiques dont pas un Peuple Européen ne veut. Et de retourner tranquillement à l’Europe des Nations et à la subsidiarité – écrit Charles GAVE

La thèse que je vais défendre ici est simple : l’Europe a créé la civilisation mondiale que nous connaissons tous en s’appuyant sur son extrême diversité. Qui dit diversité dit acceptation des différences et donc respect de la liberté de tout un chacun.

Mais un rêve, ou plutôt un cauchemar hante depuis toujours certains esprits européens : l’empire Romain symbole même d’un pouvoir puissance s’appliquant à tous en écrasant tout sur son passage.

Tous les succès de l’Europe ont eu lieu quand chacun a accepté l’hétérogénéité consubstantielle à l’Europe et tous les drames s’y sont produits quand l’un ou l’autre des grands pays européens a voulu faire renaitre l’empire Romain de ses cendres.

Le choix pour les pays européens a donc toujours été entre une Europe des libertés et une Europe puissance.

 Il faut chercher les racines de cette Europe de la liberté dans ce que l’on doit appeler l’Europe Chrétienne qui s’est lentement construite du X -ème au XIII -ème siècle.

Que constatons nous sur le plan politique ? Un incroyable fouillis de constructions politiques ! C’est à ce moment-là que nous voyons émerger et coexister

·       Des Villes Etats (Venise, Florence, Gènes, les grandes villes des Flandres…)
·       La ligue Hanséatique, curieuse alliance entre grands ports tels Hambourg, Lubeck, Amsterdam, Bruges… qui fut une véritable puissance politique
·       Le début des Etats-Nations, avec la France et l’Angleterre.
·      Le Saint Empire Romain Germanique, institution élective curieuse qui reliait une partie de l’Allemagne à une partie de l’Italie.
·       Des ordres religieux et militaires extrêmement puissants (templiers, chevaliers teutoniques etc…), quasiment indépendants des pouvoirs politiques, ancêtres des multinationales actuelles, qui pratiquaient une totale horizontalité dans des mondes qui cherchaient à se verticaliser
·       Et j’en oublie sans doute

 Dans son livre “The rise of Christian Europe” Hughes Trevor-Roper, le grand historien britannique, soutient que c’est cette extrême diversité de l’offre politique qui a permis d’abord l’émergence de la civilisation européenne et ensuite sa domination sur le reste du monde.

A la différence de l’empire romain d’orient, totalement centralisé et donc extrêmement fragile, l’Europe a essayé à peu près tous les régimes politiques et n’ont survécu que les plus efficaces.

Dans le fond, notre continent a pratiqué dans le domaine politique la « création destructrice » chère à Schumpeter, bien avant qu’elle ne soit mise en lumière dans le domaine économique par celui qui fut sans doute le plus grand économiste de tous les temps. Et les résultats furent les mêmes…

De la diversité, de la concurrence, naquirent des  structures politiques pérennes et le régime qui finit par l’emporter fut  l’Etat Nation couplé à  la démocratie représentative, qui fut ensuite exportée dans le reste du monde.

Et toutes ces expériences se passaient dans un monde ‘’ surveillé » par l’Eglise Catholique, inventeur génial du principe de la subsidiarité : ce qui pouvait être fait à l’échelle de la paroisse était fait à ce niveau, sinon, cela montait vers l’évêché, puis vers le primat local et enfin tout se terminait à Rome.

C’est un peu cette Europe que voulaient resusciter Adenauer, Robert Schuman, de Gasperi, Pie XII,  tous catholiques et tous germanophones, en remplaçant la papauté par Bruxelles mais en gardant le principe de subsidiarité au cœur du système.

A cette idée, Jean Monet opposa la sienne : détruire les systèmes politiques locaux, totalement décentralisés et proches des peuples pour les remplacer par une technocratie centralisée, apatride et non élue, l’idée finale étant de recréer l’empire Romain, ses deux plus illustres prédécesseurs dans ce projet ayant été Napoléon et Hitler, dont chacun a pu mesurer les succès.

Et ces deux idées diamétralement opposées ont coexisté bon gré mal gré de 1950 à la réunification allemande, moment où les hauts fonctionnaires français qui ne pouvaient accepter la prééminence du DM et la domination de l’Allemagne sur l’économie européenne se liguèrent avec le pouvoir politique français de l’époque (Mitterrand) pour poser les bases de ce qui devait être un ETAT EUROPEEN, en commençant par la monnaie, reprenant le vieux projet de Jean Monet de recréer l’empire Romain. Mais l’Europe est une Civilisation et non pas une Nation…

En sortant de la réunion avec Kohl ou la France venait d’accepter la réunification de l’Allemagne, Mitterrand eut cette phrase merveilleuse : « J’ai cloué les mains de l’Allemagne sur la table de l’euro ». Elles se sont à l’évidence déclouées depuis…

Ces deux projets sont à l’évidence mutuellement incompatibles, ce qui nous amène à une inévitable crise constitutionnelle.

Chaque pouvoir doit avoir une légitimité pour pouvoir s’exercer.

En Europe, nous avons deux légitimités qui s’opposent

A l’échelle de chaque Nation, le Peuple est Souverain et délègue son pouvoir à  des élus lors d’élections démocratiques

A l’échelle de Bruxelles, le pouvoir trouve sa légitimité dans une compétence technocratique assumée. Ce pouvoir n’est en effet pas élu et de même il ne peut pas être viré par le Peuple (Jean Monet détestait la démocratie).

A un moment, nous allons donc avoir une crise constitutionnelle entre les deux formes de pouvoir, et il va falloir trancher la question fort simple : qui est LE souverain ?

Chaque peuple National ou bien la technostructure européenne ?

Ce conflit a entrainé le départ de la Grande-Bretagne après que le Peuple Anglais ait réaffirmé sa souveraineté sur la structure Bruxelloise. Déjà, tous les pays du groupe de Visegrad se rebellent.

Nul doute que la prochaine crise n’éclate entre le nouveau gouvernement Italien et les autorités Bruxelloises.

Je n’ai pas le moindre doute qu’une fois de plus la démocratie va l’emporter sur la technocratie.

.La seule solution, pour conserver l’Europe que j’aime , c’est-à-dire celle de la diversité,  est de procéder à ce que j’ai appelé le Bruxit (sortir Bruxelles de l’Europe) et de supprimer toutes ces créations non démocratiques dont pas un Peuple Européen ne veut.

Et de retourner tranquillement à l’Europe des Nations et à la subsidiarité.

Charles Gave

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