Cyrille BRET: Macron, la thérapie de choc et les élections européennes

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Macron, la thérapie de choc et les élections européennes

Prof. Cyrille BRET

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

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Le président Macron a besoin d’adversaire. Mais pas d’ennemis. L’équilibre reste à trouver – écrit Cyrille BRET

.« Esprits fous qui mentent à leurs peuples », voilà la formule choc que le Président de la République a choisie pour qualifier les plus hauts responsables de Hongrie et de Pologne, le 26 octobre dernier lors de son déplacement en Slovaquie. Les réactions ont été vives partout en Europe. A Paris, à Varsovie et à Budapest on s’interroge encore : pourquoi de telles expressions ? Dérapage incontrôlé ? Ou stratégie délibérée ?

A quelques mois des élections européennes de mai 2019, le président français choisit la thérapie de choc. Réaffirmer publiquement sa combativité et désigner clairement son adversaire, voilà ses objectifs. C’est salutaire pour clarifier le débat des prochains mois. Mais c’est risqué pour construire l’union après le vote. Le clivage politique est légitime. La division continentale périlleuse. Le président Macron a besoin d’adversaire. Mais pas d’ennemis. L’équilibre reste à trouver.

Les vertus du choc : clarifier le débat européen

.L’exaspération peut avoir du bon. Pour rappeler l’évidence. La semaine dernière, à Bratislava, le président français a exprimé la colère de tout Européen convaincu quand il entend le Premier ministre hongrois comparer l’incomparable : le joug soviétique et la construction européenne. Non ! L’Union européenne n’a pas réprimé dans le sang des soulèvements populaires comme le régime totalitaire soviétique l’a fait à Berlin en 1953, à Budapest en 1956 et à Prague 1968. Non ! L’Union européenne n’est pas née d’une hégémonie conquise par les armes sur les Etats d’Europe centrale et orientale. La construction européenne, si perfectible soit-elle, repose sur le consentement des peuples polonais, hongrois, tchèques, bulgares, roumains, etc. Elle est la meilleure garantie pour les souverainetés et des cultures nationales. On ne peut comparer sans scandale le rideau de fer et le Grand Elargissement de 2004. L’URSS a mutilé l’Europe alors que l’Union européenne la rassemble et l’accomplit.

Mais la colère n’est pas tout. Loin d’être un simple coup de sang, les déclarations publiques du président de la République française obéissent à une stratégie électorale. D’une part, le président Macron a désigné ses adversaires politiques : le PiS polonais et le Fidesz hongrois. Tout oppose ces partis à La République en Marche (LREM) : membres de l’ACRE et du PPE au Parlement européens, ces deux partis donnent la priorité aux souverainetés nationales comme l’ÖVP et le FPÖ en Autriche, comme la Ligue en Italie. C’est l’option radicalement opposée au fédéralisme assumé de LREM. Les électeurs européens ont le droit de choisir entre ces deux lignes. Ils sont les seuls à pouvoir choisir.

D’autre part, le président Macron a également choisi ses alliés : tous ceux qui, en Pologne et en Hongrie, dans le V4 et partout en Europe considèrent que la priorité est à la solidarité entre Etats-membres. Ce qu’il pointe, ce sont les conséquences dévastatrices du « chacun pour soi » face aux grands défis du siècle : migrations, défense, croissance, etc. Utiliser ces formules à Bratislava, c’est signaler aux dirigeants tchèques de l’ANO et aux dirigeants slovaques sociaux-démocrates qu’ils auront à choisir dans quelques mois.

Enfin et surtout, ces expressions volontairement fortes démontrent la combativité du leader du clan européiste. Durant les derniers mois, la puissance montante en Europe a été le groupe de Višegrad : les dirigeants hongrois, polonais, tchèques et slovaques. Qu’on ne s’y trompe pas : le président Macron passerait pour faible s’il ne réagissait pas aux déclarations tonitruantes de Viktor Orban.

Préparer les élections… et le rassembler le jour d’après

.A la veille d’échéances majeures pour le continent, il est indispensable de sortir de la langue de bois diplomatique. Souligner les clivages contribuer à remédier la crise démocratique de l’Union.

Mais cela ne doit se faire ni au détriment des intérêts de la France dans la région ni aux frais de l’unité nécessaire de l’Europe. Quand on est un européiste convaincu et un admirateur viscéral des peuples d’Europe centrale et orientale, comme moi, on ne peut qu’appeler à la modération.

Quand un leader politique français s’exprime en Europe orientale et sur l’Europe orientale, il doit se méfier de tout ce qui pourrait ressembler à de la condescendance. Que ce soit durant l’époque soviétique, au moment de la transition démocratique ou de l’élargissement de 2004, les Etats d’Europe centrale et orientale ont toujours veillé au respect non seulement de leurs souverainetés mais aussi de leurs dignités nationales respectives. Dans la résistance à l’occupation nazie, dans les soulèvements contre le joug soviétique et dans la préparation de leur réunion avec les Etats d’Europe occidentale, tous ces peuples et tous ces Etats n’ont aspiré qu’à une seule et même chose : la liberté. Clarifier les clivages est nécessaire. Mais ménager les fiertés nationales est tout aussi indispensable.

Durant la campagne qui s’ouvre, il faudra non seulement se garder de donner des leçons mais également éviter d’insulter l’avenir. Assurément, demain ni le PiS ni le Fidesz ne feront partie de la coalition que le président Macron constituera autour du parti libéral démocrate ALDE au Parlement européen. Mais l’ardeur légitime du combat politique pour l’Europe ne doit pas ruiner par avance la possibilité même de conclure des coalitions avec les parlementaires élus par les Polonais et les Hongrois.

.La thérapie de choc remédie au déficit démocratique du débat public européen. Mais la thérapie de choc ne suffira pas à gagner les élections européennes et à construire une nouvelle dynamique pour l’Union. La thérapie de choc ne doit pas être une stratégie de rupture. Au contraire.

Cyrille Bret

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