Le rêve humanitaire et scientifique de Marie Curie et le progrès

Marie DUTREIX

Directrice de Recherche CNRS, à l’Institut Curie. Radiobiologiste. Elle a une formation de généticienne et travaille depuis toujours sur les mécanismes d’adaptation et de résistances aux environnements extrèmes (en particulier aux radiations). Présidente de la Société Française du Cancer, chevalier de l’ordre National du Mérite, membre du conseil scientifique de l’université d’Oxford, fondateur de la société DNA therapeutics, fondateur de l’Institut des systèmes complexes, partenaire du projet de recherche Marie Curie ITN dédié aux «Radiation Innovations pour la Therapie et l’ Education" RADIATE.

voir les textes des autres

D’une manière remarquable alors que les progrès actuels, en particulier en génétique, ont brouillé l’enthousiasme pour les grandes découvertes que manifestaient les générations précédentes, Marie Curie demeure une icône de la recherche scientifique désintéressée et au service de l’homme. Peut-être est-ce dû au fait que son œuvre a toujours été guidée par une vision humanitaire autant que scientifique – ecrit Marie DUTREIX

.Dans la définition du mot progrès il y a cette notion de progression, de transformation vers le mieux qui de ce fait ne devrait pas permettre le doute ou la crainte. Depuis que l’homme s’est redressé en « homo erectus » le nombre de nos connaissances à augmenter, le nombre des techniques qui sont à notre disposition s’accroit, la vitesse à laquelle nous voyageons, calculons, communiquons augmente, le nombre d’année que nous pouvons espérer vivre s’accroit considérablement. Tout ceci est la manifestation des progrès technologiques et scientifiques. Mais nous savons, qu’il n’est pas toujours facile d’anticiper les conséquences de ces progrès ni l’usage de ces découvertes. Quel est la part de responsabilité du scientifique dans l’utilisation future de ses travaux?

Marie Curie a dès le début de la découverte de la «radioactivité » (mot qu’elle a utilisé pour la première fois pour décrire l’émission du Radium) cherché à la mettre au service de l’homme. Pourtant, au début du 21ème siècle la radioactivité est devenue pour beaucoup un objet de crainte. Il est indéniable que Marie Curie souhaitait une application rapide de ses travaux dans le domaine de la médecine. Dès 1909, elle met en place un grand laboratoire pour l’étude de la radioactivité et de ses applications en physique, chimie, biologie et médecine. L’université de Paris et l’Institut Pasteur décident de construire conjointement un grand laboratoire pour Marie Curie : l’Institut du radium devenu l’Institut Curie. Le laboratoire Curie est dirigé par Marie Curie et entièrement consacré aux recherches en physique et chimie. Le Dr Claudius Regaud, est chargé de l’étude des effets biologiques et médicaux de la radioactivité. Il débute rapidement un service de traitement des lésions cutanées et cancer par le Radium que lui fournie le laboratoire de Chimie de Marie Curie. Lorsque la guerre de 14 arrive, Marie Curie organise les premiers services radiologiques mobiles qui pratiqueront plus de 100 000 examens. Grâce aux travaux initiés par Marie Curie et Claudius Regaud et développés par de nombreux oncologues dans le monde, la radiothérapie est devenue un des traitements les plus utilisés dans la prise en charge des cancers.

Marie Curie avait-elle pu anticiper, l’usage de sa découverte pour la construction d’une arme de destruction ? Sans aucun doute ce sujet avait été évoqué dans son couple, car il sera repris lors du discours prononcé par Pierre Curie le 6 juin 1905 devant l’Académie des Sciences de Suède à Stockholm qui le récompensait ainsi que Marie Curie et Henri Becquerel par un prix Nobel de Physique pour leurs travaux sur les rayonnements naturels. Il décrit l’effet des rayons émis par le Radium puis poursuit par un texte qui révèle la clairvoyance du couple sur les  mauvais usages qui pourront être faits de leur découverte. Il dit : « on peut concevoir encore que dans des mains criminelles le radium puisse devenir très dangereux, et ici on peut se demander si l’humanité a avantage à connaître les secrets de la nature, si elle est mûre pour en profiter ou si cette connaissance ne lui sera pas nuisible. L’exemple des découvertes de Nobel est caractéristique, les explosifs puissants ont permis aux hommes de faire des travaux admirables. Ils sont aussi un moyen terrible de destruction entre les mains des grands criminels qui entraînent les peuples vers la guerre. Je suis de ceux qui pensent, avec Nobel, que l’humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles. »

Marie Curie a certainement participé à la rédaction de ce discours et partageait la vision lucide mais optimiste qu’il reflétait. D’une manière remarquable alors que les progrès actuels, en particulier en génétique, ont brouillé l’enthousiasme pour les grandes découvertes que manifestaient les générations précédentes, Marie Curie demeure une icône de la recherche scientifique désintéressée et au service de l’homme. Dans l’inconscient collectif, il est admis qu’elle n’est pas responsable des mauvais usages de sa découverte. Peut-être est-ce dû au fait que son œuvre a toujours été guidée par une vision humanitaire autant que scientifique. Pierre le résumait ainsi en lui déclarant  “comme il serait beau de passer la vie l’un près de l’autre, hypnotisés dans nos rêves : votre rêve patriotique, notre rêve humanitaire et notre rêve scientifique.”

Marie Dutreix

Materiał chroniony prawem autorskim - wszelkie prawa zastrzeżone.
Dalsze rozpowszechnianie artykułu tylko za zgodą wydawcy.

Chcę otrzymywać powiadomienia o najnowszych tekstach.

Autorzy wszyscy autorzy

A B C D E F G H I J K L M N O P R S T U W Y Z