Prof. Guy MILLIÈRE: Donald Trump est très prévisible

Donald Trump est très prévisible

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Prof. Guy MILLIÈRE

Éminent essayiste néoconservateur français. Professeur d'histoire culturelle et de philosophie du droit à l'université de Paris VIII. Économiste, géopolitologue, ancien président de l'Institut Turgot à Paris, Senior Fellow au Gatestone Institute, New York, et à l'American Freedom. Alliance, Los Angeles.

Ryc. Fabien CLAIREFOND

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Dans le numéro 61 de „Wszystko co Najważniejsze”, nous avons publié des textes d’Anne APPLEBAUM („Trump va abandonner l’OTAN) et de Nicolas BAVEREZ („L’inquiétude pour la démocratie augmente”). Les élections aux États-Unis approchent et les sujets d’importance se multiplient, y compris concernant la securité de l’Europe Centrale, estime le professeur Guy MILLIÈRE dans un entretien avec Nathaniel GARSTECKA.

Nathaniel Garstecka : M. le professeur, le monde subit à nouveau une période de turbulences, les conflits larvés et ouverts se multiplient. Les Etats-Unis doivent-ils jouer un rôle dans leur résolution et si oui, lequel ?

Guy Millière : Les Etats-Unis sont, comme l’avait dit Madeleine Albright à une époque, la „puissance indispensable”. Ils sont non seulement la première puissance du monde, mais la première puissance de ce que l’on appelait avant la fin de la guerre froide, le monde libre. En conséquence, les États-Unis sont, des facto, les garants de la liberté sur la planète. Sans la garantie des États-Unis, le commerce international serait très gravement perturbé. D’ailleurs, il commence à l’être parce que les États-Unis ne jouent plus leur rôle. Il suffit de voir ce qui se passe actuellement dans la mer Rouge pour le comprendre. Sans les États-Unis, Internet, qui joue un rôle extrêmement important de nos jours, qui est même un outil économique et un outil de communication indispensable au fonctionnement du monde, n’existerait plus sous sa forme actuelle, parce que les puissances autoritaires et totalitaires s’efforceraient de le cloisonner bien davantage que ce n’est le cas aujourd’hui. La Chine installe des „firewalls” qui font qu’on ne peut pas communiquer librement avec elle, et les Chinois ne peuvent pas communiquer librement avec le reste du monde. Mais si les États-Unis n’étaient plus là, la situation serait bien plus grave.

Donc les États-Unis doivent, oui, jouer un rôle dans la préservation de la liberté, sous toutes ses formes, sur la planète. Ils n’ont pas nécessairement à s’immiscer dans les affaires intérieures des États, mais ils doivent veiller à ce que les puissances autoritaires et totalitaires ne perturbent pas la liberté et la sécurité sur la planète. Nous sommes sur une petite planète, et tous les enjeux sont interconnectés. Par ailleurs, lorsque dans un pays peut se produire, par exemple, un génocide, il peut y avoir un devoir d’intervention des puissances démocratiques. C’est une forme de devoir éthique. L’un des gros reproches que je fais à la géopolitique telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans le contexte français et dans un certain nombre de contextes européens, c’est qu’elle se présente comme „réaliste” et de ce fait, elle laisse de côté l’éthique. Quand on écoute les discours de beaucoup de gens qui font de la géopolitique en France, on constate qu’ils parlent en termes de rapports de puissance, mais que des mots comme liberté et oppression ont disparu de leur registre, tout comme des mots comme dictature et démocratie. C’est extrêmement grave et préoccupant.

C’est un argument qu’on vous oppose souvent en Chine, en Russie, en Iran… que les États-Unis et l’Occident s’ingèrent au nom de leur conception de la liberté et des droits de l’homme, alors pourquoi eux ne pourraient pas en faire autant au nom d’autres idéaux qui leur sont plus proches ?

Il est évident que les idéaux de la civilisation occidentale me semblent infiniment plus précieux. C’est la civilisation occidentale qui a inventé la liberté, qui a inventé les droits de l’être humain, qui a inventé la démocratie. Si l’on considère que d’autres civilisations peuvent s’abstenir de recourir à ces concepts au nom du fait que ce sont d’autres civilisations, cela veut dire que l’on peut aisément accepter que des crimes contre l’humanité se produisent quelque part dans le monde et que l’on observe cela d’un regard indifférent. Dès lors que nous sommes humains, nous ne pouvons pas accepter dans l’indifférence que des crimes contre l’humanité se produisent sur la surface de la planète.

 Pourquoi Donald Trump s’est-il lancé en politique ?

Donald Trump s’est lancé en politique parce qu’il constatait que les États-Unis étaient en grand danger et que par conséquent, le monde tel qu’on le connaît, un monde où existent la démocratie, le capitalisme, la liberté économique et politique, était lui-même en grand danger. Il a considéré qu’il pouvait agir pour remédier à ces dangers et il a donc décidé de se présenter à la présidence des États-Unis. Donald Trump est avant tout un patriote américain, quelqu’un qui est attaché aux valeurs fondamentales des États-Unis, et la présidence Obama lui est apparue comme une présidence très destructrice et très dangereuse. En France et en Europe on a en général une vision souvent édulcorée de ce qu’a été la présidence de Barack Obama.

Quelle a été la clé de sa victoire en 2016 ? On nous annonçait pourtant que ça serait une balade de santé pour Hilary Clinton.

Donald Trump a gagné parce qu’au sein de la population américaine, les gens de l’Amérique profonde, cette Amérique que beaucoup de gens en Europe ont tendance à mépriser et à méconnaître, ont perçu que les États-Unis étaient en grand danger et qu’il fallait donc agir pour les sauver. Donald Trump a su parler à ces Américains, et ils ont adhéré à ce que Donald Trump leur a dit. Ce qu’il leur a dit reposait sur des idées qui avaient été énoncées avant lui par Ronald Reagan, et les principaux slogans utilisés par Donald Trump sont des slogans qui viennent directement de Ronald Reagan. Sa campagne de 2015 et 2016 a eu pour slogan „Make America Great Again”, c’est-à-dire rendre sa grandeur à l’Amérique. Donald Trump a aussi utilisé la définition de la politique étrangère que se donnait Ronald Reagan, c’est à dire „Peace Through Strenght”, la paix par la puissance. De facto, ce que Donald Trump a fait au cours de sa présidence a correspondu à ces deux points. Sous sa présidence, l’économie américaine a connu une très forte croissance, avec des rapatriements de capitaux et d’investissements, avec une inflation faible, 2% environ, et les États-Unis ont rétabli leur puissance dans le monde. On a tendance à l’oublier, mais sous Donald Trump, la Chine n’a pas menacé Taïwan, la Russie n’a pas menacé l’Ukraine, la Corée du Nord a cessé de menacer le Japon et la Corée du Sud, et au Proche-Orient, Donald Trump a été l’instigateur des accords d’Abraham, qui ont été la plus grande avancée vers la paix qu’il y ait eu au Proche-Orient en sept décennies. Ajoutons que Donald Trump a aussi détruit l’État islamique, et que sous Donald Trump, il n’y a pas eu d’attentats terroristes majeurs sur la planète, ce qui n’avait pas été du tout le cas sous la présidence de Barack Obama.

A vous entendre, on croirait que Donald Trump mériterait davantage le prix Nobel de la paix que Barack Obama.

Sans aucun doute. Barack Obama ne méritait pas le prix Nobel de la paix. Il lui a été attribué pour des raisons strictement idéologiques de gauche. Barack Obama a créé du désordre sur l’ensemble de la planète. C’est sous Barack Obama que les États-Unis ont retiré l’essentiel de leurs troupes d’Irak, ce qui a permis la naissance de l’État islamique et cette organisation terroriste a pu, sur cette base, faire perpétrer des attentats en Europe, au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis. Sous Barack Obama, Poutine a agi en Ukraine. Sous Barack Obama, la Chine s’est emparée de Hong Kong, sous Barack Obama, la Corée du Nord a développé un arsenal nucléaire très important. L’Iran est devenu une puissance menaçante au Proche-Orient en bénéficiant du soutien des Etats-Unis pour des raisons qui paraissent difficilement explicables.

De plus, sous Barack Obama, il y a eu ce que l’on a appelé d’une manière complètement inappropriée le „Printemps arabe”. Ce „Printemps arabe” a été une tentative de prise de pouvoir par des mouvements islamiques, essentiellement les Frères musulmans, dans plusieurs pays du monde arabe : la Tunisie puis l’Égypte, puis le Yémen, puis la Libye. L’entreprise a fini par échouer en Syrie, mais elle a déstabilisé toute la région et ce qui était anticipé sous Barack Obama était que les Frères musulmans s’entendent avec le régime iranien et que, donc, il y ait une prédominance de l’islam radical dans tout le monde musulman. Si l’on regarde le discours que Barack Obama a prononcé au mois de juin 2009, au Caire, on voit que ce discours ouvre les portes à la prise de pouvoir par l’islam radical dans l’ensemble du monde musulman. Barack Obama a été un grand facteur de désordre et de violence sur quasiment l’ensemble de la planète. Sa politique intérieure a aussi laissé des traces : il a placé dans toutes les administrations des gens qui venaient de l’extrême gauche américaine, et qui constituent ce que Donald Trump a appelé l’État profond. Les conséquences de ce placement se voient jusqu’à aujourd’hui. Il y a dans tout le pays, par exemple, des juges qui sont des juges d’extrême gauche, qui ne rendent plus la justice, qui piétinent la Constitution et qui piétinent les lois américaines.

On accuse Donald Trump de mener une politique étrangère imprévisible„, c’est le terme qui revient le plus souvent. Il constituerait un „danger” pour la stabilité et la sécurité du monde. On retrouve ces accusations même dans certains milieux libéraux et libéraux conservateurs occidentaux, qui devraient pourtant lui être un peu plus favorables. Comment l’expliquer ?

Il y a dans le contexte européen une méconnaissance profonde de ce qu’est la politique américaine, et cette méconnaissance a de très lourdes conséquences. Tous les discours que je peux entendre concernant Donald Trump et concernant l’administration Biden, en France et dans d’autres pays d’Europe, sont erronés, non fondés sur la réalité. Ceux qui les prononcent s’inspirent des grands médias américains de gauche. Ces médias semblent être leurs uniques sources. C’est un biais idéologique qui suscite des stéréotypes flagrants. On retrouve même ces stéréotypes dans de prestigieuses revues géopolitiques françaises, même sous la plume d’essayistes considérés comme libéraux.

Si on regarde la présidence Trump, on peut voir que sous Trump, il n’y a eu aucune guerre d’ampleur qui se soit déclenchée. Le terrorisme islamique a fortement diminué. L’Iran, qui est la menace principale au Proche-Orient, a été asphyxié. Les dirigeants anti-occidentaux, Poutine, XI Jinping ou Kim Jong Un, n’ont strictement rien fait. Ils se sont calmés. Pourquoi ? Parce que Donald Trump a mené une politique très prévisible, qu’il avait énoncée dès le début. Et cette politique repose, comme je l’ai dit il y a un instant, sur l’idée „Peace Through Strenght”. Lorsque l’on a affaire à des dictateurs, et Poutine est un dictateur, Xi Jinping est un dictateur, Kim Jong-un est un dictateur, Ali Khamenei est un dictateur, ils ne comprennent que les rapports de force. Donald Trump a justement mis en place des rapports de force, et a été suffisamment craint par ces dictateurs pour que ceux-ci se montrent d’une extrême prudence.

Ce qui manque actuellement sur la planète, c’est une présidence américaine suffisamment forte pour que les dictateurs soient prudents. L’administration Biden est une administration extrêmement faible. Elle est même une administration complice de certains dictateurs. Dès lors, il ne faut pas s’étonner si le désordre règne sur la planète

Il est possible que ce qui ait choqué en Europe, ce soit non pas le fond, mais plutôt la forme, le style de Donald Trump. La philosophe Chantal Delsol écrit dans „le crépuscule de l’universel” (2020, Editions du Cerf) qu’il est probable qu’”un autre candidat, avec les mêmes idées et le même programme, mais plus policé, n’aurait pas suscité autant de détestation”. Ce qu’elle appelle „l’élégance démocratique” est-il le symptôme d’une crise de la démocratie, ou à l’inverse de sa bonne santé après les drames du XXème siècle ?

Il y a là une forme d’élitisme intellectuel européen. Les Européens ont l’habitude de dirigeants politiques qui emploient un langage édulcoré et feutré, alors que les populations peuvent attendre de leurs dirigeants qu’ils appellent un chat un chat, un dictateur un dictateur, un criminel un criminel. Ce qui a précisément fait le succès de Donald Trump auprès d’une très large partie du peuple américain est qu’il parle un langage clair, net et précis, et que s’il a affaire à un dictateur, il dit que c’est un dictateur et s’il dit qu’il établit un rapport de force, il établit un rapport de force.

La façon dont on analyse les propos de Donald Trump en Europe repose très souvent sur des erreurs profondes, des incompréhensions ou un aveuglement volontaire. Un exemple qui me paraît particulièrement flagrant concerne l’OTAN. Donald Trump, lors des réunions de l’OTAN, a dit très clairement, et effectivement sans édulcoration diplomatique, que l’essentiel des pays européens ne respectaient pas leur contrat. Lorsqu’ils ont adhéré à l’OTAN, ils s’étaient engagés à ce que leurs dépenses militaires s’élèvent à un minimum de 2% de leur budget annuel. Effectivement, la plupart des pays européens ne respectent pas cet engagement, et se reposent sur la défense américaine.

Notamment l’Allemagne.

Oui bien sûr l’Allemagne, mais il n’y a pas qu’elle. Les pays qui respectent le plus leurs engagements sont des pays comme la Pologne et les pays d’Europe centrale, parce que leurs dirigeants, pour la plupart, sont conscients du danger auxquels ils sont confrontés. Les pays d’Europe occidentale ont une attitude qui me paraît absolument inadmissible : ils se reposent effectivement sur la défense américaine, ils ne contribuent pas à leur propre défense au niveau que leurs dirigeants ont promis de respecter en adhérant à l’OTAN et ils se permettent de critiquer en supplément la politique étrangère américaine alors qu’ils vivent sous le parapluie militaire américain. Donald Trump a dit aux pays membres de l’OTAN qui ne respectent pas leur contrat : „ou bien vous augmentez vos dépenses pour respecter vos engagements, c’est à dire un niveau minimum de 2% du PIB, ou bien les États-Unis ne se considèreront plus nécessairement garants de votre défense”. La façon dont ce discours, qui est pourtant très clair, très précis et très compréhensible, a été interprété dans le contexte européen a consisté à dire, „Donald Trump va abandonner l’OTAN”. C’est bien entendu de la mauvaise foi.

Ces propos ont au contraire été interprétés avec la plus grande bienveillance par les réseaux russophiles. Ces réseaux semblent grandement apprécier Donald Trump. Ont-ils raison ? Donald Trump est-il „l’ami de Poutine”, qui mettra fin à la guerre en Ukraine en 24h en validant avec enthousiasme les conquêtes militaires de Moscou ?

Non, pas du tout. Cela fait partie des erreurs d’analyse que l’on retrouve régulièrement dans le contexte européen. Donald Trump a une façon de mener la politique étrangère qui peut s’expliquer si on lit son livre „the Art of the Deal”. Publiquement, devant les caméras et les médias, il dira : „ces dirigeants sont mes amis”. Néanmoins, „off the record”, il tient à ces dirigeants des propos d’une extrême fermeté. Ainsi, par exemple, et ça a été de nombreuses fois confirmé, Trump a dit à Poutine „off the record” : „Les tours du Kremlin sont très belles et si jamais vous vous en prenez à l’Ukraine, il pourrait leur arriver quelque chose”. Ce discours est un discours qui est parfaitement compréhensible pour Poutine. Les sanctions que les États-Unis ont passées contre Poutine et contre son régime sous Donald Trump ont été beaucoup plus sévères et beaucoup plus strictes que les sanctions qui ont été passées à l’époque de Barack Obama.

N’est-ce pas justement ce qui participe à l’accusation d’imprévisibilité ?

Non, Trump est très prévisible. J’ai écrit plusieurs livres sur la présidence Trump en analysant et détaillant les discours publics et privés qu’il a tenus en parallèle de son action politique et géopolitique. La façon dont il fonctionne est connue depuis très longtemps, c’est un peu sa marque de fabrique. Une fois que l’on sait ça, on se rend compte que tout ce qu’écrivent sur lui les médias américains de gauche, repris par la plupart des médias européens, est totalement faux. Sous Donald Trump, je le répète, la Russie ne bougeait pas, Poutine ne bougeait pas, et Poutine ne se serait jamais permis d’envahir l’Ukraine si Donald Trump était resté président. Tout cela était très prévisible, et ce depuis le début de la présidence Trump. Quand l’Iran aussi a commencé à vouloir dépasser les bornes que Donald Trump lui avait fixées, qu’a fait Donald Trump? Il a fait éliminer le général Soleimani. Le message a été reçu à Téhéran aussi. De même, jamais le Hamas n’aurait pu perpétrer le crime abominable qui a été commis le 7 octobre 2023 en Israël, et sous Donald Trump il n’y aurait jamais eu la guerre qu’il y a en ce moment à Gaza. Sous Donald Trump, les milices Houti au Yémen n’auraient jamais attaqué de navires, et la situation dans la mer Rouge n’aurait jamais été ce qu’elle est en ce moment. On ne prête aucune bonne action à Donald Trump. On pratique l’amnésie totale vis-à-vis de ce qu’il a accompli sous sa présidence.

Vous avez écrit dans votre livre „Après la démocratie ?” (2022, Balland), que „l’administration Biden préférerait une solution négociée sans que Poutine soit poussé dans ses derniers retranchements et sans qu’il soit totalement vaincu”. Pourtant, c’est Trump qu’on accuse d’être le meilleur candidat pour le Kremlin !

Oui, et c’est complètement absurde. Il ne règlera bien évidemment pas le conflit entre l’Ukraine et la Russie, ou plus exactement la guerre que la Russie de Poutine mène contre l’Ukraine, en 24h. Cela pourrait prendre un peu plus de temps, mais il est évident que Trump sera plus efficace que l’administration Biden pour obtenir de Poutine une attitude très différente de celle qui est la sienne aujourd’hui. Il est absolument aberrant que l’on dise que Donald Trump est un vecteur de désordre international. Il suffit de regarder les années de sa présidence pour voir que l’ordre était essentiellement revenu dans le monde, et que depuis que l’administration Biden est au pouvoir, le désordre se réinstalle partout sur la planète.

D’une manière générale, le camp républicain semble méprisé par les dirigeants et les médias d’Europe de l’Ouest. George W. Bush était raillé pour son „bellicisme” et son prétendu manque d’intelligence, tandis que Barack Obama passait pour le symbole de la modernité et de la bienfaisance en politique. Joe Biden serait le vieux sage à qui on pardonne ses maladresses de langage, tandis que Trump serait „un clown” „populiste” et dangereux.

C’est tout bonnement ridicule. Actuellement, on commence à peine à dire que Biden présente des signes de sénilité. C’est pourtant le cas depuis longtemps. C’est tout à fait flagrant, et tout le monde le sait à Washington, y compris les démocrates, que ce n’est pas Biden qui gouverne et qui est aux commandes. Pour qu’on commence à le dire dans le contexte européen, il a fallu que ce soit dit dans les grands médias américains de gauche. Est-ce de la méconnaissance ou une volonté de mentir? Sans doute un mélange des deux.  

Ajoutons que l’administration Biden a laissé rentrer par la frontière sud des États-Unis, sans le moindre contrôle, plus de huit millions d’immigrants clandestins qui se sont disséminés dans tout le pays. Parmi ces immigrants clandestins, il y a des membres de gangs qui avaient été expulsés des États-Unis sous Donald Trump. Il y a entre 28 et 30 000 Chinois qui sont des Chinois en âge de combattre. Il y a plusieurs milliers de terroristes potentiels et c’est une situation extrêmement alarmante. Est ce qu’on en parle dans les médias européens ? Non, très peu. Les immigrants clandestins paient pour rentrer aux États-Unis, ils paient les gangs qui tiennent la frontière, ils paient les narcotrafiquants et ces narcotrafiquants, qui sont aussi des trafiquants d’êtres humains, ont gagné des milliards de dollars. Rien de tout cela n’est dit dans les médias européens.

Est-ce que l’on dit que depuis que Joe Biden est au pouvoir, du Fentanyl de contrefaçon fabriqué en Chine rentre par tonnes à l’intérieur des États-Unis, parfois sous forme de bonbons, et que cela occasionne des morts ? Très peu. Il y a 70 000 morts par an à cause du Fentanyl aux États-Unis depuis que Joe Biden est au pouvoir. Ce sont des choses que je détaille, avec sources et références, dans mes livres, et je les écris pour que les Français puissent mieux comprendre la politique américaine, Barack Obama, Donald Trump, l’administration Biden.

Vous écrivez, dans le même livre, que Trump a dû faire face à une administration publique, l’”Etat profond”, bétonnée par Obama, ce qui a entravé en partie son action. Elle le sera sans doute à nouveau après Joe Biden, limitant les actions d’un prochain président républicain.

On peut dire que Donald Trump a été surpris par le poids de l'”État profond”. Pendant sa campagne électorale de de 2016, il n’a pas arrêté de dire qu’il voulait „drain the swamp”, c’est à dire assécher le marais, mais il s’est aperçu que le marais était beaucoup plus étendu et plus profond et il en a subi les conséquences. Maintenant, il est averti, et s’il revient à la présidence, il va procéder à des changements de personnel de façon à éliminer le plus possible cet État profond. Plusieurs think tanks travaillent d’ailleurs sur les projets allant dans ce sens qui seront mis en place. Dans les médias européens je lis : „Donald Trump veut installer une dictature”, „il va purger toutes les administrations”. Il est , je le dis, indispensable que les administrations soient restaurées, parce qu’elles sont remplies de gens d’extrême gauche qui ont un programme hostile aux États-Unis, au droit et à la démocratie. Comme je l’ai dit il y a un instant, la justice dans nombre d’endroits aux États-Unis n’est plus rendue d’une manière conforme au droit américain. Les poursuites qui sont engagées contre Donald Trump sont des poursuites complètement sans fondement, et dignes d’une justice de type stalinien. Ce n’est jamais dit dans le contexte européen. Une multitude d’administrations américaines fonctionnent aujourd’hui d’une manière complètement aberrante et destructrice d’un bout à l’autre du pays.

La campagne de Donald Trump actuellement repose sur un mot d’ordre qui n’est plus „Make America Great Again”, mais „Saving America”, sauver l’Amérique. Beaucoup d’Américains comprennent que l’État profond mis en place par l’extrême gauche sous Barack Obama est une menace pour toutes les institutions américaines, une menace pour le droit américain, une menace pour la démocratie américaine. Une très large partie de la population américaine veut que les États-Unis retrouvent pleinement leurs institutions, retrouvent le chemin du droit, retrouvent le chemin de la démocratie.

Par ailleurs, il apparaît de plus en plus que les élections de 2020 ont été des élections frauduleuses. Il est impossible aujourd’hui de le dire en France. J’ai tous les éléments qui permettent de le montrer. Quand je présente ces éléments aux gens qui travaillent dans les médias européens, ils réagissent un peu comme le Tartuffe de Molière qui disait „cachez ce sein que je ne saurais voir”.  Ils disent : „cachez ces documents que je ne saurais voir”. Que reste-t-il de la démocratie dans un pays où les élections peuvent être frauduleuses ? Quasiment rien, parce que les gens qui vont voter se demandent à quoi sert leur vote dès lors qu’il peut être inversé par une fraude. Les États-Unis sont face à une menace profonde pour leur fonctionnement démocratique.

Pourtant, la justice a rejeté toutes les plaintes et les accusations de fraude, dans les États concernés ou au niveau fédéral. Aujourd’hui, remettre cette question de la fraude lors des élections de 2020 sur le devant de la scène, n’est-ce pas refuser d’accepter la défaite, être de mauvais perdants ?

Les juges se divisent en deux catégories, et c’était le cas déjà à l’automne 2020. Il y a des juges d’extrême gauche qui sont complices du Parti démocrate et qui ont rejeté les plaintes sans même examiner leur contenu, sans mener la moindre enquête, ce qui est absolument indigne de la justice américaine. Et puis il y a quelques juges conservateurs qui ont subi des menaces et qui sont rentrés dans le rang. Ce sont des méthodes mafieuses qui ont été utilisées, et le fait qu’on n’en parle pas est extrêmement grave, et préoccupant. J’ai participé au caucus républicain du Nevada et tous les gens que j’ai pu rencontrer et interviewer étaient très préoccupés par l’existence de ces méthodes. Toutes les preuves sont disponibles et publiques, mais aux États-Unis les grands médias sont tenus par la gauche et résolument hostiles à Donald Trump et aux républicains et pratiquent le silence et l’occultation.

La politisation de la justice à gauche, le recours au silence et à l’occultation chez les intellectuels et les journalistes sont similaires en Europe. C’est ce que Julien Benda appelait „la trahison des clercs”.

Dans „Ce que veut Trump”, paru en 2018 aux Presses de la Délivrance, vous écrivez qu’”il reste la possibilité qu’on invente un crime à reprocher à Donald Trump, que les grands médias et la gauche s’emparent de cette invention contre lui et ainsi provoquer une atmosphère de guerre civile”. Ce crime, est-ce le Capitole ? On l’accuse d’avoir commis un coup d’Etat contre la démocratie, ce qui est repris par les médias du monde entier. L’attaque du Capitole est quasiment devenue une figure rhétorique journalistique pour parler de violence politique.

Oui, tout à fait. Cela fait partie des éléments de ce que je pourrais appeler le grand mensonge sur ce qui se passe aux États-Unis. Ce qui s’est passé au Capitole a été analysé très précisément. Je l’ai analysé dans mes propres livres. Il y a plusieurs films qui reconstituent le cours des événements ce jour-là. Ce qui s’est passé est extrêmement trouble. Toutes les interprétations sont possibles, y compris celle d’un coup monté. Ce qui est évident et établi est que Donald Trump n’a appelé à aucune intrusion dans le Capitole, et n’a aucunement appelé à renverser les institutions. Donald Trump a appelé les gens qui manifestaient le 6 janvier à Washington à marcher pacifiquement et patriotiquement jusqu’au Capitole, sans y pénétrer, pour soutenir Mike Pence, qui était censé utiliser un article de loi très précis pour dire que la façon dont les grands électeurs avaient été choisis dans un certain nombre d’États n’était pas conforme à la Constitution, et donc pour demander que les États en question nomment les grands électeurs conformément à la Constitution. L’intrusion dans le Capitole a eu pour conséquence que les politiciens républicains qui devaient intervenir pour appuyer le discours de Mike Pence n’ont pas pu intervenir du tout, et ce dernier a de toute façon changé son discours au dernier moment. Le jour où cela s’est produit, la „Speaker of the House”, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait donné congé à la moitié de la police du Capitole. Donald Trump lui avait dit que pour que l’ordre soit assuré, il fallait faire appel à la garde nationale et qu’elle soit placée aux alentours du Capitole, Nancy Pelosi a refusé. Il fallait aussi l’autorisation de la maire démocrate de Washington, Muriel Bowser, mais elle a refusé elle aussi de donner son autorisation.

Il y a eu très peu de dégradations ce jour-là, quand on compare aux destructions qui peuvent avoir lieu lors de manifestations ou d’émeutes en France par exemple. Quelques vitres ont été brisées par des gens qui étaient munis de talkie-walkie, qui portaient des uniformes noirs et qui sont partis tout de suite après. Ces gens avaient l’allure de provocateurs. Le FBI semble être impliqué dans ce qui s’est passé, et beaucoup de policiers du Capitole ont eu des comportements extrêmement étranges. Il y a eu ce jour-là en tout quatre morts, uniquement parmi les manifestants. Aucun mort, aucun blessé grave au sein de la police. Tous les gens qui sont entrés dans le Capitole y sont rentrés sans armes et la quasi-totalité d’entre eux, à de rares exceptions près, sont rentrés comme des visiteurs, et certains policiers du Capitole leur ont même servi de guide. Des enregistrements vidéo montrent que certains policiers du Capitole ont dit aux manifestants: „Vous êtes ici dans la maison du peuple américain, donc vous avez parfaitement le droit d’être là”. Quand il y a une insurrection pour renverser une institution, les policiers de cette institution ne servent pas de guide aux gens qui l’envahissent.

Mais ce qu’ils ont fait était tout de même illégal !

Oui, mais en termes de lois américaines, on peut les accuser tout au plus de „trespassing”, c’est à dire d’être entrés dans un endroit où ils n’avaient pas le droit d’entrer, ce qui relève d’une amende, et de rien de plus qu’une amende. Il n’y a eu aucune volonté de quiconque de renverser les institutions américaines ce jour-là, il n’y a eu aucune menace contre les politiciens qui étaient à l’intérieur du Capitole. Il y a eu, juste en raison de quelques éléments provocateurs, à peu près 800 personnes (sur le million qui étaient présentes à Washington ce jour-là) qui sont rentrées dans le Capitole, et qui en sont ressorties au bout de deux à trois heures. Comme les policiers, au moment où les gens ressortaient, ont lancé des grenades lacrymogènes, cela a créé un mouvement de foule, des piétinements, mais s’il n’y avait pas eu ces grenades lacrymogènes, les gens seraient ressortis normalement d’eux-mêmes.

Le mandat de Jens Stoltenberg en tant que secrétaire général de l’OTAN expire bientôt. Les candidatures des pays baltes et de la Pologne pour ce poste semblent écartées du fait de leur proximité géographique avec la Russie. Quelle serait la politique de Donald Trump à l’égard de l’OTAN s’il revenait au pouvoir ? Va-t-on avoir une alliance atlantique à deux vitesses ?

La survie de l’OTAN ne me semble pas pour l’instant remise en question. Ce qui pourrait la remettre en question, c’est le fait que les États membres de l’OTAN ne contribuent pas dans leur budget à l’effort de défense qu’ils ont consenti contractuellement en devenant membres de l’OTAN. Mais c’est la seule menace que je peux voir peser sur elle.

Donald Trump n’entend aucunement mettre fin à l’existence de l’Alliance atlantique. Il entend simplement, comme je l’ai dit tout à l’heure, demander, voire exiger, ce qui est légitime, que les pays membres de l’OTAN qui dépensent 1% de leur budget annuel en dépenses militaires passent à un minimum de 2%. Donald Trump compte le faire, il le fera s’il est réélu. Il l’a dit dans plusieurs de ses discours. Et si les pays en question ne le font pas, Donald Trump dira que les États-Unis pourraient se placer en retrait. C’est une manière pour Donald Trump de pratiquer l’art de la négociation. C’est pour lui mettre les pays en question au pied du mur. Il leur dit : „vous voulez être membre de l’OTAN ? Eh bien, payez ce que vous devez payer pour être effectivement membre de l’OTAN. Sinon, vous n’êtes pas digne d’être membre de l’OTAN”. C’est ainsi qu’il faut comprendre ses propos sur l’OTAN et la Russie, qui ont choqué les bonnes âmes européennes alors que ces mêmes bonnes âmes critiquent sans cesse les Etats-Unis tout en vivant sous le parapluie militaire américain. Nombre de dirigeants européens se conduisent en assistés, et souvent en assistés ingrats.

N’est-ce pas risqué ? Pourquoi la Pologne et les pays baltes devraient payer de leur sécurité à cause du fait que des pays moins concernés, qui se sentent moins en danger, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Allemagne, ne souhaitent pas contribuer à l’effort de l’OTAN ? Surtout dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Les États-Unis se considèrent comme liés à ces pays d’Europe centrale et orientale, et les propos de Donald Trump ne s’adressent pas à eux. Je pense plutôt que si Donald Trump est réélu, quand bien même ils continueront à tenir des discours d’une parfaite mauvaise foi, les dirigeants des pays qui ne contribuent pas assez à leur défense prendront suffisamment peur pour augmenter leurs efforts de dépenses. Trump ne laissera pas tomber les pays d’Europe centrale et orientale. Il tenait le même type de discours qu’aujourd’hui durant sa présidence, et cela fonctionnait. Le résultat est que le flanc Est de l’OTAN a été renforcé. Les médias européens interprètent ses propos comme un potentiel abandon, mais ce n’est pas du tout le cas. C’est une incitation à augmenter leurs dépenses militaires adressée aux dirigeants d’Europe occidentale. Des études ont montré que les pays d’Europe de l’Ouest, comme la France, seraient incapables de se défendre plus de quelques jours en cas de guerre d’une ampleur semblable à celle de la guerre en Ukraine. Ce n’est pas de la faute des Etats-Unis, ni celle de Donald Trump. Quant à la Pologne et aux pays baltes, ils sont considérés comme des alliés fiables par Donald Trump.

De plus en plus de scénarios envisagent un manque de réaction de l’OTAN en cas d’éventuelles tentatives de déstabilisation, voire plus, de l’Europe centrale par la Fédération de Russie. Les fameux articles 5 et 6 du Traité sont en réalité assez évasifs.

Non, je pense que les États-Unis ne laisseront pas faire si cela se produit et si Donald Trump redevient président. Si Biden reste président, par contre, il y aura beaucoup de soucis à se faire, et les discours qui se tiennent à ce sujet dans le contexte européen débordent de mauvaise foi. On présente Joe Biden et l’administration Biden comme ayant été résolument du côté de l’Ukraine, ce qui est totalement inexact. Avant que Poutine n’envahisse l’Ukraine, il aurait suffi que la présidence Biden tienne un discours ferme, en disant par exemple à Poutine : „Si vous agissez, toutes les options sont sur la table et les États-Unis ne manqueront pas de réagir”. Qu’a dit Joe Biden, ou plutôt qu’est-ce qu’on a fait dire à Joe Biden une quinzaine de jours avant que Poutine n’envahisse l’Ukraine ? „Une petite incursion de l’armée russe en Ukraine ne serait pas préoccupante”. Quand vous dites cela à un dictateur qui s’apprête à envahir un pays, il ne peut réagir qu’en pensant qu’il a une forme de feu vert des États-Unis.

Ce feu vert a aussi été émis par l’administration Biden d’autres façons. L’administration Biden a fait retirer d’Ukraine peu de temps avant l’invasion russe tous les militaires américains qui entraînaient l’armée ukrainienne, de façon à ce que si Poutine faisait envahir l’Ukraine il n’y ait pas de soldats américains qui soient impliqués de quelque façon que ce soit. Il a fait évacuer l’ambassade américaine à Kiev et tous les membres de l’ambassade ont été repliés en Pologne. Il y a une multitude de gestes de ce genre-là qui ont été effectués par l’administration Biden, et qui conduisent à penser qu’elle était prête à entériner le renversement du régime en place à Kiev. Zelensky a résisté, il a refusé le départ que lui proposait l’administration Biden. L’armée ukrainienne a résisté, la population ukrainienne a résisté aussi, et au bout de quelques jours, l’administration Biden, voyant que Zelensky parvenait à mobiliser l’opinion mondiale, a décidé d’aider l’Ukraine.

Mais l’aide accordée à l’Ukraine a toujours été bien trop parcimonieuse pour que l’Ukraine ait la moindre chance de l’emporter. Si l’on regarde toutes les livraisons d’armes faites à l’Ukraine par l’administration Biden, elles ont été faites avec retard et en quantité très insuffisante. Les HIMARS, par exemple, qui ont été livrés au moins trois mois après que l’Ukraine les a demandés. Les ATACMS ont commencé à être livrés seulement à l’automne 2023 et en très petite quantité. Il y a eu beaucoup de délibérations concernant la livraison des chars ABRAMS et très peu ont été effectivement fournis. Même les systèmes PATRIOT ont été livrés tardivement et en très petite quantité. Si les États-Unis avaient donné des systèmes PATRIOT à l’Ukraine plus tôt et en plus grande quantité, bien des destructions à l’intérieur de l’Ukraine auraient pu être évitées. L’administration Biden n’a pas évité ces destructions. Elle n’a jamais voulu la victoire de l’Ukraine. Elle a voulu une forme de statu quo qui puisse aboutir à une solution négociée. Elle a voulu que Poutine reste au pouvoir, fut-ce Poutine affaibli. Un Poutine affaibli fera l’affaire de la Chine et l’administration Biden est une administration qui est particulièrement faible vis-à-vis de la Chine. Ce qui n’est pas étonnant, car Antony Blinken et Joe Biden sont des gens qui sont très compromis avec la Chine communiste.

Est-ce que ça veut dire que l’administration Biden était prête à accepter initialement la bélarussisation de l’Ukraine ?

C’est une hypothèse extrêmement probable.

Depuis les Etats-Unis, comment observez-vous les tendances centralisatrices actuelles de l’Union européenne ?

La construction européenne est une machine à confisquer la démocratie et à donner le pouvoir à une technocratie non élue. Les fondateurs de l’Europe sont des gens qui ont eu une grande défiance vis-à-vis de la démocratie. Pour eux, si l’on reprend les analyses de départ, Adolf Hitler est arrivé au pouvoir grâce à la démocratie, donc il faut se méfier des décisions des peuples et il faut qu’une élite éclairée parvienne à avoir le pouvoir et puisse endiguer les décisions des peuples, voire les confisquer. C’est d’ailleurs pour cela que l’on utilise très largement, dans le contexte européen, le mot „populisme”, qui est une manière de dire qu’il y a des dirigeants politiques qui s’adressent au peuple, et ce peuple, c’est aux yeux des élites autoproclamées le „bas peuple”, des gens qui ne sont „pas capables de comprendre”. „Nous qui sommes l’élite éclairée”, disent les élites autoproclamées, „nous avons la capacité de comprendre, et nous devons avoir le pouvoir”.

La construction européenne repose sur une confiscation de la démocratie. L’Europe s’est aussi construite aussi sur le refus de la guerre et sur l’idée que tout pouvait être réglé par la voie de la diplomatie. Il y a donc eu un affaiblissement considérable, au fil du temps, des armées européennes, affaiblissement qui se retrouve dans les budgets de défense, et qui est au cœur du débat sur l’OTAN, dont nous parlions plus tôt. L’Europe s’est faite structurellement faible militairement, et cette faiblesse s’est accentuée après l’effondrement de l’empire soviétique. Ce dernier est toujours aujourd’hui très largement analysé comme reposant sur des ressorts internes à l’Union soviétique, et pas du tout comme étant le résultat de la politique menée par Ronald Reagan. Or, l’effondrement de l’Union Soviétique a été obtenu par la politique menée par Ronald Reagan, qui, dans le discours inaugural de sa présidence, le 20 janvier 1981, disait : „l’histoire de l’Union soviétique constitue les pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité, mais d’ici une dizaine d’années, la dernière page de cette histoire sera tournée”. L’empire soviétique s’est effondré en 1991, 10 ans exactement après que Ronald Reagan ait prononcé cette phrase. Et pendant huit ans, il y a eu la mise en œuvre d’une stratégie de Ronald Reagan, élaborée très largement avec Richard Pipes, le père de mon ami Daniel Pipes.

Vous avez dit que l’Union européenne s’est construite sur le refus de la guerre. N’est-ce pas compréhensible après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ?

Oui, mais lorsque l’on se construit sur le refus de la guerre et sur l’idée que l’on peut arriver à une paix perpétuelle par le biais de la diplomatie, on oublie un détail essentiel : sur terre il y a des dictateurs et ces dictateurs peuvent devenir des prédateurs. Il y a des régimes totalitaires qui fonctionnent au rapport de force, et si l’on n’est pas capable d’établir un rapport de force, on se retrouve en situation de faiblesse, et la faiblesse invite la guerre. La faiblesse invite aussi les invasions. S’il y a eu très largement la paix sur la planète pendant la présidence de Donald Trump, c’est parce que Donald Trump a agi et raisonné en termes de rapports de force. Si Ronald Reagan a gagné la guerre froide, c’est parce qu’il a mis en place un rapport de force avec l’Union soviétique, et ce rapport de force a conduit celle-ci à l’effondrement.

Un dernier point : j’aimerais profondément que soit compris, dans le contexte européen, que la géopolitique sans éthique mène au cynisme et que le cynisme peut mener vers le pire. La géopolitique qui prédomine aux États-Unis depuis la fondation des États-Unis est une géopolitique fondée sur les valeurs éthiques. Pour que la liberté, la démocratie et le droit survivent sur la planète, il est crucial de comprendre que l’éthique est essentielle et de se tenir éloigné du relativisme. Le relativisme est pratiqué par la gauche, il est aussi pratiqué par une certaine extrême droite en Europe, en France en particulier, et le relativisme fait que l’on oublie qu’il y a une différence fondamentale, je le répète, entre les démocraties et les dictatures, entre la liberté et l’oppression. Le monde occidental a apporté au monde la liberté, la démocratie et le droit. Le monde occidental ne doit pas l’oublier. Sans quoi le futur du monde ressemblera à ce que Hobbes appelait l’état de nature, c’est à dire que la vie des êtres humains sera violente, misérable et brève.

Si vis pacem, para bellum ?

Exactement.

Propos recueillis par Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 15/05/2024