Michał KŁOSOWSKI: Petits pays, grande liberté

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Petits pays, grande liberté

Michał KŁOSOWSKI

Secrétaire de rédaction à Wszystko Co Najważniejsze, l’auteur de l’émission « Studio Raban » à la Télévision publique polonaise, diplômé de l’Université Jagellon, l’Université Jean-Paul II de Cracovie et London University of Arts.

Ryc.Fabien Clairefond

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En 2018, d’autres pays que la Pologne fêtent le centenaire de leur indépendance. Dans notre région, ce sont également la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Géorgie qui célèbrent leur souveraineté et leur liberté. Et c’est sur le mot ‘liberté’ qu’ils mettent le plus fort accent – écrit, depuis Tartu en Estonie, Michał KŁOSOWSKI

L’indépendance, en tant que possibilité d’autodétermination des nations, fut définie par de Tocqueville. Il mettait pourtant en relief les sentiments des individus dont le rôle était de mettre en œuvre une communauté de citoyens libres et capables de se révolter. Dans le Centre-Est de l’Europe et pendant longtemps, c’était ainsi que nous définissions le mot ‘indépendance’. Cela change pourtant avec le temps. L’indépendance ne signifie plus ‘absence d’entraves’ mais devient de plus en plus une liberté positive donnant à tout un chacun la possibilité d’agir. Les pays baltes – Lituanie, Lettonie, Estonie – en sont une parfaite illustration.

Les pays du flanc Est de l’OTAN sont conscients du danger. L’ingérence, les nouvelles technologies à l’appui, du voisin de l’Est dans leurs affaires intérieures se fait de plus en plus sentir. Il est de plus en plus difficile d’échapper à d’éventuels conflits, souvent créés de manière artificielle. Il semblerait qu’une pareille approche – conflictuelle et agressive – puisse dominer les célébrations du centième anniversaire de l’indépendance. Rien de plus faux.

Les pays baltes se sont libérés des célébrations martyrologiques, emplies de pathos et de sentiment de danger, quoique le danger soit bel et bien réel.

La vraie joie ne peut découler que du sentiment de liberté intérieure. Seul un individu intérieurement libre est capable d’éprouver pleinement de la joie – et rien ne pourra la lui obscurcir. La peur, nonobstant sa forme, même la plus justifiée, rend intérieurement esclave. Celui qui a peur ne peut pas être libre, et sans cela, réellement joyeux.

Les Baltes durant les célébrations du centième anniversaire de l’indépendance ont réussi le pari. Leur histoire ne manque pourtant pas de moments difficiles et tragiques : guerres mondiales, occupation russe, tentatives de dénationalisation. C’est peut-être à cause de cela, en fêtant l’indépendance, qu’ils savent s’en réjouir. Car l’indépendance n’est pas qu’un jour de commémoration, mais c’est agir conjointement au jour le jour pour le bien de toute la communauté. C’est certes plus difficile, mais c’est d’autant plus fructueux.

À observer les célébrations du centenaire de l’indépendance chez nos voisins, il est difficile de ne pas se demander comment nous, les Polonais, allons fêter l’indépendance de notre patrie. Réussirons-nous à dire d’une même et seule voix : oui, ce qui compte le plus pour nous, c’est la Pologne ? Arrivera-t-on, face aux divisions générationnelles, sociales, économiques et politiques à retrouver ce qui, le 11 novembre, pourrait rassembler tous les Polonais ? Pourvu que oui.

Entre-temps, j’observe les Estoniens, les Lituaniens, les Lettons et les Géorgiens. J’observe la joie avec laquelle ils disent au monde : nous sommes bien là. Ils invitent tous à venir visiter leurs pays, y compris le pape François dont le pèlerinage de quelques jours aura lieu cet automne. Il visitera ces pays justement à l’occasion du centenaire de leur indépendance. J’observe cette joie maintenant à Tartu en Estonie, en accompagnant la délégation polonaise officielle avec le président Andrzej Duda en tête.

L’unité, la communauté au-delà des clivages ou plusieurs petits points de suture au lieu d’une grande division, comme le propose R. Rorty. Des conflits que nous serons en mesure de régler, en discutant. Une multitude de voix et de sensibilités. Chercher ce qui unit, même dans les plus petites questions. C’est ce que nous enseignent nos voisins avec qui nous partageons des frontières mais aussi un grand pan de l’histoire et, surtout, des intérêts communs. Saurions-nous imiter leur exemple et fêter aussi joyeusement le centenaire de l’indépendance ? Dans notre pays que nous partageons depuis un millénaire et où toujours nous pouvions nous sentir « chez nous ». Pourvu qu’il en soit ainsi aussi dans le futur.

Michał Kłosowski

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