Nathaniel GARSTECKA: Israël fait partie de notre civilisation, il doit être défendu

Israël fait partie de notre civilisation, il doit être défendu

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Nathaniel GARSTECKA

Journaliste à "Wszystko co Najwazniejsze". Parisien né dans une famille d'origine polono-juive, habite à Varsovie. Il se passionne pour l'histoire et la culture polonaise, française et du peuple juif.

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On ne peut restreindre le destin de notre civilisation à la seule question du respect du droit et des règlements. L’exemple d’Israël en est le parfait exemple.

.Israël n’est pas n’importe quel pays. C’est le dernier Etat nation occidental créé en dehors de notre sphère territoriale, sur les ruines de l’Empire colonial britannique. Qui plus est, il est le dépositaire des plus anciennes de nos traditions et de notre spiritualité. Certaines branches du christianisme font d’Israël, pour des raisons diverses, un élément central de leur croyance. Il en est ainsi notamment aux Etats-Unis, sans le soutien desquels l’Etat juif n’aurait probablement pas pu survivre plus de 75 ans dans l’environnement qui est le sien.

On a beaucoup critiqué et caricaturé la thèse de Samuel Huntington sur le „Choc des civilisations”. Elle serait invalide car „il existe des conflits au sein même des civilisations”. C’est exact, les pays européens ont passé des siècles à se faire sans cesse la guerre. Il existe un, voire plusieurs conflits fondamentaux au sein du monde musulman: Chiites contre Sunnites, nationalistes contre islamistes, rivalités d’influence pour le contrôle des musulmans en Europe… Huntington ne le nie pas, bien au contraire. Seulement, il existe, par-dessus ces questions-là, des tendances civilisationnelles plus larges et déterminantes pour l’avenir du monde.

L’Occident, malgré ses dissensions internes, est un bloc correspondant à la conjonction de cultures, de langues, d’histoires, de traditions politiques, d’ethnies et de religions bien précises. Qu’on le veuille ou non, un Français et bien plus proche d’un Hongrois que d’un Malien, malgré la francophonie qu’il a en commun avec le second. De même, un Polonais est bien plus proche d’un Israélien que d’un Iranien. Pour la bonne et simple raison que Polonais et Juifs partagent une longue histoire commune. Une importante communauté juive a habité sur les terres polonaises pendant des siècles, et s’est associée à plusieurs reprises au destin des Polonais, que ce soit au XVIIème siècle durant le soulèvement des Cosaques de Chmielnicki ou au XXème au cours de l’occupation totalitaire et génocidaire du pays par l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique.

Aujourd’hui, les relations entre ces deux nations sont tendues, mais les deux camps doivent comprendre que d’un côté, ce qui les lie est plus important et profond que ce qui les sépare et que de l’autre, cette querelle est mineure en comparaison avec ce qui est en train de se jouer au niveau civilisationnel, global.

Les pays d’Europe Centrale et Orientale n’ont pas encore bien pris conscience de l’évolution des sociétés d’Europe de l’Ouest. Pendant qu’ils luttaient pour leur survie et leur indépendance, enfermés derrière le rideau de fer communiste, la „vieille Europe” faisait le choix de l’immigration massive arabo-musulmane et africaine pour accompagner sa transition sociologique, philosophique et démographique. Les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, les progrès technologiques, la „libération” des femmes et le triomphe idéologique du marxisme culturel ont créé un paradigme civilisationnel nouveau et dangereux, dont les effets se font de plus en plus ressentir.

Ces grandes vagues d’immigration ont métamorphosé les paysages, les villes et les esprits. Nous ne parlons pas ici des immigrations polonaise ou italienne du début du XXème siècle, mais bien de ce qui survenu plus tard, à partir des années 1950 et 1960. En France, les Polonais et les Italiens ne faisaient pas que s’intégrer, c’est-à-dire travailler et ne pas causer de troubles. Ils s’assimilaient, ils devenaient des Français comme les autres. Leurs enfants ou petits-enfants, auxquels ils donnaient des prénoms français afin de bien signifier qu’ils souhaitaient faire partie intégrante de leur nouvelle nation, récitaient „nos ancêtres les Gaulois” à l’école puis se rendaient à la même église que leurs voisins le dimanche. Parfois, au bout de la troisième ou de la quatrième génération, leur langue d’origine n’était plus transmise. Au déracinement initial succédait un nouvel enracinement.

Ce n’est désormais plus le cas. La nature de l’immigration, son volume et l’attitude des pouvoirs  publics ont non seulement empêché l’enracinement des nouvelles populations arrivantes dans le moule français, mais aussi leur déracinement de leurs cultures d’origine. „Venez comme vous êtes”, comme l’annonce une célèbre publicité. Ces nouvelles immigrations, qui se poursuivent voire s’accélèrent, ne ressemblent en rien à celles que nous avons connues au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème. Les deuxième et troisième générations ne portent plus de prénoms français, la religion est différente, les ancêtres ne sont plus „les Gaulois” mais „les colonisés”. Des sociétés parallèles se forment où règnent des mœurs distinctes, si ce n’est hostiles; des conditions sociales précaires, des trafics en tout genre, un rejet global de l’ordre européen.

La religion musulmane est plus qu’une religion et n’est certainement pas „un christianisme méridional ou oriental”. Elle est un code civil, un recueil de normes et de règles que tout musulman se doit de respecter. Les radicaux estiment que les musulmans n’ont pas le droit de vivre sous des lois non musulmanes. Ils militent donc pour l’instauration de droits séparés, voire de zones séparées, dans lesquelles ils pourraient vivre „comme chez eux”. Tous les moyens sont bons pour y parvenir, même le recours au terrorisme et à l’hyperviolence au quotidien.

Ces revendications trouvent un écho favorable au sein des différents partis de gauche en Occident. Orphelins des ouvriers qui ont vu leurs usines fermer ou délocaliser et qui ont envoyé leurs enfants faire des études, les responsables socialistes et communistes ont cru trouver auprès des populations nouvellement arrivées un électorat de remplacement, quitte à se soumettre aux postulats les plus radicaux. Cette connivence est appelée „islamogauchisme” en France, mais la droite classique aussi a cédé aux „accommodements raisonnables”, afin de ne surtout pas être qualifiée de raciste par la gauche, le traumatisme de la dernière guerre mondiale faisant toujours effet.

Pami les principales victimes de cette situation on peut citer les Juifs. Après avoir milité dans les années 1970 et 1980 pour l’antiracisme, la tolérance et l’humanisme sans contrepartie, ils se rendent compte aujourd’hui un peu tard dans quel piège ils sont tombés. Les actes antisémites en France et dans les autres pays d’Europe de l’Ouest sont en constante hausse, en particulier depuis l’attentat terroriste du Hamas en Israël le 7 octobre 2023. L’hostilité à l’égard des Juifs, mais aussi à l’égard des chrétiens, est commune dans les sociétés arabo-musulmanes et puisqu’une une frange importante des immigrés a rejeté l’assimilation, que nous n’avons même pas d’ailleurs cherché à leur imposer, et donc l’idée de coexistence pacifique et bienfaisante entre les religions, on retrouve sur notre sol des situations que l’on croyait disparues pour toujours.

La haine des Juifs, qui n’était plus que circonscrite à de petites minorités d’activistes d’extrême gauche et d’extrême droite, gangrène désormais l’esprit d’une part croissante de la jeunesse française et occidentale. Des quartiers entiers sont devenus „judenrein” et les Français d’origine européenne sont désormais les prochaines cibles. Les prévisions démographiques ne laissent aucune place au doute. Que ce soit en France, en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni, la part de la population d’origine extra-européenne ne va faire que croître, jusqu’à devenir peut-être majoritaire un jour. Elle l’est d’ailleurs déjà dans un nombre de plus en plus élevé de villes de banlieue.

Cela se ressent naturellement dans le traitement du conflit israélo-arabe. Les gauches occidentales ont adopté au fil du temps des positions de plus en plus anti-israéliennes. Avant, elle le justifiaient par la lutte „antiimpérialiste et décoloniale”. Aujourd’hui, il faut ajouter à cela une dimension purement judéophobe, de manière à s’aligner sur leur nouvel électorat islamiste. C’est aussi cette gauche qui milite pour l’immigration massive et la „désoccidentalisation” du monde. Qu’importe si les femmes et les homosexuels sont des humains de seconde catégorie dans certaines cultures arabo-musulmanes. Qu’importe si la tolérance religieuse en terre d’Islam a longtemps été subordonnée au versement d’un impôt, la Djizîa, et qu’elle est toujours absente de certains pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Qu’importe s’il existe des imams et des prédicateurs qui appellent ouvertement, chez nous, à ne pas respecter nos valeurs. Certaines études semblent indiquer que l’électorat musulman est déjà en mesure de faire basculer une élection présidentielle française, comme en 2012.

Et Israël dans tout ça ? Si les dangers civilisationnels qui pèsent sur l’Europe ne se limitent pour l’instant qu’aux grandes aires urbaines des pays de l’Ouest, Israël est littéralement entouré de pays plus ou moins hostiles, plusieurs d’entre eux souhaitant même sa disparition ainsi que celle de ses habitants. L’Egypte, la Jordanie et la Turquie sont les seuls pays de la région à avoir reconnu le droit à l’existence de ce qui est censé être à la base le „foyer national juif”. Les Accords d’Abraham, initiés par le Président américain Donald Trump, ont ajouté à cette liste les Emirats, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Quant à l’Iran, il est allé jusqu’à retirer sa reconnaissance d’Israël après la révolution islamique de 1979.

Combien de guerres a-t-il fallu pour en arriver là ! La Guerre d’Indépendance, la Guerre des Six Jours, la Guerre du Kippour, pour ne citer que les plus importantes, au cours desquelles Israël dut affronter seul la quasi-totalité de ses voisins, sur un territoire grand comme une région polonaise ou deux départements français. Depuis, la garantie de sécurité et de survie d’Israël est sa force et sa capacité à l’utiliser avec détermination. Cette force est assurée entre autres par des livraisons d’équipements américains, mais aussi par la qualité de l’ingénierie israélienne.

Israël est un Etat en constant danger de mort. La perte d’un village de 10 km² n’a pas le même poids pour lui que pour le monde arabe environnant ou que dans d’autres pays en conflit actuellement dans le monde. C’est ici que l’on aborde la question palestinienne. La Cisjordanie et la bande de Gaza étaient occupées respectivement par la Jordanie et l’Egypte avant d’être conquises par Israël en 1967. Comme énoncé plus haut, l’Islam ne prévoit pas pour des musulmans la possibilité de vivre sous une loi autre que musulmane, sauf cas exceptionnel. Israël n’a pas le droit d’occuper des terres considérées comme musulmanes, et cela ne concerne pas que les „territoires occupés”, mais tout Israël. Le retrait de Gaza effectué par Ariel Sharon n’a pas apporté la paix, bien au contraire. Chaque concession israélienne est comprise par les islamistes comme une marque de faiblesse dont il faut tirer profit pour intensifier la lutte contre „le Satan sioniste”.

La création d’un Etat palestinien ne sera en rien une garantie de sécurité pour Israël. Cet Etat deviendra automatiquement une base avancée iranienne, à la différence du fait qu’Israël aura encore moins de moyens légaux de se défendre. Certains diront que si Israël doit être détruit, c’est uniquement de sa faute car il n’aurait „pas respecté le droit international”. C’est soit méconnaître la situation de l’Etat juif, soit souhaiter de manière détournée sa mort.

Aucun droit, aucune loi internationale ne peut garantir à Israël sa survie. Le droit ne peut être appliqué qu’entre Etats partageant les mêmes valeurs, ce qui n’est pas du tout le cas d’Israël et de ses voisins. Le droit ne peut pas vous protéger de quelqu’un qui a envie de vous assassiner. Ce qui nous amène à une observation cruelle mais réelle : Parfois, survivre nécessite de s’affranchir du droit. Qu’est ce que la légitime défense dans le cas d’Israël ? Contrairement à celles de ses voisins, les actions d’Israël n’ont jamais menacé l’existence de ses ennemis. Ce qui arrive à la population arabe palestinienne est une tragédie. Ce peuple, comme les autres peuples de la région, a le droit de vivre en paix là où il habite. Une partie de ses élites a néanmoins choisi le camp de la guerre totale contre les Juifs. Sur un terrain urbain et dense comme celui de Gaza, mener une guerre conventionnelle ne peut que se solder par un nombre élevé de victimes. Les dirigeants du Hamas le savent. Ceux d’Israël aussi.

La seule différence est que ces derniers ne peuvent pas reculer. S’ils montrent le moindre signe de faiblesse, ils mettent en péril la survie de leur nation. C’est ce que ne comprennent pas, ou plutôt font semblant de ne pas comprendre, ceux qui accusent le gouvernement de Netanyahou de mener une politique „génocidaire” et „criminelle” (alors que 20% de la population israélienne est arabe et musulmane), de violer le droit international. Ils font semblant de ne pas comprendre que si toutes les victimes innocentes se valent, quel que soit le conflit ou l’endroit sur Terre où il se déroule, toutes les morts ne sont pas équivalentes. Il est naturel et même normal de se sentir davantage concerné quand ce sont ceux qui nous sont proches sont victimes.

Tuer un Juif en Israël a la même portée civilisationnelle que tuer un Français en banlieue parisienne. Cela procède du même mouvement global, de la guerre menée par l’Islam radical contre l’Occident. Adopter la rhétorique de l’”Axe de le résistance” sur ce qui se passe à Gaza équivaut à relativiser ce qui unit les membres d’une même civilisation. Prendre le parti de la dictature iranienne, des miliciens islamistes du Hezbollah ou des terroristes du Hamas sous prétexte de se soucier des victimes civiles gazaouies, car c’est bien de ça dont il s’agit, c’est se soumettre à l’agenda progressiste qui consiste à faire du Blanc occidental la cible principale de la révolution en marche. Vouloir empêcher Israël d’anéantir le Hamas, quitte à ce que des civils innocents meurent (l’offensive israélienne a, en plus de six mois, fait moins de victimes que le bombardement de Dresde), c’est ouvertement autoriser à l’avenir des attaques comme celles du 7 octobre. Il n’est pas anodin qu’une partie de l’extrême droite anti occidentale („realpoliticienne”) s’associe à l’extrême gauche décoloniale, antioccidentale et antisioniste.

Les droites conservatrices européennes ont bien compris ce que représentait Israël: l’avant-garde de l’Occident démocratique enclavé au milieu d’un océan de pays qui nous sont hostiles. Les droites conservatrices européennes en France, en Italie, en Tchéquie, en Espagne ou même en Hongrie savent que la survie de l’Occident est étroitement associée à celle d’Israël. La droite polonaise a du retard là-dessus, à cause de malentendus mémoriels de part et d’autre et d’une opinion publique réticente, tant en Pologne qu’en Israël. Il existe cependant des personnes de bonne volonté qui œuvrent à un rapprochement mutuel, qui porte en soi une charge morale déterminante.

.L’islamisme nous a déclaré la guerre. Cette guerre se déroule sur plusieurs front, en Europe de l’Ouest, en Afrique, au Proche-Orient, en Ukraine même via le soutien de l’Iran à la Russie. On peut avoir de bonnes raisons de critiquer le gouvernement Netanyahou, de pointer les erreurs qui ont mené à l’attentat du 7 octobre, de dénoncer la politique israélienne sur d’autres sujets. Tout comme on doit pouvoir critiquer les gouvernements que l’on souhaite, n’importe où sur Terre. Néanmoins, on ne peut pas abandonner Israël seul contre tous dans la situation qui est la sienne et quelles que soient ses éventuelles erreurs. Israël fait partie de notre civilisation, il est un membre à part entière de notre famille. Si on le laisse tomber, ça veut dire qu’on en laissera tomber d’autres. Nous sommes en guerre. Il est temps d’en prendre conscience.

Nathaniel Garstecka

œuvre protégée par droit d'auteur. Toute diffusion doit être autorisée par l'éditeur 26/05/2024