Bill WIRTZ: L’Europe centrale et de l’Est va vous surprendre

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L’Europe centrale et de l’Est va vous surprendre

Bill WIRTZ

Analyste de politiques qui vient du Luxembourg. Il vit à Bruxelles. Ses articles sont publiés dans The Times, EUObserver, Le Monde, Le Figaro, ou le journal allemand Die Welt.

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L’Europe centrale et orientale ont un sens de la justice, de la capacité à tolérer les choix non-conventionnels, de l’hospitalité et de la générosité, qui dépassent ceux de l’Europe de l’Ouest de manière assez remarquable. Le succès est traité avec respect au lieu d’inspirer la jalousie. Une éthique de travail professionnelle et performante s’accompagne d’une capacité à se déconnecter de façon hédonique après le travail. Les amitiés faites sont authentiques et importantes, sans compter sur une attirance pour les revirements émotionnels pour le divertissement dramatique – ecrit Bill WIRTZ

.Pendant une bonne partie de mon adolescence, je n’imaginais pas que l’Europe centrale et orientale pouvaient être des destinations de voyage enviables.

C’est en partie ce que je reproche au système éducatif de l’Europe de l’Ouest, qui passe de longues heures à expliquer le moindre détails de la vie des dirigeants européens Occidentaux, sans se préoccuper le moins du monde de la vie à l’Est de Berlin.

Je pourrais vous nommer tous les leaders français de la Révolution de 1789 à ce jour, et je pourrais même vous préciser que le lit de Napoléon dans sa résidence sur l’île italienne d’Elbe était très court, parce que les gens dormaient dans des positions demi-assises en ces temps-là. Ayant en bagage toutes ces connaissances pour l’enseignement supérieur – qui, comme je le remarque aujourd’hui, est d’une utilité limitée – je n’ai absolument rien appris sur l’Europe centrale et orientale.

L’université ne s’est pas montrée d’un meilleur usage dans ce sens. N’importe quelle destination entre la Pologne et la Bulgarie est considérée plus comme un lieu pratique pour les enterrements de vie de garçon que pour sa culture et ses gens.

Une partie du blâme pour ce phénomène réside également dans l’éducation familiale ; j’ai remarqué que mes propres parents ont accumulé une longue liste de stéréotypes paresseux, indéniablement remarquable. À l’âge de 18 ans, j’ai participé à une conférence de jeunes à Tallinn, et le simple fait que je sois allé si loin à l’Est a incité mes parents à m’avertir de «surveiller mon portefeuille». Ironiquement, la seule fois où l’on m’a volé, c’était mon portable à Lyon.

Bien sûr, leur propre expérience de voyage ne les a pas beaucoup aidé : mon père travaillait pour l’armée américaine pendant la guerre froide, et son seul voyage exotique était une balade en moto dans les pays des Balkans au moment du tremblement de terre en 1978. Son timing aurait pu être meilleur ; mais ce voyage représentera “l’Est” pour lui pour toujours. De son côté, ma mère n’a jamais visité des pays faisant partie du bloc de l’Est. Chaque fois que je pars en avion, elle dit des choses comme «tu sembles vraiment apprécier l’Est», ce qui fait penser plus à un séjour d’un mois à Pékin, qu’à un voyage d’un week-end en République tchèque. Le fait que je revienne sain et sauf de mes visites à l’étranger est, pour elle, un immense soulagement.

Lorsque vous êtes originaire du Luxembourg, vos choix de destination de vacances sont généralement limités à l’Italie, la France, l’Allemagne ou l’Espagne. Éventuellement une journée de shopping à Londres ou une semaine à New York, si vous vous sentez très à l’aise financièrement. Mais sortir de cette matrice de choix de vacances ennuyeux était non seulement un bonheur pour la découverte de bâtiments historiques. Se frayer un passage au travers de la foule sur le pont Charles à Prague, ou trébucher sur les photographes professionnels devant le parlement hongrois à Budapest pourraient être une forme d’initiation pour une première visite, mais l’Europe centrale et orientale a beaucoup plus à donner à un niveau personnel.

A titre de généralisation (ce qui ne peut être une considération totalement objective, étant donné que vous êtes toujours limité par le nombre de personne que vous rencontrez dans une vie), je dirais ceci: l’Europe centrale et orientale ont un sens de la justice, de la capacité à tolérer les choix non-conventionnels, de l’hospitalité et de la générosité, qui dépassent ceux de l’Europe de l’Ouest de manière assez remarquable. Le succès est traité avec respect au lieu d’inspirer la jalousie. Une éthique de travail professionnelle et performante s’accompagne d’une capacité à se déconnecter de façon hédonique après le travail. Les amitiés faites sont authentiques et importantes, sans compter sur une attirance pour les revirements émotionnels pour le divertissement dramatique.

Je peux dire en toute honnêteté que c’est un plaisir de voyager à travers l’Europe centrale et orientale, et d’assimiler l’intellect et le savoir-vivre de ceux qui ont habité ces pays avec une telle fierté et un tel dévouement.

En tant que commentateur politique, développer un compte rendu de mon expérience de relations interpersonnelles pour une région de milliers de kilomètres carrés, ce n’est pas facile. Je préfère conclure avec une anecdote ayant une connotation plus politique.

Il y a quelque temps, je suis descendu dans la rue avec quelques amis (de Students For Liberty) pour protester contre le dévoilement d’une statue de Karl Marx dans la ville allemande de Trèves. Pour moi, la statue symbolise l’incapacité de comprendre les horreurs qui sont le déni des droits de l’homme à travers un plaidoyer pour l’expropriation par des régimes autoritaires. Un homme tchèque s’est approché de nous pendant notre manifestation, alors que nous distribuions des dépliants, et nous remerciait pour notre travail de sensibilisation. Il nous a ensuite envoyé un courriel, reformulant ce qu’il nous avait déjà dit. Voici ce qu’il a écrit:

“Merci beaucoup pour votre apparition courageuse et impressionnante à Trèves le 5 mai 2018. Le monde démocratique s’indigne que la ville la plus ancienne d’un pays démocratique d’Allemagne honore un antisémite et un raciste controversé, radical et inhumain. Peu intéressé par les ouvrier, il détestait les slaves et a appelé mon peuple, les Tchèques, “canaille”. En tant que témoin et victime de la dictature marxiste et ancien dissident faisant partie du Mouvement de Vaclav Havel, je vous remercie de ne pas avoir participé à cette célébration [le dévoilement de la statue] et de ne pas avoir gardé le silence.”

De toutes mes rencontres avec les gens d’Europe centrale et orientale, c’est cet homme que j’avais rencontré à Trèves qui m’a le plus marqué.

.Que ce soit la Pologne, la République tchèque, la Slovénie, la Hongrie, l’Ukraine ou l’Estonie: il existe un monde au-delà de Paris et de Berlin, et des jeunes comme moi doivent le découvrir. Ils rencontreront des gens qu’ils ont sous-estimés, tant dans leur amitié que dans leur intellect.

Bill Wirtz

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